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Dérapage contrôlé dans le milieu carcéral des multinationales

Dérapages (2020/Ziad Douéri) mini-série en 6 épisodes

Depuis une cellule de prison que l’on devine derrière lui, Alain Delambre raconte son histoire en flash-back, à la première personne. Celui qui fait désormais partie des « seniors » s’est retrouvé au chômage il y a de cela six ans. Il vivait de « petits boulots » afin de survivre, d’une facture à l’autre, toujours sur le fil… Son appartement, il lui manquait trois ans de traites à payer, au bout de 27 ans de remboursements fidèles. Il avait été DRH pendant 25 ans, de ceux qui offrent et reprennent le job des autres. Lucide, analytique, précis, il étale sa vie, un bilan de santé, comme s’il rédigeait ses mémoires à destination d’une maison d’édition avide de scandale. En rétrospective, il se sentait des humeurs de « terroriste », tel un chien aux abois, acculé par les dettes, la misère, l’humiliation.

Alain Delambre (Eric Cantona) deviendra, à force de persévérance, le chômeur le plus célèbre de France.

Alex Lutz (Alexandre Dorfmann) et Eric Cantona (Alain Delmabre) dans l’épisode 3 de la série “Dérapages” de Ziad Doueiri

Dans un climat de mondialisation effrénée, de capitalisme à tous crins, les employés sont des pions sur l’échiquier des actionnaires. Exxia est l’une de ces entreprises de construction aéronautique qui joue gros et perd davantage. Depuis sa tour d’ivoire dans le quartier parisien d’affaires La Défense, Alexandre Dorfman (Alex Lutz), président du groupe, fomente un coup fourré aux proportions démesurées. Son ultimatum simpliste réside dans la restructuration de l’usine de Beauvais. 1000 emplois à supprimer d’emblée. Il craint les représailles des syndicats, et la violence des ouvriers surpassant celle des Gilets jaunes. Ce serait dynamitage des outils de production et / ou séquestration du patron. Pour ce faire, il lui faut dénicher le patron de Beauvais au mental inébranlable, parmi quatre de ses meilleurs cadres. Et dans le même temps, engager un DRH à toute épreuve pour les licenciements à venir.

Quoi de plus simple que de convoquer les uns et les autres à une prise d’otages à leur insu, pour tester la fidélité à l’entreprise sous le coup de la terreur.

Eric Cantona (Alain Delambre) dans l’épisode 4 de la série “Dérapages” de Ziad Doueiri credit: Stephanie Branchu/Arte

Tirés de faits réels, ces événements dont la teneur réside tout entière dans son titre révélateur : « Dérapages », sont une mini-série de 6 épisodes créée par Arte au début du confinement. Elle vient d’être rachetée par Netflix, qui sans nul doute va s’en emparer pour lui construire une deuxième saison. Le plan machiavélique de Dorfman est inspiré d’une fausse prise d’otages organisée par les dirigeants de France Télévisions en 2005. Il compte opposer dans un face à face « à la mort », ses propres cadres à des candidats au poste de DRH. Les DRH étant de la partie dirigeront les preneurs d’otages, des mercenaires enrôlés pour l’occasion, afin de faire craquer chacun de ces cadres en lice pour une promotion. Mais rien ne se déroulera comme prévu…

Tout commence par un coup de pied au cul, autant réel que figuré. Reçu par Delambre et répondu par un coup de boule qui enclenche une escalade de violence sociale, morale et physique jusqu’à son paroxysme. Comme on le pressent, Delambre sera un des DRH-clés pour la réussite de ce jeu de rôle inhumain. Avec un ami informaticien, une fille avocate et un gendre dans le crédit, il va préparer son coup pour être imbattable lors de la mise en scène. Et dès le premier épisode, la scène est plantée, tous les enjeux sont mis en place. Au troisième épisode c’est la prise d’otage. Les trois épisodes suivants il est en prison. Trois temps, trois univers distincts, trois photographies de la société française. La violence sociale : le chômage. La violence physique : la terreur. La violence morale : le procès. Mais si c’est le procès du chômeur le plus célèbre de France, ce sera aussi le procès d’une multinationale et de ses procédés abjects.

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