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La vie et les déboires d’une domestique mexicaine dans les tourments de l’Histoire : Roma d’Alfonso Cuaron

Le générique débute avec un plan en plongée sur de vieux pavés d’intérieur alignés en quinconce. On ne voit que ça. Puis on entend des pas, des bruits d’eau. Toujours dans le même plan fixe, arrive l’eau sale, par vagues. Cette eau noire rend le pavé réflectif, ce qui ramène de la lumière dans le plan. Un bout de ciel dans lequel passe la silhouette d’un avion. En commençant avec le lavage du sol par une domestique – un travail personnel – pour terminer sur un distant voyage – un transport impersonnel, Alfonso Cuaron décrit un grand écart entre l’histoire intime et l’Histoire nationale que va raconter son film le plus personnel : Roma (2018).

C’est en noir et blanc, mais ce n’est pas un film italien de Federico Fellini… En effet, « Colonia Roma » est un quartier cosmopolite du centre de Mexico city, où a vécu, enfant, le réalisateur mexicain de Les fils de l’homme (2006) ou Gravity (2013). Cuaron raconte une histoire quasi-autobiographique, inspirée par sa nounou « Libo » (Liboria Rodriguez, à qui est dédié ce film). L’héroïne n’est autre que Cleo, la jeune domestique d’origine indigène d’une famille bourgeoise de classe moyenne blanche. L’incarnation de l’auteur se garde un rôle de second plan, celui de Paco, l’un des quatre petits enfants de la famille. Les événements se situent entre le 3 septembre 1970 et le 20 juin 1971, période qui va marquer la vie de Cleo dans la fiction, celle du petit Alfonso Cuaron dans la vraie vie, celle du Mexique dans l’Histoire.

Cleo se lève avant tout le monde, pour préparer à manger, se couche après tout le monde pour éteindre toutes les lumières. Elle s’occupe du ménage dans la grande maison, et des enfants qui la chérissent. On la suit lors de ses activités quotidiennes, comme dans ses moments de loisir où elle retrouve son petit ami, Fermin, passionné d’arts martiaux, pour une séance de cinéma. Lorsqu’elle lui annonce être enceinte, il s’enfuit. Esseulée, loin de sa famille qui habite la région d’Oaxaca, comment va-t-elle subvenir à ses besoins ?

Alfonso Cuaron a recréé le Mexico des années soixante-dix, dans sa rue natale, dans une maison entièrement reconstituée avec ses meubles de famille, dans le cinéma où Libo allait chaque semaine, dans la place publique témoin des révoltes étudiantes de 1971. Il revivra la séparation de ses parents, et l’explosion de la famille, dans la fiction de cette famille. Il filme de long plan séquences à distance du sujet, comme pour suivre Cleo, pas à pas, sans jamais la toucher. Une vision qui se veut objective des souvenirs de l’auteur. Ce petit film très personnel en noir & blanc, lui a valu de remporter Meilleur film à la Mostra de Venise ainsi que les Oscars de Meilleur film étranger, Meilleur réalisateur, et Meilleur directeur photo !

Pour le Mexique, nous sommes au lendemain d’une répression sanglante. En effet, en octobre 1968, le pouvoir en place ouvre le feu sur des manifestants étudiants de gauche, poussé à une paranoïa anticommuniste insufflée par la CIA. C’était encore la guerre froide. L’histoire se répète le 10 juin 1971 quand s’achève le film, avec la répression des Halconezos, des groupes para-militaires qui exécutent des opposants à même la rue. Cleo et la famille de ses employeurs vont se retrouver en plein milieu des altercations.

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