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Robert Bresson (1901-1999) le cinéaste du XXe siècle

Formé pour être peintre, c’est après un an d’emprisonnement durant la deuxième guerre mondiale qu’il réalise son tout premier long métrage pendant l’Occupation, à 42 ans. Dès son troisième film, Le journal d’un curé de campagne (1951), prix Louis-Delluc, il conçoit une esthétique inédite dans l’histoire du cinéma, qu’il décrit dans un livre publié en 1975 sous le titre de “Notes sur le cinématographe”.

Ainsi appelle-t-il son style propre, le “cinématographe” en opposition au “cinéma”. En dehors de toute influence, il renoncera au “théâtre filmé” de ses pairs, et au jeu d’acteurs par trop ampoulé de l’époque, pour instaurer un style dépouillé, minimaliste, ascétique, avec un jeu des personnages plus neutre, plus sobre. Ses acteurs non professionnels, qu’il nomme ses “modèles”, sont épuisés à force de refaire les prises avec un ton le plus monotone et automatique possible, évacuant toute trace de psychologie à chaque fois, laissant transpirer un puissant sentiment de pureté. L’essentiel du jeu. L’essence de l’être. La diction monocorde et émoussée fait surgir une émotion universelle, transcendante, spirituelle.

Son nouveau langage, poétique, est composé de cadres précis, d’un montage rigoureux, d’un irréductible réalisme. Le cadre : des plans frontaux, beaucoup de gros plans décontextualisés, peu de mouvements de caméra, la répétition de certaines vues familières. Le montage : coupe retardée sur une porte fermée derrière laquelle un “modèle” s’en est allé, importance du hors-champ. Réalisme : montrer les conséquences plutôt que les actes principaux, équivalence du son et des images.

Il pratique le geste cinématographique tel une opération de vidage : “Vider l’étang pour avoir les poissons.”, de soustraction : “On ne crée pas en ajoutant mais en retranchant.”, de compression : “Expression par compression.”, de fragmentation : “Elle est indispensable [la fragmentation] si on ne veut pas tomber dans la REPRÉSENTATION. Voir les êtres et les choses dans leurs parties séparables. Isoler ces parties. Les rendre indépendantes afin de leur donner une nouvelle dépendance.”(Citations tirées de son livre).

En seulement 38 ans de carrière, il réalisera 13 longs-métrages. Avant même la Nouvelle Vague des Truffaut, Godard et consorts, Bresson enchaîne les chefs-d’œuvre coup sur coup, dans un noir et blanc somptueux, qui deviendront des classiques du cinéma français, aujourd’hui reconnus par les cinéphiles du monde entier.

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Un condamné à mort s’est échappé. Ou Le vent souffle où il veut (1956)

D’après une histoire vraie, Bresson raconte l’évasion méticuleuse de Fontaine, un résistant arrêté par les nazis. Il observe, écoute, se plie au joug de ses geôliers, et n’a qu’une seule idée en tête, sortir vivant. Ce huis-clos haletant, rythmé par une voix-off de Fontaine narrant ses plans échafaudés au secret de sa pensée la plus profonde, défie les lois du genre. Prix de la mise en scène à Cannes.

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Pickpocket (1959)

Il en signe le scénario lui-même. Dès le générique de début un carton indique : “Seulement cette aventure, par des chemins étranges, réunira deux âmes qui, sans elle, ne se seraient peut-être jamais connues.”. Michel est un petit voleur à la tire, qui va se perfectionner au contact de plus gros truands, et développer une philosophie d’impunité et des réflexes au doigté minutieux. Bresson observe les gestes chorégraphiés de ces malfrats comme un ballet (sur une musique de Lully) dont on s’en veut d’admirer la beauté.

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Le procès de Jeanne d’Arc (1962)

D’après les minutes originales du procès, Bresson montre la défense, l’argumentaire, l’émotion retenue des derniers jours de Jeanne d’Arc avant son bûcher. Ce film fait écho à Un condamné à mort s’est échappé, se déroulant lui aussi presque entièrement en prison. Un thème de l’enfermement qui lui est cher, une métaphore de l’emprisonnement spirituel et sa libération.

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Au hasard Balthazar (1966)

Réalisateur et scénariste, Bresson accomplit ici son plus grand film. Balthazar est un âne élevé et choyé par Marie. D’une enfance heureuse dans les Landes, il passera de main en main, d’un boulanger à un cirque, en passant par un malfrat, pour enfin retourner à Marie, qui elle aussi aura connu une vie malheureuse. C’est le périple d’un martyr. Le miroir du sort des hommes. Une tragédie humaine sans pareille.

Robert Bresson a été célébré par une rétrospective au festival de La Rochelle (29 juin au 8 juillet 2018), ainsi qu’à la Cinémathèque française à Paris (4 au 29 Juillet 2018).

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