Le Ticket Mode
Food

Le bio dénaturé par la grande distribution ?

Les produits estampillés « bio » ont envahi les rayons des supermarchés. Difficile d’imaginer que le label Agriculture biologique (AB) a été créé, au départ, pour lutter contre les supermarchés et la production industrielle. Certains initiateurs du mouvement bio ont créé des labels alternatifs. Retour sur un passé méconnu.

En France, les produits bio ont représenté 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016 contre 3,5 milliards d’euros en 2010. Cette croissance encourage l’industrie agroalimentaire et la grande distribution à lui accorder une place plus importante en produisant, en achetant et en important davantage de produits issus de ce label. Au risque de pervertir la philosophie de ses créateurs.

Le bio, vu par beaucoup de producteurs comme un retour à la tradition, est né d’une « contestation », selon Frédéric Denhez, auteur du livre Le bio : au risque de s’y perdre (Éditions Buchet-Chastel). Au XIXe siècle, l’exode rural et la baisse drastique du nombre d’exploitants, due notamment à la mécanisation du travail des paysans devenus des exploitants agricoles, contribue à la création de « mouvements de résistance ».

« Dans l’entre-deux-guerres, ces regroupements étaient fortement reliés aux politiques qu’on qualifierait aujourd’hui d’extrême droite. L’anti-républicanisme, la chasse aux étrangers et aux juifs passaient par un retour à la terre et par la glorification du geste paysan », raconte Frédéric Denhez. Le bio, à cette époque, ne disait pas encore son nom.

Le bio, un “retour en arrière” ?

Il faut attendre les années 60 pour que le bio se détache de ses origines fascistes. Le terme “Agriculture biologique” apparaît alors comme la contestation des lois européennes de la Politique agricole commune (PAC). Les technologies, vues au départ comme un “progrès” pour les agriculteurs, sont montrées du doigt par les défenseurs du bio. La quantité devient privilégiée au détriment de la qualité.

La monoculture, les machines pour labourer en profondeur, l’utilisation systématique de pesticides – comme le glyphosate – sont dénoncées comme des méthodes destructrices à bannir au profit d’une gestion durable des sols, sans engrais chimiques. En 1986, la charte de Nature & Progrès pour “la recherche d’un modèle agricole alternatif à l’agro-industrie” devient la première homologuée par les pouvoirs public pour attribuer le label bio.

Elle délivre désormais sa propre mention éponyme, selon plusieurs cahiers des charges prenant en compte le système de production dans sa globalité, des matières premières jusqu’à la transformation. Nature & Progrès reproche à la réglementation européenne actuelle d’être trop concentrée sur la technique. « Au départ, les pionniers de l’agriculture et de l’alimentation biologique défendaient un véritable projet de vie et de société. L’actuelle réglementation européenne questionne uniquement la technique, elle ne s’attarde pas, par exemple, sur l’écologie, l’utilisation des énergies fossiles, la rémunération des producteurs où encore l’origine des semences, comme nous le faisons », explique Éliane Anglaret, présidente de l’association.

D’autre labels ont également été créés en réaction à la réglementation européenne, jugée trop laxiste. L’association Bio cohérence labellise des produits déjà estampillés AB, mais avec des critères supplémentaires : comme l’interdiction de la mixité des production bio et non bio, ou encore l’obligation d’alimenter ses herbivores avec une nourriture produite à 80% sur l’exploitation.

De la production à la transformation, tout doit être made in France. L’association souhaite également favoriser les circuits courts, “ un modèle de vente utile pour s’assurer une nourriture de qualité rémunérée au juste prix”, selon ses membres.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Related posts

86Champs : l’union parisienne de la pâtisserie et la beauté

Marine Saint-Vanne

Le Ticket Yummy #15 : Les bonnes adresses bordelaises

Coline Pautier

Une visite gourmande à Paris #2 : le quartier latin

Aurore ESCAMILLA

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Me notifier des