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“What were you wearing ?” : l’exposition qui abat les préjugés sur le viol

« Tu étais habillée comment ? », c’est la question qu’entendent encore malheureusement trop de victimes de viol. Nombreux sont ceux qui associent la tenue vestimentaire et la probabilité de se faire agresser. A bas les préjugés, une université américaine a organisé une exposition mettant en scène les récits de victimes de viol ainsi que les tenues que celles-ci portaient au moment de leur agression.

Une claque aux préjugés

Tout commence en 2013. Jen Brockman, directrice du Centre de prévention et de sensibilisation aux violences sexuelles de l’Université de Lawrence au Kansas s’associe au Docteur Mary A. Wyandt-Hierber, de l’université de l’Arkansas afin de mettre à mal les idées reçues, notamment celle selon laquelle les victimes de viol « mériteraient » leur agression, à cause de leurs tenues, jugées trop sexys, trop dénudées.

Ainsi, ce sont 40 étudiantes qui racontent leur histoire, l’histoire de leur viol. 18 d’entre elles ont également donné des tenues, similaires à celles portées au moment des faits.

Les tenues qu’on y découvre sont diverses et variées : des robes de soirées sexys, un T-shirt-jean, un T-shirt pour garçon, un pull. On se rend compte que ce sont en fait, des tenues quelconques qui sont exposées. Une vraie prise de conscience.

Les réactions des visiteurs le prouvent. « J’ai la même tenue dans mon placard », « J’étais habillée comme ça cette semaine » peut-on entendre dans la salle.

« Un maillot de bain. On avait fait du canoë toute la journée sur la rivière. C’était vraiment super. Ils sont ensuite venus dans ma tente alors que j’étais en train de me changer. »

 

« Mon t-shirt jaune préféré, mais je ne me souviens plus quel pantalon. Je me souviens que je me sentais tellement perdue, que tout ce que je voulais, c’était sortir de la chambre de mon frère et continuer à regarder mes dessins animés. »

 

« Je ne suis pas allée au travail pendant deux jours après l’agression. Lorsque j’ai raconté à ma chef ce qui m’était arrivé, elle m’a posé cette question. Je lui ai rétorqué : un t-shirt et un jean, ce qu’on porte quand on va voir un match de basket, connasse ! J’ai démissionné sur le champ. »

 

Déculpabiliser les victimes

Au-delà de vouloir une prise de conscience du public, cette exposition se donne pour but d’aider les victimes de viol. En effet, la société veut que les victimes, principalement des femmes, se sentent mal à l’aise à l’idée de porter une jupe considérée trop courte, un haut trop décolleté. Elles sont perçues comme des aguicheuses au point que, si un viol a lieu, on entendra « Elle n’avait qu’à porter une tenue plus décente ». La victime devient coupable. L’agresseur devient victime. Victime de sa faiblesse, certes, mais victime tout de même. Choquant, n’est ce pas ? Et pourtant, c’est la réalité de notre monde.

Mes P’tits Cailloux

Cette exposition permet de montrer aux victimes que non, elles ne sont pour rien dans le fait de s’être faites agresser. Qu’elles aient porté une robe courte ou un T-shirt trois fois trop grand, l’horreur serait quand même arrivé car le problème ne vient pas de leur tenue mais bien de l’agresseur.

 

Vers la pénalisation du harcèlement de rue ?

Cette exposition permet de pointer du doigt un énorme problème sociétal : le malaise des victimes d’agressions. Se sentant honteuses, coupables, elles n’osent parler. Messieurs, mesdames, celà est A-NOR-MAL. Personne ne devrait se laisser faire et se taire dans des situations aussi graves. Cela peut gâcher toute une vie.

Acrimed

Le Gouvernement Français semble l’avoir compris puisque, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, souhaite « faire en sorte que le harcèlement de rue ne soit plus toléré dans notre société ». Elle a annoncé la mise en place d’un groupe de travail qui discutera des moyens pouvant être mis en place pour aboutir, à terme, à une pénalisation du harcèlement de rue.

Plusieurs réactions ont suivi cette annonce. Certains s’en réjouissent, tandis que d’autres sont sceptiques quant aux moyens et méthodes qui seront utilisés et craignent la stigmatisation d’une partie de la population et la montée d’une discrimination.

Mais, restons positifs : il s’agit déjà d’une bonne chose que le harcèlement de rue soit reconnu comme un délit aux yeux du Gouvernement. Pourra t’on enfin un jour, s’habiller comme nous le souhaitons, sans entendre des remarques désobligeantes ? Femmes, soyez belles et ne vous taisez pas !