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Yara Lapidus, une voix suave au destin hors norme

Yara Lapidus est une artiste au parcours atypique qui nous fait voyager avec sa voix veloutée. La rédaction a eu la chance de la rencontrer à l’occasion de la réédition de son album Indéfiniment, sorti l’année dernière en collaboration avec le compositeur Gabriel Yared. Retour sur un agréable moment passé en sa compagnie.

Qui se cache derrière Yara Lapidus ?

Léa Dutertre : pouvez-vous vous présenter, me dire qui vous êtes ?

Yara Lapidus : je suis une auteur interprète, née au Liban et je vis à Paris depuis l’âge de 17 ans. C’est d’ailleurs à ce même âge que j’ai commencé à écrire, tandis que j’ai appris à jouer de la guitare à l’âge de 6 ans. Aujourd’hui c’est un accomplissement puisque j’ai la réédition de mon album Indéfiniment qui est sorti le 26 avril 2019. Voilà qui je suis, dans les grandes lignes.

Portrait de Yara Lapidus
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L.D : ex-styliste, quel a été votre déclic pour faire de la musique ?

Y.L : j’ai toujours voulu faire de la musique… Styliste modéliste était mon métier avoué, mais mon rêve caché était de faire de la scène. C’était très flou quand j’étais enfant : j’étais fascinée par le goût du risque qu’on pouvait avoir sur scène, mais sans savoir exactement ce que je voulais faire. J’avais écumé tous les cours de théâtre possibles, entre le Liban, Paris, Londres ou encore les États-Unis. J’ai par exemple pu m’essayer au cours Florent à Paris et au studio Pygmalion. J’avais ce goût du spectacle bien planqué mais bien réel aussi.

Lorsque j’ai sorti mon premier album en 2009, la musique était encore un hobby pour moi. C’est en 2010 que j’ai eu le déclic : j’ai eu un accident qui m’a fait perdre l’usage de ma main gauche. C’est à ce moment que j’ai réalisé que je ne pouvais plus exercer mon métier de styliste modéliste. Pendant 5 ans, je n’ai plus voulu sortir. Alors, j’ai commencé à écrire et à composer des chansons, en me disant que j’allais renaître grâce mon autre passion, la musique. J’ai levé le voile.

L.D : d’où vous vient toute cette inspiration ?

Y.L : normalement l’imagination d’un auteur est encore plus vive, en tout cas en ce qui me concerne plus libre, avant la musique. J’adore partir d’une page blanche et aller dans des directions diverses et variées. Pour mon album Indefiniment, j’ai eu la chance de travailler avec Gabriel (NDLR Gabriel Yared est un compositeur et arrangeur français d’origine libanaise). Dans ce cadre particulier, ses mélodies vous poussent, elles vous portent et vous incitent à donner le meilleur de vous-même. En partant de la musique, j’avais tout de suite l’imagination qui galopait et des thèmes qui émergaient.

Cela dit, le fil rouge de cet album c’est l’amour : j’ai voulu en parler à chaque fois, dans chaque titre, en prenant un autre angle ; comme un réalisateur qui pose sa caméra dans différents endroits à chaque fois.

LD : comment présenteriez-vous votre album Indéfiniment à nos lecteurs ?

Y.L : dans ce mot déjà, il y a le terme infini. En filigrane je vois aussi qu’il y a une petite vision poétique de ce qui peut être sans contour, l’infiniment petit, l’éternité, l’infiniment grand, et surtout je dirais l’intemporalité. C’est cette façon qu’ont certaines chansons de traverser le temps, sans qu’on puisse expliquer la raison, qui me plaît le plus. Toujours indéfini.

Couverture de l'album Indefiniment de Yara Lapidus
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L.D : comment cet album est-il né ?

Y.L : il est le fruit d’une inoubliable collaboration avec Gabriel Yared. Les thèmes qui au piano me paraissaient déjà audacieux, pourtant simples et fluides, m’ont paru comme une évidence pour l’écriture, une source inépuisable d’inspiration.

