Le Ticket Mode
Cinéma Culture

L’arrivée des extra-terrestres au langage énigmatique – Premier contact

L’idée qu’on se fait du temps est faussée par notre adhérence à son dictat. Albert Einstein le disait relatif. L’espace-temps n’est qu’une courbure dans l’univers. Il est plus fluide qu’on ne le pense a priori. Toute histoire a un commencement, un milieu et une fin. Mais les films ne la racontent pas forcément dans cet ordre-là. Reste à savoir dans quel ordre ils nous la servent. Arrival est un de ces chefs-d’œuvre qui joue avec notre mémoire de spectateurs et le mystère de sa dramaturgie qui donne un sens aux images à mesure qu’elles deviennent passées.

« Avant, je croyais que c’était le début de ton histoire. La mémoire est une chose étrange. Elle ne fonctionne pas comme je l’imaginais. Nous sommes tellement assujettis par le temps, à son agencement. Je me souviens de certains moments à mi-chemin. Et c’était la fin. Mais à présent, je ne suis plus certaine qu’il y ait un début et une fin. Il y a des jours qui dessinent ton histoire au-delà de ta vie. Comme le jour de leur arrivée. »

Tel est le monologue d’ouverture de Louise qui devise sur les effets qui se jouent de la mémoire humaine, de la sienne. Comme dans un film tardif de Terrence Malick (Tree of Life par exemple), nous assistons à un montage impressionniste de scènes de souvenirs, d’avec sa fille. Elle semble lui adresser ces paroles sibyllines. Et sans nous en rendre compte, le film tout entier s’inscrit dans cette introduction miraculeuse. Or impossible de connaître dès l’abord de quoi il en retourne. Un oracle transcendent qui prend tout son sens avec de multiples relectures du film.

Comme tant d’autres films de science-fiction avant lui (2001 : L’odyssée de l’espace ; Rencontre du 3e type ; Contact…), Denis Villeneuve s’intéresse au premier contact avec une espèce extra-terrestre. Ce moment de sidération de l’humanité, quant à la découverte de n’être plus seuls dans l’univers. Il s’agit de faire bonne figure et de se montrer à la hauteur du rendez-vous historique. Mais il y a toujours quelqu’un pour nous ramener les pieds sur Terre : les militaires. Les nouvelles du journal d’information nous rassurent : il y a toujours eu un protocole prévu pour ce cas-là.

Il faut contenir les foules. Celles qui s’amassent aux abords des vaisseaux spatiaux d’un autre genre, accrochés au ciel en douze endroits sur la planète. Celles qui s’enfuient dans une hystérie collective, armées jusqu’aux dents. Il faut se préparer à la guerre intergalactique : c’est toujours la réaction première de l’armée. Il faut se méfier de nos ennemis terrestres. Il faut établir un contact en vue de communiquer. Ce dernier point est du ressort de notre protagoniste, le Dr. Louise Banks, linguiste de renom, qui seule s’inquiète d’une méprise, d’un cafouillage de vocabulaire, d’une mauvaise interprétation des premiers mots de nos invités d’outre-galaxie. Selon elle le mot sanskrit pour la guerre, « Gavisti », signifie « désir d’avoir plus de vaches ». Il serait inconvenant de commettre un impair de la sorte à la découverte d’une civilisation supérieure…

En moins de vingt minutes, nous sommes enfin en présence du premier vaisseau d’origine extra-terrestre : la coquille, comme ils l’appellent. Une lentille verticale d’ébène de centaines de mètres de haut, suspendue en l’air comme par magie, silencieuse, immobile, implacable. Nous sommes dans le Montana où a élu domicile l’un des douze vaisseaux de la flotte. Aux abords de celui-ci s’est déployée toute une base militaire, avec radars, micros, hauts parleurs et un sas de décontamination bactériologique pour les allées et venues jusqu’au vaisseau-coquille. Au bout d’une ascension de dix minutes dans la coquille, les aliens font leur apparition derrière un écran de fumée, face à Louise et Ian, les cautions scientifiques de cette expédition militaire. Ian Donnelly, professeur de physique quantique, vomit au sortir de leur première visite. Et Louise demande « Suis-je virée », après une prestation calamiteuse.

En fait, le colonel Weber voudrait savoir pourquoi ils sont venus ici. Ian voudrait savoir d’où ils viennent, quelle est la technologie de leurs engins. Louise, elle, voudrait simplement savoir comment ils s’appellent. Les balbutiements de l’apprentissage d’un crypto-langage passent par le b.a.-ba, surtout quand celui-ci ne produit que des émissions sonores étranges et des formes circulaires pareilles aux dessins à l’encre de Chine. Découvrir le sens de cette écriture énigmatique sans début ni fin, sera la clef de la réponse à toutes nos questions, et à celle de Louise.

Arrival est un film sur la subtilité des langages, la complexité de la traduction et la fondation d’une société, d’une culture basées sur les fondamentaux de la grammaire. Comment un mot peut signifier des choses totalement différentes pour celui qui le dit et celui qui l’écoute. C’est aussi un film qui s’interroge sur la vie humaine, vécue sans doute différemment selon notre connaissance du futur… et l’acceptation de nos défauts. Enfin, c’est aussi un film sur le périlleux contact d’avec une civilisation extra-terrestre au langage propre, au mode de pensée unique, avec ses problèmes et son histoire.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Related posts

La petite enquête sur les réseaux sociaux #6 : #EnleveTonFiltre, le challenge Instagram au naturel

Marjorie Bordenave

La fête est finie : Orel devient San

Florent Ostermann

Chère Musique, amour de notre vie…

Ric

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Me notifier des