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Au feu, les pyromanes ! Des livres qui brûlent les doigts.

Fahrenheit 451 (1966/François Truffaut/UK) d’après un roman de Ray Bradbury de 1953

Au son d’une alarme, des pompiers perchés sur un camion sortent d’une caserne qui porte le n°451 et un logo de dragon. Arrivés dans l’appartement, ils se mettent à fouiller tous les recoins. Et découvrent des caches de livres de poche, qui dans un lustre, qui dans la télévision, qui derrière le radiateur, qui dans le mini-bar… Les bouquins sont jetés sans ménagement par la fenêtre et brûlés au lance-flamme devant un attroupement de badauds du voisinage, par Guy Montag, un pompier promu pour son exemplarité.

Dans la langue anglaise, le mot « pompier » s’écrit « fireman », « l’homme du feu », d’où le jeu de mot dans la version originale sur la lance à eau qui se transforme en lance-flamme. Et un petit garçon qui voit passer un camion rouge de pompier s’écrit : « Il va y avoir un feu ! »

451 est en fait la température (en Fahrenheit, ce qui équivaut à 233°C) à laquelle le papier s’enflamme. Tel est le titre du roman américain d’après-guerre de Ray Bradbury, qui dépeint une société futuriste totalitaire. La culture, et principalement la littérature, sont proscrites. La police traque les déviants qui s’adonnent à la lecture et les pompiers incendient les livres comme autant d’autodafés. Ce livre lui a été inspiré par l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, les livres brûlés par le régime nazi, les purges de Staline, ainsi que la liste noire Un-American du maccarthysme.

À la descente du monorail rétro-futuriste SAFEGE (en fonction dans les années soixante dans le Loiret en France), Clarisse, une jeune et jolie voisine de Montag (qui ressemble étrangement à sa femme) lui pose une kyrielle de questions :

« Est-il vrai que dans le temps les pompiers éteignaient le feu dans les maisons au lieu de brûler les livres ? »

– Quelle idée bizarre. Toutes les maisons sont ignifugées !

«  Pourquoi brûlez-vous des livres ? »

– C’est un boulot toujours varié. Monday we burn Miller. Tuesday, Tolstoï. Wednesday, Walt Whitman. Friday, Faulkner. Saturday and Sunday, Schopenhauer and Sartre. » répond-il, facétieux, avec des acrostiches dans la version anglaise.

« Pourquoi les livres sont interdits ? »

Ça rend les gens malheureux… les livres troublent les gens, les rendent antisociaux.

« Lisez-vous les livres que vous brûlez ? »

– Pourquoi faire ? Ça ne m’intéresse pas, j’ai mieux à faire et c’est interdit.

En fait la petite Clarisse, cheveux courts, et Linda Montag, cheveux longs, sont jouées par la même actrice (Julie Christie). Linda, femme au foyer, regarde toute la journée durant « la famille » à la télévision, sur son mur-écran. Une série d’état animée par les « cousins » pour divertir le peuple et contrôler les pensées. Montag, lui, « lit » un journal illustré comme une bande dessinée sans phylactères. Les mots écrits sont bannis de la culture dans cette société dystopique dictatoriale. Ils sont entièrement remplacés par la culture orale, les photos, les chiffres, les symboles colorés et les formes géométriques.

On ne voit pas le gouvernement dans le film de Truffaut, seuls les effets de sa censure implacable sont apparents, dans une société largement soumise aux curieux interdits jamais remis en question. Les livres sont toujours présents, de vieux bouquins, des premières éditions, mais l’imprimerie n’existe plus. Donc la vie d’avant cette censure date de mémoire d’homme, d’une génération, et pourtant personne ne semble s’en souvenir. Les anciens pompiers connaissent les auteurs de nom, à force de les brûler, mais aussi leurs contenus sous couvert d’une pensée sommaire et schématique.

Les livres qui « n’ont rien à dire » sont brûlés sans aucune forme de procès :

Tom Sawyer de Mark Twain, Le procès de Franz Kafka, Moby Dick d’Herman Melville, La Peau de chagrin de Honoré de Balzac, Dom Juan de Molière, Pères et Fils de Tourgueniev, Jane Eyre de Charlotte Brontë, Justine du Marquis de Sade, Zazie dans le Métro de Raymond Queneau, Lolita de Vladimir Nabokov…

Mais une nuit, Montag se met à lire un livre sauvé du brasier, ramené chez lui à la sauvette : David Copperfield de Charles Dickens… Le premier livre d’une vie d’homme. Et le lendemain, bouleversé, il rugit : « Vous ne vivez pas ! Vous tuez le temps ! » face aux amies de sa femme réunies devant la télévision comme à l’accoutumé. Tout son univers va basculer à partir de ce moment décisif. Ce monde sans livre, pitoyable, miséreux, lamentable, prendra une tournure plus héroïque, fantastique,irréelle. À vous de tourner la page.

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