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Cinéma Culture

La banlieue de Victor Hugo s’enflamme

Les Misérables (2019/Ladj Ly)

Des scènes de liesses collectives autour des Champs Élysées, au soir d’une victoire de l’équipe de France de football, avec une foule de drapeaux tricolores en tous sens. Cette séquence d’ouverture documentaire, d’une réalité télévisuelle, contribue à la touche de réalisme de ce premier long métrage de Ladj Ly. Alors que le titre du film apparaît sur ces visages exultant de joie, la banlieue descendue à Paris le temps d’un moment de cohésion nationale – Les Misérables – se noue un malaise social qui trahit la furtivité inhabituelle de ces réjouissances…

Ladj Ly fait partie du groupe au nom verlan de Kourtrajmé. Un collectif d’artistes de l’audio-visuels (réalisateurs, scénaristes, acteurs, chanteurs, photographes…) issus de la banlieue parisienne, né en 1994. C’est la bande de Kim Chapiron, Romain Gavras, Matthieu Kassovitz, Vincent Cassel, Oxomo Puccino, JR… tous devenus célèbres dans leur branche respective.

la bande Kourtrajmé à Cannes 2019

Il y a plus de 25 ans sortait La Haine (de ce même Kassovitz, avec Cassel), une bombe sociétale et cinématographique dans le paysage français. Aujourd’hui c’est au tour de Ladj Ly de produire un brûlot brutal sur les rapports entre banlieue et police, entre les jeunes et l’autorité, à travers une histoire quasiment autobiographique. Il s’agit de son Montfermeil, de sa caméra, de ses potes, de son œil : le récit d’une bavure policière immortalisée par la vigilance d’un drone pilotée par ce tout jeune alter-ego de Ladj Ly. Immortalisé aussi, c’est le regard noir et blanc de son réalisateur, par son collègue JR (artiste-photographe compagnon de route d’Agnès Varda sur Visages, Villages), à l’affiche d’une photographie postérifiée où le jeune homme jadis tenait sa caméra comme un bazooka. Photo que l’on aperçoit encollée sur un mur, au sortir d’une cage d’escalier dans le film !)

Ladj Ly par JR (2004)

Ladj Ly a reçu une ovation lors de sa présentation en compétition à Cannes l’an dernier. Ovation de ses potes de Kourtrajmé. Ovation des critiques. Ovation du parterre de stars. Ovation de la foule. Il y remporta le prix du jury. Suivi par les nominations dans la shortlist des Golden Globes et des Oscars. Et la semaine prochaine, quelques nominations aux Césars (cérémonie le 28 février 2020).

« Mes amis, retenez ceci :
il n’y a ni mauvaises herbes,
ni mauvais hommes,
il n’y a que de mauvais cultivateurs. » Victor Hugo, Les Misérables (1862)

Il paraît que Victor Hugo aurait écrit son chef d’œuvre romantique dans la ville de Montfermeil. C’est d’ailleurs ce qui donne son titre au film. Un drame policier mené tambour battant, par un trio de flics ripoux de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) qui ont plus à cœur d’instaurer la peur du policier – en guise de respect – que de défendre la justice et la paix. Stéphane, Chris (Alexis Manenti, co-scénarite) et Gwada sont unis dans l’adversité et désunis par la bavure.

les 3 bacqueux

Tout commence avec une ronde de quartier, dans la cité difficile des Bosquets, pour apprendre le métier, les indics, les caïds, les leaders de la communauté, au nouveau venu, Stéphane, qui se fait gentiment bizuter. Du point de vue des policiers, au fond de leur voiture, on se familiarise avec les combines, les arnaques, les embrouilles qui rythment leur quotidien. Lorsqu’un incident se produit qui va lentement signer la descente infernale des policiers et mettre le feu aux poudres chez les casseurs qui n’attendant que ça. Un lionceau a disparu dans un cirque d’une famille de gitans prête à tout massacrer. Mais l’épopée catastrophique pour le retrouver les trois bacqueux et les enfants du quartier à se télescoper.

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