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Vero, true social ou pas ?

Accro aux réseaux sociaux ? Alors vous avez sans doute entendu parler de Vero. Sortie de l’ombre en février 2018, l’application créait le buzz. Largement critiquée dans les médias, Le Ticket Mode a mené l’enquête. Création, fonctionnement, développement, qualités et défauts. On vous explique tout.

Pour comprendre ce qu’est Vero, il faut remonter à ses origines, en 2013. A la tête de ce nouvel empire social, on y retrouve Ayman Hariri, fils de Rafic Hariri ancien Premier ministre libanais assassiné en 2005, et demi-frère de Saad Hariri, directeur général du groupe Saudi Oger, géant du BTP. A ses côtés, Motaz Nabulsi, producteur de films jordanien, et Scott Birnbaum, fondateur de Red Sea Ventures. Vero Labs Inc est actuellement basée aux États-Unis mais ses serveurs résident au Royaume-Uni.

Associés, ils lancent, en juillet 2015, l’application Vero. Un nom étonnant qui est  tiré du latin « véritablement ». Leur mission est simple : proposer  une application alternative dite « naturelle » destinée aux personnes déçues des réseaux sociaux traditionnels. Pour cause, l’arrivée en masse d’algorithmes et de ciblage publicitaire poussé qui énerve bon nombre d’internautes, Vero prime ainsi « les vraies relations». Finie la technologie numérique, place à la simplicité d’antan. De cette manière, l’application bouscule le marché et entre en opposition avec les social media historiques Facebook, Instagram et Twitter.

Adieu la publicité, à bas les algorithmes intrusifs,  non à la collecte en continu de ses données personnelles, un monde nouveau s’ouvre à vous, de quoi faire rêver non ? Vero semble être le Superman éthique 2.0 .

  • Pourquoi est-elle sortie de l’ombre ?

La question est tout à fait justifiée. Après deux années de quasi « inactivité », pourquoi un tel engouement si soudain ? En vérité, la réponse est simple. L’entreprise Vero Labs Inc a usé d’une grande  et très efficace campagne de marketing. Après tout quoi de mieux que d’investir dans de la publicité pour donner un coup de pouce à son application ? Un buzz fortement relayé par des influenceurs américains, habilement sélectionnés en amont. Parmi ces derniers, Greg Collins, photographe professionnel, va boycotter les autres réseaux sociaux pour ne publier qu’exclusivement sur Vero durant une période donnée. D’autres grands noms vont adhérer au mouvement comme WeeklyChris, avec ses 2.2 millions d’abonnés sur YouTube et 3.5 millions sur Instagram, ou encore l’acteur Ray Fisher, qui tient le rôle de Cyborg dans le film, Justice League.

Forcément quand les célébrités commencent à en parler, et que la presse américaine s’y mêle, cela crée ce merveilleux sentiment de nouveauté auprès  du public, alors que pas du tout ! Une chose en entrainant une autre, l’information se diffuse à l’international comme une trainée de poudre magique. Bien joué Vero !

Ayman Hariri est malin et va surfer sur une tendance marketing dite FOMO (Fear Of Missing Out). Cet acronyme ne vous dit rien ? Pas de panique, on vous explique tout. En somme, c’est profiter de l’addiction des mobinautes, à ne pas savoir passer outre les infos sur les réseaux sociaux. Pas très cool n’est-ce pas… En annonçant une inscription gratuite à vie au premier million d’inscrits, le directeur crée une situation d’urgence. C’est un peu comme pour les soldes lorsqu’on se dit « premier arrivé, premier servi ». Ça marche de la même manière. Voyez ça comme une promotion. Vous vous dites « c’est maintenant ou jamais, alors vite, il faut que je m’inscrive avant que ce soit payant », ne serait-ce que pour essayer l’application, sans garantie de continuer à l’utiliser.

En ventant haut et fort le retour aux bases des réseaux sociaux avec l’absence d’algorithmes et de publicités, Ayman Hariri s’assure d’attirer l’attention. Notamment celle des utilisateurs qui en ont marre de tout ça et souhaiteraient revenir à des versions bêta.

Conclusion : l’application arrive en tête de Google Play et de l’App Store. Les recherches Google augmentent quant à elles, de 300%.

Comme quoi, même lorsqu’on propose une application qui n’a rien de nouveau, ça peut marcher.

  • Comment ça fonctionne ?

En premier lieu, l’inscription. Rien de plus facile. A force de s’inscrire à tous les réseaux sociaux possibles et inimaginables, on commence à avoir l’habitude. La musique est donc la même : nom, prénom, adresse mail, mot de passe, numéro de téléphone, sans oublier le petit code de confirmation reçu par sms, et le tour est joué ! Il ne vous reste qu’à ajouter une belle photo de profil.

