Le Ticket Mode

Le penseur Roland Barthes livre en 1967 un article singulier dans Marie-Claire : le match Chanel-Courrèges. Autrement dit, l’opposition entre deux visions du beau, entre deux visions de la modernité. Créer la mode, est-ce inventer un renouveau constant ou s’en tenir à l’intemporalité comme ligne de conduite immuable ?
André Courrèges, qui fait ses armes chez l’empereur Balenciaga, s’essaye à répondre.
Café philo.

Courrèges
Françoise Hardy, icône Courrèges

Yves Saint Laurent disait « Sa collection est apparue comme une bombe, après, plus rien n’était comme avant » en parlant des premières réalisations d’André Courrèges. En effet, il est arrivé à un moment de l’histoire où l’esthétique vestimentaire correspondait encore aux codes d’avant-propos. Gabrielle Chanel dessine un dressing fort, immédiatement reconnaissable et imaginé pour durer. André Courrèges apprend chez Balenciaga, celui que tout le monde respecte pour sa science ultra pointue du tailleur, du vêtement qui tombe à la perfection, de la coupe intransigeante de la robe.

Courrèges

André y reste dix ans, travaille dur et y rencontre Coqueline avec qui il se mariera et fondera la maison Courrèges en 1961. Elle est couturière, « sa créativité complémentaire » comme il l’appelle, passionnée par les nouvelles technologies. Elle est aussi la première à porter les idées de son mari : une mode fraîche, hyper moderne et fonctionnelle, qui convient aux femmes actives en pantalon, celles qui ont les cheveux courts et le verbe haut. Si André Courrèges est surnommé le « Corbusier » de la mode, ce n’est pas pour rien. Il déconstruit la dure silhouette corsetée, dévoile les genoux, desserre la taille et remet les pieds à plat. La mini-jupe fuse, avec les courts blousons en vinyle, les lignes géométriques, les couleurs joyeuses. Si Chanel sort la petite robe noire, Courrèges la fait blanche, trapèze et libre.

La petite robe blanche Courrèges
La bottine plate, Courrèges

Ses gimmicks sont novateurs : la tendance futuriste naît dans les années 60, avec les combinaisons moulantes, les ensembles blancs, les collants seconde peau, les bottines qui courent. Les manteaux sont coupés, les couleurs sont pop, les matières sont modernes, le prêt-à-porter est spatial, c’est la génération yéyé. Les mannequins dansent pendant les défilés, le sourire aux lèvres. Le succès, ça fait tourner la tête. Dans les années 80-90, la maison se diversifie et s’infuse dans les domaines de l’art de vivre : bijoux, parfumerie, décoration d’intérieur. André Courrèges a la maladie de Parkinson, tout s’essouffle, en 2002 c’est le dernier défilé haute couture. Courrèges sans courage ?

Courrèges, défilé printemps-été 2020
Courrèges, défilé printemps-été 2020

Aujourd’hui, la maison s’est réveillée avec deux jeunes directeurs artistiques : Sébastien Meyer et Arnault Vaillant, fondateurs de leur marque Coperni, puis avec Yolanda Zabel. Il s’agit de garder l’architecture, la fonctionnalité, les couleurs blanches, oranges et bleues, la pétulance, mais plus le vinyle qui contient trop de plastique. Eh oui, les Trente Glorieuses, c’est fini ! Car le nouvel enjeu, c’est aussi de convoquer le futur comme le veut l’ADN de la marque. Et qu’il soit éco-responsable, c’est tout de même mieux.

Courrèges, défilé printemps-été 2020
Courrèges, défilé printemps-été 2020

Je me rappelle des images du défilé printemps-été 2020, les mannequins avaient débarqué d’un bateau pirate au milieu de couleurs fumigènes avant de marcher sur les bords du canal Saint-Martin, main dans la main. Le renouveau Courrèges tient dans ses moments-là : l’accostage, les couleurs fumées, les pavés devenus avant-gardistes.

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