C’est cette apparente simplicité que j’aime dans le travail. Elle cache souvent beaucoup de sophistication, c’est ce qui résume un peu notre démarche artistique à Gabrielle ou à moi. Les paroles peuvent également paraître naïves, mais derrière, elles ont un sens.  

J’applique aussi cette méthode de travail dans ma façon de me vêtir, dans la mode. Quand j’étais styliste, j’aimais cette apparente simplicité.

J’ai toujours dit que mon album était ma petite robe noire à moi, parce que chaque femme a dans sa garde-robe une robe noire qui traverse le temps. Pourquoi est-elle intemporelle ? C’est parce qu’elle est dans la bonne matière, bien coupée et à la bonne longueur qu’elle ne se démode jamais. Inconsciemment, j’ai appliqué cette même règle à ma musique.

L.D : pouvez-vous nous parler de vos collaborations pour cet album ?

Y.L : il y a eu Gabriel Yared pour la composition et j’ai également fait un duo avec le chanteur américain Iggy Pop. Nous avons enregistré ensemble un duo où on se murmure des choses, c’est très mignon. Il y a eu une autre collaboration avec Chico César, parce qu’en chantant la Bossa Nova, j’avais vraiment envie d’avoir le répondant en duo avec un artiste. Adnan Joubran a également mis sa ponctuation très subtile sur la chanson Depuis toi.

Yara Lapidus et Iggy Pop
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L.D : pouvez-vous nous décrire votre style musical ?

Y.L : je dirais simplicité et sophistication. Dans ma démarche, j’aime oser et risquer l’originalité. Prendre le temps de me tromper, de revenir sur mes pas, de laisser travailler l’imaginaire que peut susciter une belle mélodie. Mon style est donc original, sous des apparences très simples.

L.D : quel message souhaitez-vous véhiculer à travers votre musique ?

Y.L : je suis une enfant de la guerre, je suis née sous les bombes. Pourtant, je n’ai que des messages d’optimisme, de paix, et même de paix intérieure. Je n’ai pas chanté de chansons engagées dans cet album, mais je m’engage dans l’amour. Il y a quelque chose de fragile, un peu comme un fragment du Discours amoureux de Roland Barthes, qui a longtemps été mon livre de chevet. Qu’est-ce que c’est l’amour en réalité ? On trébuche, on se lève, on pleure, on est heureux, on flotte, on plane. C’est un peu tous ces aspects amoureux que j’ai voulu traiter.

Je n’ai que ce message d’espoir, de choses positives. Nous avons tous des drames dans la vie, chacun a sa petite faiblesse quelque part et je pense qu’il faut en faire une force, parce que c’est le seul moyen de garder la tête hors de l´eau. En tout cas le meilleur moyen.

L.D : des projets pour les mois à venir ?

Y.L : oh oui. Mon premier projet est de continuer à défendre cet album qui marche bien. J’ai des émissions prévues, des lives. Après deux concerts à Londres, j’ai également eu la chance d’en faire quelques uns à Paris.

Il y a également un autre projet dans la continuité de celui-là : un album anglais que je vais sortir à l’automne prochain.

L.D : un mot pour la fin ?

Y.L : c’est sympa d’avoir pensé à moi. Votre magazine traitant la mode et la culture, je suis une parfaite cliente puisque je navigue toujours entre ces deux mondes. Même si aujourd’hui mon activité est à 99,9 % musicale, j’ai toujours un pied dans la mode : je vis avec un couturier et il m’arrive toujours de dessiner. D’ailleurs, pour chaque tenue de scène, il faut toujours que j’y pense des semaines à l’avance, rien n’est laissé au hasard.

“Yara Lapidus nous revient avec une réédition de son album Indéfiniment sorti l’année dernière, et écrit en collaboration avec le compositeur Gabriel Yared. Enregistré dans les mythiques studios d’Abbey Road, son second album Indéfiniment est né d’une passion commune pour les chansons simples et intemporelles. Amour obsession, amour impasse, bonheur tumultueux et mélancolie s’entrechoquent tout au long de ce disque où les mots de Yara Lapidus étincellent sur les musiques de Gabriel Yared.”

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