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À 300 km/h, un huis-clos terrifiant en compagnie de zombies

Dernier train pour Busan (2016/YEON Sang-ho/Corée du Sud)

Scène d’ouverture : En Corée du Sud, le camion d’un fermier est stoppé à un contrôle routier un peu particulier. Une zone de quarantaine. Les agents sont en tenue de protection et aspergent le véhicule de désinfectant. Le chauffeur en colère craint que son troupeau de porcs ne soit abattu comme lors de la grippe porcine. Un agent, qui transmet le discours des autorités, le rassure en parlant d’une simple fuite chimique de l’usine voisine. Un peu plus loin sur la route, il percute une biche, distrait par son téléphone. Mais après le départ du camion, la biche ensanglantée se relève comme si de rien n’était, avec des yeux vitreux.

Le subtil décor du film de zombie est planté en deux minutes trente, dans un calme glaçant. La cause industrielle, la quarantaine, la pandémie, les discours rassurants, l’hystérie, le mort-vivant.

Sok-woo est un courtier en bourse insensible séparé de sa femme. Lui vit à Séoul avec sa vieille mère et sa fille, Su-an. Comme Su-an souhaite fêter son anniversaire à Busan, chez sa mère, son père accepte de l’accompagner dans le train, un KTX. C’est le divorce métaphorique entre la capitale et la province. Le KTX (Korea Train Express), est le « TGV » coréen qui relie Séoul, dans le Nord-Ouest, à Busan, deuxième ville du pays, dans le Sud-Est.

Avec eux voyagent, entre autres, une équipe lycéenne de base-ball (dont la cheerleader est AN So-hee du groupe de Kpop les Wondergirls), deux grandsmères sympathiques, un businessman irascible, une femme enceinte et son mari, un vagabond clandestin… et la dernière passagère à monter à bord est une jeune femme affolée, mal en point, ensanglantée. Ces personnages extraits de la masse des voyageurs représentent les archétypes de la société coréenne, dont la stricte hiérarchie familiale, sociale et professionnelle régit la politesse et la bonne entente. On dit qu’une goutte d’eau propre dans de l’eau sale ne change rien, mais une goutte d’eau sale dans de l’eau propre souille le tout. C’est ce que démontre ce train, espace confiné fonçant à toute allure, sur les rails du destin : une métaphore ferroviaire de la société de Corée du Sud. Un huis-clos terrifiant à 300km/h.

Évidemment, la jeune femme malade introduit avec elle le virus zombie dans ce train et va gangrener cette foule sage et innocente malgré elle. Dès la vingt-et-unième minute, elle dévore une hôtesse, laquelle se transforme instantanément et attaque une nouvelle victime. Cette épidémie gagne bientôt tout le pays, et ce KTX reste le seul refuge pour une humani aux abois. Si au commencement chacun reste en famille, les aléas des courses-poursuites dans et autour du train vont séparer tout le monde et reformer des groupes improbables alliés pour leur survie. Les groupuscules sont séparés par des portes de toilettes, des sas ou des wagons entiers, mais surtout par des poches de zombies prêts à bondir.

La figure du zombie dans les films de genre contemporains est celle de l’homme sans figure, déshumanisé. Une pulsion meurtrière viscérale, pire qu’animale : de la violence à l’état pure. Les zombies de la nouvelle génération courent comme des dératés, doués d’une force incroyable. Cependant ces êtres de mort, ressuscités, ont leurs limites. Par chance, ils ne savent pas ouvrir les portes et ne voient pas dans le noir. Ce qui laisse un répit aux survivants. Mais ils sont irrépressiblement attirés par les êtres vivants jusqu’à ce qu’ils soient à leur tour transformés.

Le zombie c’est l’autre. C’est cet être familier que l’on ne reconnaît plus. Les zombies ne sont pas des extra-terrestres, ni des monstres, ni des serial-killers, ni des animaux. Ce sont des gens normaux, comme vous et moi, qui sont infectés par un virus mortel. Un agresseur intime. Un ennemi intérieur. Ainsi les amis deviennent ennemis en un instant, comme les pions blancs de l’Othello qui se retournent pour devenir noirs. Pour survivre, les films de zombie nous enseignent ; il s’agirait de tuer nos voisins, nos amis, nos proches qui ont contracté le virus. La question éthique est réglée en un tournemain. Un eugénisme éclair basé sur le faciès.

C’est l’autorisation de tuer en masse des humains, qui plus est malades. C’estàdire de les détruire avant même d’essayer de les soigner. Les films d’actions ne se retournent plus contre l’envahisseur, ni le grand ennemi de la guerre froide, ni les fantômes, ni les aliens, aujourd’hui c’est la guerre fratricide qui rappelle la guerre de Corée. Le Nord et le Sud sont tous deux coréens, des frères divisés par la Chine et les États-Unis en 1953, dans une guerre où les frères s’entre-tuent et les familles sont séparées. Peut-être est-ce pour cela que Dernier Train pour Busan a si bien marché en Corée du Sud. Plus de 11 millions de spectateurs !

Ce film, présenté à Cannes 2016 en séance de minuit hors compétition, est la suite d’un court métrage du même réalisateur, issu de l’animation, intitulé : « Seoul Station ».

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