Sur la page d’accueil, vous apercevrez un petit cercle bleu, en bas, au milieu, dans lequel se trouve un « + ». Touche capitale de l’application, puisqu’elle permet de créer un post. Cette dernière propose plusieurs catégories : photo/vidéo, lien, musique, film/TV, livre et lieu. Si chaque post peut être agrémenté d’un avis ou d’une mention (par exemple : recommande / ne recommande pas), l’inverse n’est pas possible. Notre chère Vero ne nous permet pas de poster un simple texte. Il doit forcément être accompagné d’une pièce jointe (cf. les différentes catégories ci-dessus).

Comme sur Instagram, il y a la possibilité d’ajouter un filtre lors de la publication d’une photo. Mais ce n’est pas la seule similitude. Liker et commenter les posts, c’est également possible (c’est un peu la base me diriez-vous, mais mieux vaut préciser…)

Qui dit ressemblances, dit différences. Ainsi, Vero ne permet pas de partager les contenus provenant des personnes auxquelles vous êtes abonné(e), ni même de les télécharger. Les diffusions en direct, ne sont pas possibles, ni même passer des appels. En revanche, vous pouvez partager vos publications Vero sur votre compte Facebook ou Twitter. Et oui, il faut bien que Vero garde un peu de contact avec ses confrères.

La réelle nouveauté se passe du côté des ajouts d’amis. Ici, hors de question que tous vos amis, connaissances, et abonnés se retrouvent ensemble. On ne mélange pas les torchons et les serviettes voyons… De ce fait, lorsque vous ajoutez une personne, il vous est demandé de la classer dans une catégorie. Elles sont au nombre de trois : proches, connaissances, abonnés. Pratique ! Cela offre l’opportunité, lors d’une publication, de choisir quelles catégories peuvent accéder à cette dernière.

Il existe aussi des accès rapides. La rubrique « collections » n’est pas à sous-estimer. Marre de voir des posts de films, de musiques ? Envie de voir des photos ? Alors il suffit de cliquer sur la rubrique, chercher des « photos » dans la liste, et seules les photos publiées par vos amis apparaîtront. C’est magique.

Pour le reste, ça ne change pas beaucoup des autres réseaux sociaux. On s’habitue très vite à l’interface.

  • Les points positifs

Ils sont peu, mais il est important de les noter. La première chose frappante : le plaisir de naviguer sur un réseau social sans pub intempestives toutes les trois secondes. Adieu les parasites. Autre bon point, le contenu chronologique. Plus besoin de passer quatre heures dans le fil d’actualité à chercher un post vu il y a une heure et perdu par les algorithmes. Ici, on retrouve les choses facilement et c’est le kiff absolu.

Qui dit absence d’algorithme, dit absence de publications indésirables. Les posts proposés en fonction de votre profil, c’est fini. Soyez-en paix.

Ne nous voilons pas la face : on aime les cachotteries. Par conséquent, on adore le principe de catégorie d’amis. Marre de ne pas publier certaines photos de soirées parce que papa et maman sont sur les réseaux et vous gardent à l’œil ? Pas de problèmes, la solution réside dans ce système de catégorisation. Vous n’avez qu’à les classer dans « connaissances » et publier vos photos uniquement pour ceux placés dans « proches ». Pas sûr qu’ils apprécient, mais chut, on ne dira rien.

Certes, on ne peut pas passer d’appels, mais il reste tout de même les DM (direct message, pour ceux qui n’ont jamais compris la signification) et c’est une bonne chose.

La ligne graphique est quand même vachement cool. Bon, les couleurs ne sont pas top, mais très joli design. Ça compense.

Dernier petit plus : ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de publicités, qu’on ne peut pas acheter. Des comptes sont destinés aux marques, il est donc possible de commander des produits directement sur l’application.

  • Les points négatifs

Passons aux choses sérieuses. A ce qui nous préoccupe vraiment : la protection des données personnelles. S’il y a bien une chose sur laquelle on ment tout le temps, c’est bien la lecture des conditions d’utilisation. Cliquer sur accepter, sans regarder, c’est notre mauvaise habitude. Pourtant, vous seriez surpris de voir tout ce que l’on peut trouver là-dedans. Rappelons qu’Ayman Hariri se vantait de la protection assurée des données personnelles. Et bien pour l’éthique, on repassera… Pour l’inscription, l’application demande numéro de téléphone, nom, prénom, adresse mail ; mine de rien ça fait déjà pas mal d’informations collectées. Mais s’il était question uniquement de cela, le problème ne serait pas si grave. Vero conserve tous les messages envoyés via leur serveur. Ajoutez à cela la collecte automatique de votre position géolocalisée, l’adresse IP, les informations sur votre mobile et les pages vues. Pas très rassurant n’est-ce pas ? Mais attention, c’est « pour aider l’entreprise à s’améliorer ». Bon, si c’est pour une bonne cause alors, ça change tout… Ah ! N’oublions pas, c’est également pour « la personnalisation des contenus », mais à part ça, il n’y a pas d’algorithme hein… #PubMensongère

