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“Trans c’est pas mon genre”

Ce documentaire, réalisé par Eric Guéret, semble être une réponse à une profonde incompréhension de l’homosexualité et de la transsexualité qui se retrouvent aujourd’hui sur le devant de la scène médiatique et politique. La question du genre est au cœur de ce documentaire, connaissons-nous réellement le transgenre ? Où se situe le genre et sa limite ?

Le transgenre, qu’est-ce-que c’est ?

Au sens propre du terme, le transgenre se définit comme “une personne présentant un transsexualisme et qui adopte l’apparence et le mode de vie de l’autre genre, mais sans changer de sexe”.

Peut-on alors parler de genre dans ce cas là ? La question se pose car nous avons une vision très binaire du genre par conséquent un individu naît avec un sexe féminin et est du genre femme et homme quand ses attributs de naissance sont ceux d’un homme. Mais qu’en est il lorsqu’une personne naît en homme et se sent femme, et inversement. Dans ces cas là, le genre sexuel ne peut pas s’appliquer puisque le trans rejette les attributs que la nature lui donne à la naissance. Nous ne pouvons pas ranger tous les individus dans les mêmes cases prédéfinies, dans un style “homme” et “femme” qui sont le résultat de constructions sociales sur plusieurs siècles. Les trans sont à la croisés des deux genres identitaires conventionnels. Ils sont le troisième genre qui semble déranger nos sociétés modernes.

L’identité de genre est alors définie comme l’identité physique même d’un individu, c’est donc le fait de se sentir homme ou femme. Cette identité est à différencier de celle de l’identité biologique qui est attribuée à la naissance en tant que mâle ou femelle, on parle alors de transidentité. Le changement de sexe sur un plan physique correspond à une forme de transexualité tandis qu’un changement d’état psychique se réfère à du transgenre. Pour faire évoluer les choses, nous devons profondément différencier le sexe du genre.

Remontant le temps et retournons à l’époque de nos ancêtres les homo-sapiens. Certaines recherches scientifiques attestent de l’existence du transgenre dans les tribus de nos ancêtres. Certains homo-sapiens hommes se comportaient et se sentaient comme des femmes. Une époque où les constructions sociales n’étaient pas définie comme aujourd’hui.

Des témoignages bouleversants sur une réalité tue

Capture d'écran de l'émission Trans c'est pas mon genre

Capture d’écran de l’émission Trans c’est pas mon genre (de gauche à droite de haut en bas : Morgan, vikken, STÉPHANIE, marvin, martine, marie et sa femme, joriane, florence)

Ce documentaire signé Eric Guéret, diffusé sur France 2 début novembre, est un véritable cri de colère face à une société qui n’en ouvre pas moins les yeux. Les invités semblent continuer à croire en une potentielle évolution des lois à force de combat perpétuels. La transphobie semble une réalité qu’on ne veut pas voir pas mais qui est bel et bien présente et agit comme une arme menaçante mais invisible. Entre agressions physiques ou verbales, les transexuels sont constamment montrés du doigt et mis à la marge de la société qui se veut conformiste et traditionaliste.

Un homme dans un corps de femme, une femme dans un corps d’homme

Ces 8 hommes et femmes ont su témoigner autour de leurs parcours de vie, leurs combats quotidien pour être acceptés et reconnues dans une société où la stigmatisation va bon train.

Nos papiers permettent aux gens haineux de nous humilier

Les papiers d’identité sont une sorte de rappel à son genre biologique. Ils agissent comme une convention normée où on ne peut pas se permettre de s’en éloigner au risque d’être stigmatisé. Le quotidien c’est de l’exclusion, des explications et des justifications constantes sur pourquoi les papiers d’identités indique un homme alors qu’on est une femme physiquement et réciproquement. Une vie plongée dans une interrogations constante et une recherche de son “moi”, comprendre pourquoi la vie ne vous a pas fait comme vous ressentez être, mais aussi voir le comportement des autres qui jugent sans comprendre et qui rejettent sans même essayer.

