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HUIS-CLOS : Trente films de confinement à voir avant le 11 mai

Ces films, de 1954 à 2015, du chef d’œuvre au petit film de genre, ont cette particularité qu’ils se situent dans un espace clos ou restreint, la quasi-totalité de leur durée. Ce sont des films d’isolation, de claustrophobie, ou d’emprisonnement et éventuellement d’échappée. Notamment autour du thème de la famille, des voisins immédiats, ou des amis qui partagent le même lieu, et l’évolution de leurs relations durant cette période d’enfermement.

Fenêtre sur cour

MES VOISINS

Le plus célèbre d’entre tous et le plus grand, à voir ou à revoir : Fenêtre sur cour (1954/Hitchcock). James Stewart, la jambe cassée et coincé dans son appartement new-yorkais, se distrait en épiant ses voisins de la cour intérieure et suspecte bientôt un meurtrier parmi eux. Grace Kelly, sa comparse, lui rend visite de l’extérieur pour suivre ses élucubrations de plus en plus douteuses. Ce sont des portraits de voisins dont l’intimité est devinée au travers de leurs carreaux.

Un film de prétoire bien différent : Douze hommes en colère (1957/Lumet). Le huis clos judiciaire de douze jurés cloîtrés jusqu’au rendu du verdict, et l’évolution de leurs convictions au fil de leur débat houleux sur la culpabilité d’un jeune homme ayant tué son père… Henry Fonda, seul contre tous, est leader de ce retournement de situation.

La honte (1968/Bergman), n’est pas le plus connu des films d’Ingmar Bergman, qui peint les déboires d’un couple sans enfant déchiré par la guerre. En plein cœur d’une guerre civile, ce mariage traverse une relation tempétueuse, sur une petite île suédoise isolée. Liv Ullman et Max von Sydow, deux violonistes, tentent de s’échapper en vain, entre soldats, milices, police et voisins.

Croustillant d’humour noir et de tendre romantisme, le premier film de l’auteur d’Amélie Poulain : Delicatessen (1991/Jeunet/Caro), photographié par l’immense Darius Khondji. On y observe la vie quotidienne d’un petit immeuble parisien d’après-guerre, dans un monde dénué de tout, sous la houlette du boucher de l’échoppe éponyme. Ces habitants qui ne quittent jamais leur quartier sont tous plus bizarres les uns que les autres.

Les habitants (1992/Alex van Warmerdam) est une chronique folklorique de voisinage dans le quartier résidentiel à la rue unique d’une ville nouvelle hollandaise des années 1960. C’est une comédie noire et surréaliste qui brosse le portrait satirique d’une bourgeoisie frustrée et réprimée. Le facteur qui lit toutes les lettres connaît les secrets de chacun.

Carmen Maura, agent immobilier, découvre un magot caché dans l’appartement d’un vieil homme qui vient de décéder dans Mes chers voisins (2000/Alex de la Iglesia). Ses voisins avides et comploteurs feront tout pour récupérer cet argent gagné au loto sportif, qu’ils lorgnaient depuis longtemps. Humour noir et comédie grinçante à gogo.

The Truman Show

UNE COMMUNAUTE

Dans L’ange exterminateur (1962/Buñuel), le maître de l’étrange signe une satire hors du commun de la haute société mexicaine. Après un dîner somptueux, les invités distingués se retrouvent dans l’impossibilité de quitter la salle, sans aucun motif apparent. Pendant plusieurs jours, la façade sociale des bonnes manières et de l’étiquette s’effondre alors qu’ils sont conduits à survivre tels des animaux.

Les frères jumeaux Quay sont des orfèvres de l’animation image par image, étrange et macabre. Dans leur premier long métrage avec acteurs, Institut Benjamenta (1995/Quay), ils inventent cette école surréaliste pour domestiques dirigée par un frère et sa sœur de bien curieuse manière. C’est une communauté professionnelle claustrophobe jamais au bout de ses surprises.

À revoir quand on rêve secrètement que ses voisins sont des acteurs embauchés pour nous donner le change : The Truman Show (1998/Weir) reste un spectacle unique précurseur de la TV réalité.

Sur le marquage au sol à la craie d’une scène de théâtre, délimitant les pièces minuscules où vivote la communauté démunie de Dogville (2003/Lars von Trier), se débattent ces survivants de la grande dépression américaine. Ils vont accueillir Nicole Kidman, une femme seule pourchassée par la mafia, qui paiera le prix de leur silence en travaillant pour chacun d’eux. Une fable sur la démocratie réduite à son strict minimum.

The Lobster (2015/Lanthimos) est le troisième film de Yorgos Lanthimos, absurde au possible, qui raconte la vie des hôtes d’un hôtel bien particulier et de leurs serviteurs. Dans un univers dystopique délirant, la loi de la cité veut que les célibataires soient condamnés à trouver un partenaire sous quarante-cinq jours, sous peine d’être transformés dans l’animal de leur choix.

Canines

LA RECLUSION FAMILIALE

Sur L’île nue (1960/Shindo), une pauvre famille vit seule dans des conditions laborieuses, dans un archipel japonais. Deux parents et deux jeunes enfants cultivent la terre sans eau, et vont chercher de l’eau douce et de la nourriture sur l’île voisine plusieurs fois par jour. Filmé dans un noir & blanc somptueux, ce magnifique récit sans parole est le testament d’une époque insupportable et révolue.

