Rhythm And Poetry: Rap, vous avez dit Rap?

Tu es en soirée, c’est à ton tour de choisir un morceau de musique pour nourrir l’ambiance. Passionné de hip hop, tu hésites. Tu as trop souvent entendu  » t’es chiant avec ton rap américain, on n’y comprend rien et en plus c’est souvent vulgaire  » ou  » oh non arrêtes avec ton rap français, on est en soirée, on ne veux pas se prendre la tête « .

Tu commences par « Dance with the devil » de Immortal Technique puis tu enchaînes avec « Je danse le mia » de IAM. Ton côté taquin a pris le dessus. Néanmoins, tu ne peux t’empêcher de penser au vaste sujet de débat que représente ces trois lettres « RAP » dit Rhythm And Poetry. Par chance, comme une réponse à ton esprit, il y a cette personne qui se retourne pour te dire: « Mais non ! Tu connais Immortal Technique ? ». Tu as trouvé ton compère de soirée et la discussion se lance. Immersion !

Le Hip hop : et la musique fut

Aucun débat ou discussion sur le rap ne peut être viable si on ne débute par un petit rappel sur le Hip Hop. Ce mouvement culturel urbain et populaire est né au début des années 70 dans le sud du Bronx à New York aux États-Unis. Il met à l’honneur la musique, le graffiti et la danse, et se décline en plusieurs disciplines dont le rap. On est d’accord là dessus !

Le rap a évolué et continue sa route avec des morceaux toujours aussi prenants comme « Pauvre Roi » de Hugo TSR et on se souvient de « The Message » de Grandmaster Flash. Il existe aussi des sons plus « ambiançants » tel le fameux « Matuidi Charo » de Niska ou alors « Black Beatles » de Rae Sremmurd.

 

Origine du Rap

« Tu sais d’où vient ce style de musique que nous semblons affectionner tous les deux?  Bien sûr que tu le sais forcément, mais j’adore cette histoire ! »

Début des années 1970, la musique en vogue est le disco avec ses paillettes et ses rythmes ultra-dansants. Le 11 août 1973, au 1520 avenue Sedgwick à New York, dans le « Boogie Down Bronx », Cindy CAMPBELL organise une soirée pour son anniversaire. L’entrée est payante et son intention est de réunir assez d’argent pour s’acheter des « sapes fresh ».

Pour animer la soirée, elle compte sur son grand-frère, Hercules ou Kool Herc, un gaillard de plus d’un mètre quatre-vingt-dix. Durant plusieures heures, Kool Herc enchaîne les vinyles de James BrownBabe Ruth (The Mexican) ou encore Edgard Winter Group et Dennis Cofey (Scorpio). Il s’essaie à plusieurs techniques de mixage comme par exemple utiliser deux vinyles identiques et passer juste une partie instrumentale de chaque disque. En même temps, il chauffe les danseurs avec son micro. La soirée est un véritable succès et les « block parties » deviendront le lieu de rencontre de la jeunesse pour s’exprimer à travers la musique. Sans le savoir, DJ Kool Herc devient le pionnier de ce qui deviendra la machine Hip Hop en général et le rap en particulier.

http://larumeurmag.com/blog/2013/11/12/il-y-a-40-ans-naissait-le-hip-hop/#.Wh_gdHmDPIW

« Tu te rends compte que le rap s’exprime aujourd’hui dans toutes les langues et dans tous les pays. Les possibilités de production de mélodies par exemple sont presque infinies. Et pourtant, tout vient de la violence de la jeunesse du sud du Bronx…! »

Le rap possède une histoire propre empreinte de l’évolution des sociétés et des cultures. Son histoire débute dans les bas fonds du Bronx et s’écrit par la suite sur toute la planète.

Rap et Histoire en terres US…

Source: Youtube

1970. Les afro-américains viennent d’obtenir des droits dans la société américaine avec entre autres les combats de Martin Luther King et Malcom X. Et pourtant, les changements ne sont pas visibles immédiatement. La précarité, le chômage, la drogue régissent les populations populaires. La jeunesse est désabusée et les gangs prolifèrent.

Kool Herc débarque avec ses soirées et permet de transférer toute cette énergie vers autre chose que la violence physique. Au début, le rap est de « l’entertainement« , du divertissement. Les DJ gèrent la musique et les MC posent des textes sur les sons. Les textes sont creux et sans réel message. La rupture semble se créer avec Afrika Bambaataa – un ancien membre de gang – et l’Universal Zulu Nation qui donne un tournant. De la violence est née une volonté de transmettre des messages par la musique en particulier, et les arts d’expression en général.