Les confidences des invités nous révèlent un profond isolement, ils vivent dans une solitude sociale, évitant ainsi le contact humain de peur de subir des humiliations. On ressent une véritable peur de ne pas être accepté tels qu’ils sont, ils sont même prêts à aller contre leur nature psychique pour rester proche de leurs époux et/ou enfants.

La catégorisation voilà à quoi ressemble notre monde moderne, voilà à quoi l’être humain en est rendu. Quand les diktats de la beauté féminine s’impose à des hommes qui se voient comme des femmes, comment peuvent-ils s’intégrer dans un groupe de femmes alors qu’ils n’ont pas connaissance des codes féminins. Marie avoue avoir eu de la colère en tant qu’homme et père de famille vis à vis de sa famille mais en réalité ce n’était que les larmes intériorisées qu’il ne pouvait pas sortir parce qu’il n’avait pas appris les sentiments féminins en tant qu’homme.

En plus d’une exclusion sociale, les trans font face au sexisme qui est propre à chaque sexe. Comme si nos sociétés ne vivaient que de la stigmatisation, on a besoin de comprendre les choses et de mettre un nom sur les choses. On ne peut pas comprendre la différence ou bien on en a peur.

J’ai eu des envies de suicide. Mais je ne voulais pas mourir dans ce corps-là, être enterré comme ça, en femme (Morgan)

On prône la liberté  l’égalité et la fraternité et où on est tous libres et égaux en droits mais en réalité on se refuse à accepter les différences si l’ordre social est bouleversé.

Et face à la loi française, qu’en est-il ?  

La transidentité est reconnue par la loi comme une maladie psychiatrique et nécessite un diagnostic précis par un médecin spécialisé pour valider cet état. La validation du psychiatre permet de se faire rembourser les soins et d’accorder le changement d’identité sur l’état civil. Ce “trouble grave de l’identité sexuelle” est encore considéré comme une maladie psychiatrique par l’Organisation Mondiale de la Santé. De plus pour avoir accès aux hormones, il faut que la personne s’engage dans une démarche officielle face à un psychiatre pour attester de son changement voulu d’identité. Cette procédure dure deux ans. Cette nécessité de valider son transgenre et donc de valider sa propre identité, est une étape presque ahurissante, il est nécessaire de certifier son identité pour être assurer de vivre comme une femme ou comme un homme pour être accepter dans l’espace social.

La non reconnaissance par l’Etat de notre statut nous pousse à la prostitution.

Il n’existe pas de lois précises sur le changement d’état civil. L’état civil n’est pas libre c’est l’état qui possède votre identité. En 2010, on observe un changement dans la loi par rapport aux opérations : une autorisation n’est pas obligatoire mais il faut justifier d’une stérilisation. Il existe des critères de validation pour l’opération finale : ne pas avoir d’enfants, ne pas être marier, devenir hétéro, … Les trans doivent être irréprochables pour être dans les normes d’une société de genre binaire. Mais là encore des inégalités dans le traitement des dossiers en fonction de la cour de cassation dans laquelle votre dossier est traité. On est pas tous égaux devant la loi pour le changement d’état civil. La garantie d’être stérilisé rassure l’Etat pour valider votre changement d’état civil. C’est bien la question de la reproduction qui est en question ici.

Notre loi française ne semble pas souhaiter vouloir transgresser l’identité qu’on nous impose à la naissance.

Il est temps de les reconnaître et de leur donner les mêmes droits qu’aux autres. L’article premier de la ­Déclaration des droits de l’homme et du citoyen promet la liberté et l’égalité à l’humanité dans son ensemble. Mais quel sort réserve la loi à ceux dont cette même ­humanité ne peut pas rester enfermée dans le “h” et le “?” que l’état civil leur a attribué à la naissance ? » (Eric Guéret, réalisateur du documentaire)

Si on veut faire changer les choses, on doit en parler amener ce débat sur le devant de la scène médiatique pour faire valoir les droits des transgenres qui comme chaque individu souhaite trouver sa place dans une société qui est tout autant la sienne que la notre. Il est nécessaire d’avoir une démocratisation du transgenre et une acceptation de la différence mais pour cela il faut comprendre l’autre avant de le juger.

Si vous souhaitez revoir l’émission en intégralité, le lien du replay est disponible.

 

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