Le Ticket Mode

Le Bauhaus est un mouvement d’architecture moderniste apparu en 1919, posant les bases fondamentales d’une synthèse des arts essentielle. La mode, comme une éponge, absorbe et s’inspire de ce design fonctionnel, appliqué au quotidien, épuré dans la ligne. Les talons des chaussures sont comme des immeubles, les color blocks deviennent des motifs, le sens même du vêtement redevient praticable.
Étude de cas.

Intérieur Bauhaus

L’architecte Adolf Loos se pose la question ‘Why a man should be well-dressed ?’ avec raison. Si l’habitat et l’habit sont deux mots qui se ressemblent, ce n’est pas pour rien. Il est aussi important d’être chez soi dans son intérieur que dans ses vêtements. C’est quand même avec eux sur le dos qu’on sort du cocon de la chambre pour se risquer dehors, dans le monde brusque de la réalité extérieure. Adolf Loos remarque l’influence de l’architecture moderne sur la praticité du vêtement, au niveau des lacets, de la souplesse et de la logique dénuée de frivolité qui prévaut dans le processus de confection. Reflet des mœurs sociales, incarnation d’une époque, la mode avec le Bauhaus s’affranchit des futilités comme les traînes du XIXème siècle, les broderies et la dentelle à profusion. À l’époque, la ligne artistique de Chanel correspond totalement à cette idée d’épure, de fonctionnalité et de liberté redonnée au corps féminin.

Gabrielle Chanel by Boris Lipnitzki, Paris, 1936

La mode s’étoffe à même la peau, l’architecture dessine un cadre de vie. L’éphémère versus la durée. Et réciproquement, car l’architecture peut être modulable, et la mode durable. Le lien se crée cependant, dans la composition de la silhouette qui peut s’apparenter à la construction d’un meuble. Prenons par exemple le canapé Togo du designer Michel Ducaroy : ce n’est pas un hasard si premièrement on l’a vu sur les comptes Instagram de toutes les influenceuses de la terre, si deuxièmement il est matelassé comme un blouson et si troisièmement sa pluralité de couleurs peut le rattacher à une pièce déclinée en édition limitée. Du point de vue des techniques visuelles et conceptuelles, la mode et l’architecture se répondent et s’entrecroisent.

Togo chair, Michel Ducaroy
Lounge chair, Charlotte Perriand

Charlotte Perriand (designer adorée), héritière entre autres du mouvement Bauhaus, croyait en une synthèse des arts, en l’importance de réunir, infuser, lier, brouiller les frontières. Sa carrière en est ressortie enrichie, complétée, pleine. Ses créations reflètent un art de vivre en cohérence avec une vie quotidienne où chaque geste devient un rituel parce qu’il prend place au sein d’un espace chéri et privilégié. Le rapport aux vêtements devrait s’accorder à cette vision : j’aime l’idée de posséder dans l’intention de transmettre, de garder pour longtemps, d’avoir un besoin précis pour chaque vêtement. Ce constat est d’une actualité brûlante, quand Hussein Chalayan, styliste turc, aime à dire que la mode, « c’est une architecture qui touche au corps ». Corps, mode, nature, ville, même combat.

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