Rap et Histoire en terres françaises

https://www.thefunkysoulstory.com/dee-nasty/

« Rap, rap musique que j’aime », ce classique de Zoxea comme hymne de ce genre musical que l’on aime tant. Tout comme le rap américain, le rap français a son origine, son histoire. « Evidemment, l’époque de Dee Nasty et ses fameux open mic à la Chapelle ». Tout à fait ! Comme le dit Rohff « Vrai reconnait vrai »

1984, TF1 diffuse l’émission H.I.P. H.O.P animé par Sydney, qui amènera la culture Hip Hop en France.

http://lesmysteresdepaname.com/2016/03/05/regarde-ta-jeunesse-dans-les-yeux-genese-du-hip-hop-en-france/

1987. Les soirées au Globo chez Roger Boite Funk, les émissions radios sur Radio 7, RDH ou encore Nova. L’optique est de populariser cette culture qui aujourd’hui est ancrée dans le paysage audiovisuel français. « Cela fait plaisir de voir un spécialiste ! »

Même si cette époque est vague pour beaucoup, les années 90 vont être la décennie qui a introduit de manière durable le rap en France. On y vit l’explosion des groupes comme Assassin, NTM, IAM (pour les plus connus) ainsi que l’apparition de solistes tels que MC Solar, Oxmo Puccino mais aussi Lunatic, ATK, la Scred Connexion pour les puristes. Cette fameuse époque où Skyrock passait du vrai rap et où l’on entendait en boucle « Petit frère » de IAM et « Laisse pas traîner ton fils » de NTM. On y découvre également les émissions spécialistes comme « la nocturne », « couvre-feu » ou encore « t’entends pas ou quoi ! ». Ce fameux Jacky Brown, qui à l’heure de faire le bilan, provoque une pointe de nostalgie.

http://planeterap.skyrock.com/307621360-Jacky-Brown.html

Tous avaient une plume, des revendications face à la mondialisation et la montée du chômage, de la pauvreté. Tous s’exprimaient pour représenter la France d’en bas, les quartiers populaires. Car comme le dit Sadek aujourd’hui « les hommes d’affaires viennent de banlieue, l’équipe de France c’est la Banlieue… ».

Aujourd’hui, porté par une nouvelle génération, le rap change et évolue. Une vraie dualité apparaît entre commercial et textes engagés, entre puristes et nouveaux amateurs.

Rap et fans

« Et le battle old school / new school, on en parle ? »

Le rap a bien évolué avec le temps. Le flow est complètement différent, la rythmique est exploitée sous un autre angle, les rimes ont évolué. Une nouvelle dynamique est apparue avec l’innovation technique. Le débat éternel : « le rap old school est plus fluide et simple »  vs « la new school est plus technique et artistique ». Les avis sont souvent tranchés. La subjectivité et le ressenti du son, sont clairement les moteurs de ce choix. Ecouter The Sugarhill Gang2Pac ou Public Enemy est clairement une dimension différente de DrakeNicki Minaj ou Kendrick Lamar sans être totalement opposé, car dans le fond, tout ce beau monde évolue dans ce mouvement Hip Hop.

« Et les featuring Rap US / RAP FR ? »

« Zig zag oui j’ai dû zigzaguer, de comète en planète face à l’OPEP aux aguets ». Le fameux couplet de Mc Solaar dans son featuring avec Missy Elliott sur le son « All N My Girl ». A l’époque, les connexions étaient rares mais de qualité. Nous pouvons citer IAM avec le Wutang dans « la Saga » ou encore  NTM et NAS avec « Affirmative Action« .

Les têtes d’affiche se mélangeaient pour nous donner de la qualité. Aujourd’hui, le rap s’est démocratisé grâce à Internet et permet des connexions plus régulières. Dosseh et Young Thug avec « Milliers d’euros », Sadek et Meek Mill avec « Pay Me », Booba et Rick Ross avec « 1.8.7 ». Force est de constater que la quantité prime dorénavant et qu’il « fait bien » de ramener un rappeur américain.

La soirée s’achève et tu  Te rends compte que tu as passé ton temps à discuter. Le sujet est tellement vaste et il y a énormément à dire. Il est clair que le rap a révolutionné les mœurs et les sociétés. Il a donné un moyen d’expression pacifique à une population meurtrie et déchirée. Aujourd’hui, il s’est démocratisé et les sujets traités parlent aussi bien de politique que de soirées festives. Avec en toile de fond tout le mouvement Hip Hop, les ramifications ont été importantes. Des styles de rap se sont développés, des tendances et modes se sont créés, et des artistes ont été assassinés et/ou blessés. Dans tous les cas, un grand merci à Clive aka DJ Kool Herc pour sa découverte qui nous permet de kiffer le son aujourd’hui en bougeant nos têtes en rythme, mais aussi d’alimenter des discussions houleuses et passionnées.

 

 – Article co-écrit par Jess et Ric –

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