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Smoking, la tendance androgyne

Le smoking, cette tenue masculine, que nous les femmes, nous vous envions. Mais d’où vient le smoking ? Comment est-il devenue la pièce phare de notre dressing ?

D’où vient le smoking ?

L’origine du smoking est bien plus ancienne qu’on ne le pense. Les vestes d’apparat semblent voir le jour avec l’arrivée de la soie orientale en Europe en 1600. A cette époque, les grandes expéditions font découvrir des matières étrangères à nos commodes, de belles étoffes de qualité supérieure. Une tendance est lancée, celle d’une robe de chambre en soie, aussi appelée banyan, portée pour des moments de détente chez soi ou pour se faire un portrait en peinture. Seuls les plus riches pouvaient se l’offrir. Cette veste d’intérieur va évoluer et passer du cadre privé au cadre public dans les années 1850.

Les guerres s’enchaînent et les hommes vont prendre l’habitude de fumer de plus en plus, cela en devient une pratique courante. L’industrie du tabac est à son apogée. La coutume faisant, on souhaite protéger ses vêtements de la fumer de cigarettes en mettant sur soi une sorte de robe de chambre courte fortement inspirée du style oriental et fabriquée de velours, cachemire, laine ou flanelle. C’est ainsi que les hommes se retrouvaient dans le fumoir avec leurs vestes colorées à fumer et à discuter politique. La veste de chambre prit alors le nom de “smoking jacket”.

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Source : http://www.commeuncamion.com/2015/12/23/lhistoire-du-smoking/

Mais le smoking plus apprêté pour des événements publics semble être une création originale du roi Édouard VII de Galles, qui commanda aux tailleurs Henry Poole & Co de Savile Row une “smoking jacket” de soie bleue plus élégante que celle portée habituellement chez soi et en rupture avec la traditionnelle queue-de-pie.

La période de l’entre-deux guerres va être le point final à l’évolution de cette “smoking jacket”. A partir des années 1930, le smoking revêt la forme qu’on lui connaît actuellement. Les hommes ne s’en servent plus comme une protection contre les odeurs et les cendres, mais plutôt comme un habit de tous les jours. Le smoking est alors repris par les célébrités du cinéma, de la chanson ou de la télévision. Il se démocratise et devient un habit de tous les jours, réservé aux hommes uniquement.

Mais le smoking ne va pas rester très longtemps un usage exclusivement masculin. Le créateur Yves Saint Laurent va lancer une révolution dans les tenues conventionnelles, imposant alors le smoking comme un style androgyne.

“Pour une femme, le smoking est un vêtement indispensable avec lequel elle se sentira continuellement à la mode car c’est un vêtement de style et non un vêtement de mode” Yves Saint Laurent

Smoking for men

En toutes occasions le smoking reste une pièce essentielle du vestiaire masculin. Grands événements, mariages, soirées, la pièce a su s’imposer comme un incontournable pour être à la pointe de l’élégance et du chic. Bien loin des années phares du smoking qu’on associait aussi bien au travail qu’aux soirées, aujourd’hui il est plutôt associé à des événements dits exceptionnels.

Le blog Comme un camion, nous livre les caractéristiques essentielles pour différencier la veste du fumoir de celle du smoking. A présent, l’impair vous sera sanctionné.

Les caractéristiques de la veste de fumoir :

  • Une veste descendant jusqu’à mi-cuisses
  • Du velours, parfois brodée de décorations
  • Un col châle matelassé en satin
  • Les poignets retournés
  • Trois poches sur l’extérieur, dont une réservée pour y placer un cigare
  • Pas ou presque pas de fente dans le dos, légèrement rigide et une coupe plus confortable que celle d’un blazer
  • Une fermeture croisée par des brandebourgs
  • Parfois ceinturée

Les caractéristiques du smoking :

  • Col pointu
  • Col châle
  • Boutonnière croisée avec variation du nombre de boutons (2, 4, 6)
  • Boutonnière simple avec la plupart du temps 1 bouton, sinon 2
  • Pas de fente à l’arrière
  • Composition en laine, mohair, soie ou velours

Smoking for women

C’est en juillet 1966 que l’on découvre avec intrigue la dixième collection Yves Saint Laurent. Une collection haute en couleur mêlant le rose, le rouge, le violet ou encore le vert. Mais la pièce phare de cette collection, celle qui va marquer les esprits et la mode c’est bel et bien cette veste à quatre poches boutonnée et assemblée à un pantalon droit et court, le tout dans un grain de poudre noir. La simplicité et la sobriété semblent envahir le podium. Le mannequin défile fièrement sous des allures d’hommes dans ce smoking féminin accessoirisé, avec une ceinture à la taille, une lavallière et une chemise d’organdi blanc.

Source : https://jebeurrematartine.com/2013/05/03/saint-laurent-le-smoking/

On est bien loin de la traditionnelle tenue de soirée féminine. Un smoking pour sortir le soir, l’idée semble avoir mûri dans l’esprit du célèbre couturier puisqu’il introduit ce style pour la première fois dans son défilé de 1962. Le “Navy look”, caban marine et pantalon en shantung blanc, est un accord parfait entre le féminin et le masculin dans un style marin plus urbain.

Adopter le smoking féminin en poudre noir ou velours ne semble pas être une évidence pour toutes et tous. Être à la pointe de la mode oui, mais mélanger les genres dans les tenues non. Dans une société où les conventions sont ancrées dans les esprits, porter un pantalon quand on est une femme semble surréaliste dans les années 60-70. Yves Saint Laurent est une sorte de précurseur de la libéralisation des contraintes sociales et politiques que la société de l’époque impose aux femmes.

“En 1966, les femmes n’avaient pas le droit de se rendre à leur travail en pantalon et même à New York dans les restaurants chics, les femmes en pantalon étaient refusées. Pour les clientes qui s’habillaient en haute couture, il était impensable de sortir le soir autrement qu’en robe longue” Pierre Bergé, co-fondateur de la Maison Yves Saint Laurent

Yves Saint Laurent signe la fin des privilèges sociaux et veut démocratiser la haute couture à la “rue”. L’ouverture du luxe aux classes moyennes parisiennes créait un engouement certain pour ce smoking qui fut en quelque sorte la bête noire de la bourgeoisie. Pour 680 francs, les modeuses parisiennes peuvent être à la pointe des créations hautes coutures.

“Mais Yves Saint Laurent ne s’est pas affirmé dans une démarche revendicative. Il s’est montré plus subtil, participant à l’émancipation des femmes en tant qu’homme de style. Il ne déguise pas les femmes en hommes, à l’image de Marlene Dietrich ou de Gabrielle Chanel qui puisent dans le vestiaire masculin, mais il leur propose un enrichissement de leur garde-robe. Un troisième genre masculin-féminin est en train de naître avec le smoking” Florence Müller, historienne de la mode

Certaines grandes célébrités, telles que Catherine Deneuve, vont s’emparer de cet ensemble masculin. Sa popularité va dépasser les frontières outre-Atlantique, et son pouvoir de séduction alors reconnu, on pourra dire qu’enfin cette fois-ci, le smoking féminin est adopté.

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Source : https://jebeurrematartine.com/2013/05/03/saint-laurent-le-smoking/

“Les modes passent, le style est éternel.” telle était la devise d’Yves Saint Laurent, et le smoking semble s’accorder parfaitement avec elle puisqu’au delà de n’être qu’une mode, le costume est un style.

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