Heureusement pour vous, on va vous dire la vérité. Selon les conditions, ces données serviraient à des « services publicitaires externes ». Histoire d’enfoncer le clou une dernière fois, la plateforme Exodus Privacy a récemment révélé la présence de mouchards, essentiellement des éléments provenant de Facebook et Google. Vous voulez un chiffre ? Il y en a sept au total.

Fait étrange remarqué : impossible de supprimer son compte. Cela ne se fait pas automatiquement. Il faut d’abord passer par Vero en faisant une demande de suppression. Reste à savoir si cette requête aura un jour une réponse. Positive qui plus est.

Du côté des choses un peu moins significatives, le no man’s land actuel. Si l’application fait un buzz, il n’y a pas encore assez d’inscrits pour trouver réellement des amis dessus. Beaucoup de bugs techniques mais aussi pas mal de ralentissement, sont à signaler. Pour le moment, on va mettre ça uniquement sur le compte de l’affluence soudaine d’utilisateurs (c’est quand même moche d’être autant victime de son succès). Espérons que ça ne dure pas.

Autre bémol, Vero n’existe que sur mobile. Il n’y a pas de version web, ni de version tablette. C’est dommage. Mais qui sait, cela est peut-être prévu pour la suite.

  • Le bilan

Enquêteur jusqu’au bout des ongles, nous avons passé une semaine sur l’application. Place au verdict.

Dans l’ensemble, c’est une bonne application. Joli design, facilité d’utilisation. Il est donc tentant de succomber aux charmes que nous offre Vero. L’idée des différentes catégories de post permet d’avoir des publications qui ont du sens, mais surtout cette méthode est « ludique ». On reproche toutefois le manque d’originalité. Toutes les fonctionnalités des autres réseaux sociaux sont réunies. Il manque donc la « cherry on the cake » des créateurs, de la nouveauté. Ne nous voilons pas la face, le fait qu’on retrouve les mêmes fonctionnalités n’est pas un défaut, bien au contraire. S’il elles n’y avaient pas été, au profit d’autres fonctions, on aurait trouvé un moyen de râler. Les bugs ont ralenti la découverte de l’application. Les premiers jours, un post sur trois accepte de se publier. Il a fallu également attendre quatre jours pour arriver à chercher des amis et personnalités dans la barre de recherche.

Sur ce réseau social, la méfiance frôle les 99%. Déjà, quand on voit les conditions d’utilisateurs ça met un frein, mais après tout, Facebook, Twitter et Instagram ne sont pas blanc comme neige. Le plus étrange et effrayant n’est pas là. Lors de l’inscription, une fois le numéro de téléphone entré, on reçoit un message avec un code de confirmation. Dans le cas échéant, il est possible de demander un appel, où une boite vocale automatique dicte le code (en anglais). Alors que cette manipulation n’a pas été utile, que le sms a été reçu et le code rentré, pendant deux jours, des numéros provenant des États-Unis ont appelé et ce, à cinq reprises. Ça jette clairement un froid, ce qui explique la note.

Notation : 2/5

  • Quel avenir ?

Présence éclair dans le top des téléchargements, forte augmentation des recherches Google, les chiffres sont bons mais n’assurent pas forcément un avenir paisible à Vero. Pour cause, d’autres applications ont eu recourt à la stratégie marketing du FOMO, et le résultat n’est pas très joyeux. Path, Ello, App.net, il en existe des dizaines. Toutes ont connu leurs heures de gloire avant de finalement retourner dans l’ombre ou pour certaines, de carrément couler. Il faut le dire, une application gratuite c’est forcément alléchant, mais lorsqu’elle sera payante, il y aura sans doute pas mal de réticents. A eux de bien gérer le prix de leur abonnement car une interface attractive ne suffit pas.

Le plus grand enjeu de Vero Labs Inc est sans aucun doute le respect de la vie privée. Lorsqu’on promet de protéger les données de ses utilisateurs, il faut savoir tenir sa promesse.

Une chose qui pourrait faire pencher la balance du côté de Vero : que la montée en puissance des algorithmes sur Facebook et Instagram, pousse les utilisateurs à se tourner vers de nouvelles alternatives sociales.

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