Face à la corruption du monde extérieur, un fanatique religieux croit protéger sa famille de la dépravation en la gardant enfermée dans une maison cloîtrée. Dans Le château de la pureté (1973/Rupstein), seul le père sort pour aller au travail tous les matins et revient le soir avec les courses. Mais cette pureté imposée va vite dégénérer alors que ces enfants atteignent la puberté.

Mère et fils (1997/Sokurov) est un autre film sans parole, d’un lyrisme inégalé. Un fils seul, dévoué à sa mère mourante, vit avec elle quelques jours dans la campagne russe. Filmé de façon surréelle en lentilles anamorphiques, l’écran vacille et nous invite à la rêverie dans ce difficile épisode.

Canines (2009/Lanthimos), film contemporain de l’auteur de The Lobster, se présente presque comme un remake du Château de la pureté. Là aussi, il s’agit d’une maison cloîtrée, où un couple élève ses deux adolescents coupés du monde, en leur inculquant de fausses idées sur ce qui se passe derrière les murs du jardin… Dérangeant et captivant.

La femme des sables

EN PRISON

Un condamné à mort s’est échappé, le vent souffle où il veut (1956/Bresson). Tout est dans le titre. Un chef-d’œuvre du grand Robert Bresson, déjà évoqué dans ces pages (). Le lieutenant Fontaine est détenu dans une prison de Lyon par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, destiné à la peine de mort. Mais il va, seul, tout mettre en œuvre pour trouver une porte de sortie.

Un autre film d’évasion de prison, mais en groupe : Le trou (1960/Becker), présente le périple d’une poignée de compagnons de cellules qui décident de s’échapper grâce à un plan bien huilé.

Cet autre film japonais en noir & blanc des années soixante est aussi magnifique : La femme des sables (1964/Teshigahara). C’est la mésaventure d’un entomologiste perdu dans les dunes qui se retrouve prisonnier au fond d’un trou avec une femme condamnée par les villageois à remplir des seaux de sable.

Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975/Forman) met en scène Jack Nickolson qui se fait interner dans un hôpital psychiatrique pour échapper à la prison, et se retrouve confiné dans une nouvelle prison : une machine à brouillard, où les barbituriques distribués à qui mieux mieux fichent dans le coltard les plus récalcitrants. Mais le héros va peu à peu fomenter une révolution qui débordera les surveillants.

Une prison futuriste cette fois, dans Cube (1997/Natali). On se réveille au cœur d’un cube immaculé, sans aucun souvenir, et il s’agit de découvrir ce pourquoi on est condamné à cette machine infernale qui recèle bien des surprises.

All is Lost

LE CONFINEMENT SOLITAIRE

Tom Hanks est Seul au monde (2000/Zemeckis), échoué sur une île déserte après le crash de son avion, et doit s’adapter à son environnement et réapprendre la survie. Il s’attache à des objets personnels comme un ballon de volley ou un paquet postal. Mais il tient le coup envers et contre tout.

Sur la lune, Sam Rockwell est l’employé solitaire d’une compagnie minière chargée d’extraire une ressource énergétique pour la Terre. Ainsi, dans Moon (2009/Jones), cette mission de gardiennage de trois ans touche à sa fin mais va révéler que le bien-fondé de ses hallucinations est un mystère inattendu.

Robert Redford, navigateur solitaire de 75 ans, percute un conteneur à la dérive au milieu de l’océan indien et commence pour lui l’enfer dans All Is Lost (2013/J.C.Chandor). De voilier en canot de sauvetage en passant par le radeau, il ira, sans aucun dialogue, de catastrophe en perdition pendant huit jours. Ce récit haletant montre la détermination d’un homme à s’en sortir coûte que coûte.

Shining

INVASION DE LA MAISON

Quand le confinement en famille tourne mal. On ne présente plus Shining (1980/Kubrick). Jack Nickolson, encore lui, se révèle un père de famille tyrannique, lors d’une mission hivernale pour monter la garde avec sa famille dans l’immense hôtel Overlook, perdu dans le Colorado.

En prononçant trois fois son nom : Beetlejuice (1988/Burton), une infâme créature (Michael Keaton) apparaîtra pour vous sortir d’un mauvais pas ou pour vous faire faux pas. Les jeunes Alec Baldwin et Geena Davis voient leur maison de campagne envahie par une famille branchée new-yorkaise, sans pouvoir lever le petit doigt.

Funny Games (1997/Haneke) n’est pas un jeu très drôle. Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre les pérégrinations malsaines d’une famille autrichienne dont la demeure près d’un lac est infiltrée par deux jeunes gens propres sur eux, pique-assiettes, polis et manipulateurs. Un thriller aux manipulations psychologiques de haut vol.

Nicole Kidman protège ses enfants contre Les autres (2001/Amenabar) dans une bicoque isolée de l’île de Jersey, au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Jodie Foster, divorcée, emménage avec sa fille dans une maison contenant une Panic Room (2002/Fincher), qui va vite s’avérer fort utile quand des bandits redoutables s’introduisent là pendant la nuit.

Locataires (2004/KIM Ki-duk) est un film sud-coréen bien curieux. Tae-suk aime à s’introduire dans les villas inhabitées pour y passer quelque temps, jusqu’à ce qu’il tombe sur une maison finalement habitée par un couple dont la femme est victime de violence conjugale. Invisible, il va séduire cette femme.

Pour finir un film difficile et nauséeux : Antichrist (2009/Lars von Trier). Charlotte Gainsbourg et son mari psychanalyste, Willem Dafoe, habitent seuls une petite cabane dans les bois, en proie à la nostalgie, au deuil, aux hallucinations, au désespoir, au chaos, aux sorcières, aux mutilations… sur fond de thérapie de couple.

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