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Rencontre avec Blanche Browa, créatrice de la marque Ebrah

On vous parlait la semaine dernière d’Ebrah, la marque de vêtements masculins qui invite au voyage. Mais qui se cache derrière cette ligne qui prône l’unicité ? Rencontre avec Blanche Browa, créatrice de la marque Ebrah.

©Ebrah

Blanche est une jeune femme franco-ivoirienne de 27 ans qui a vu du pays. Après 12 ans passés en Côte d’Ivoire, ses parents, ses deux soeurs et elle déménagent à Montaigu-de-Quercy, un petit village non loin d’Agen. A la fin de ses études secondaires, Blanche décide de prendre son envol en emménageant à Toulouse. C’est là-bas que tout a commencé … Ou presque !

Un projet qui trouve son origine dans l’enfance

Certains veulent être pompiers, d’autres professeurs ou encore boulangers. Blanche elle, quand elle était petite, cousait les vêtements de ses poupées. Bien que n’ayant une idée concrète de ce qu’était la mode, elle en était passionnée. Néanmoins, Blanche en a fait du parcours avant de rejoindre ce monde tant désiré. Après un bac scientifique, elle s’oriente vers des études dans les langues étrangères appliquées. En effet, si elle n’était pas encore convaincue de la place qu’elle occuperait dans le monde professionnel, Blanche était persuadée d’une chose : elle souhaitait travailler dans une entreprise à la dimension internationale, qui serait principalement portée vers l’Afrique.

“Enfant, je n’avais aucune idée de ce que voulais dire « la mode », mais tout ce que je sais, c’est que j’étais passionnée par les vêtements. Malheureusement, mes parents avaient une autre vision de mon avenir. Mais je les remercie pour ça, parce qu’aujourd’hui, je travaille dans la mode avec des compétences acquises grâce à mes études qui me sont aujourd’hui indispensables.”

C’est au cours de son premier cours de marketing que Blanche eu une révélation sur ce qu’elle souhaitait faire. Une fois sa licence de LEA en poche, elle effectue un master en brand marketing manager. C’est ainsi que l’idée fût : Ebrah prit forme, une façon pour Blanche de s’engager dans un projet qui lui plaisait, liant mode et international.

5 questions posées à Blanche Browa

 

Pourquoi avoir choisi de vous concentrer sur la mode masculine ?

C’est une question qu’on me pose souvent, il y a trois raisons à cela.

La première est qu’il y’a trop de concurrence sur le marché du prêt-à-porter féminin, il est donc difficile de se différencier. La deuxième raison est que le marché du prêt-à-porter masculin est en plein croissance, c’est donc un challenge pour moi en tant que femme de proposer des produits tendances pour homme. Et pour terminer, je pense que les hommes sont la clé de l’émancipation des femmes. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaitait qu’une marque proposant des vêtements masculins serve la cause du féminisme.

Aujourd’hui je dirai que bien que la mode masculine soit bien représentée, nous bénéficions encore une certaine marge de manœuvre. De plus en plus de grandes marques commencent à se concentrer sur la mode masculine, c’est quelque chose de bien. Les hommes aujourd’hui demandent à ce qu’on s’intéresse à eux, à ce qu’on leur propose du choix. C’est la raison pour laquelle je pense qu’aujourd’hui, il est plus intéressant de miser sur les hommes plutôt que les femmes.

Votre marque aide une grande cause : l’éducation des jeunes filles en Afrique. Pourquoi ? Quelle est votre vision de l’éducation en Afrique ? 

Je suis convaincue que les femmes sont l’avenir de l’Afrique, mais aussi du monde (là c’est mon côté féministe qui parle). Mais pour que cela puisse arriver, il faut leur donner une chance d’accéder à une éducation et à de meilleures formations, surtout en Afrique où les inégalités sont criardes. J’ai pu étudier en Côte d’ivoire : en primaire, j’ai vu au fil des ans mes copines arrêter l’école pour plusieurs raisons, qui étaient surtout économiques. En effet, beaucoup de familles pauvres privilégient les hommes plutôt que les femmes, qui sont souvent destinées à se marier, à fonder une famille, et à s’occuper des tâches ménagères. J’ai lancé #mywomangoal qui soutient l’éducation des jeunes filles en Côte d’Ivoire, afin de contribuer, à mon échelle, à l’émancipation des jeunes filles, ces futures femmes fortes. Moi j’ai eu l’opportunité d’aller à l’école et aujourd’hui, je suis indépendante, et j’aimerai que ce soit le cas pour beaucoup d’autres filles.

Vous avez également choisi de promouvoir le tourisme en Afrique. Pour quelle raison ?

Avez-vous déjà recherché sur Google un pays africain (Afrique de l’ouest) ? Moi je l’ai fait, et je ne vous cache pas que j’ai été déçue. Lorsque j’ai fait des recherches sur la Côte d’Ivoire un jour, tout ce que j’ai eu comme résultat, ce sont les images de guerre, celles d’enfants dans les rues et ainsi de suite… Sur le moment j’ai été très en colère, parce que ces photos ne représentent bien évidemment pas l’image que j’ai de la Côte d’Ivoire. Il y a tellement de belles choses à découvrir, que ce soit en Côte d’Ivoire ou en Afrique en général : la culture, les magnifiques paysages, la joie de vivre, la cuisine, et bien plus encore.

Je souhaite promouvoir l’Afrique, parce que j’estime qu’en tant qu’africaine, il est de mon devoir de promouvoir ce continent, et j’incite tous les africains à le faire. Aujourd’hui quand on demande aux gens de projets de voyages, la majorité d’entre- eux évoquent l’Amérique ou encore l’Asie. On oublie bien trop souvent l’Afrique, parce que les médias nous ont fait croire qu’il s’agissait d’un continent dangereux. Pourtant, les rares personnes qui se sont aventurées en Afrique ont adoré leur séjour. Alors, j’aimerais que l’Afrique devienne une destination touristique, au même titre que les autres continents.  J’oeuvre à mon niveau, en essayant de promouvoir la culture, mais aussi le savoir-faire.

Que pensez-vous de la mode éco responsable ?  

Je pense que la mode éco responsable aujourd’hui est en partie un effet de mode. En vérité, si un produit plait à quelqu’un et qu’il représente un besoin, je ne suis pas sûre que l’histoire de la marque l’intéresse. Malgré tout, je pense qu’aujourd’hui les marques qui font de l’éthique ou de l’éco responsable, le font parce que cela correspond à leurs valeurs et leur état d’esprit, du moins c’est le cas de Ebrah. Je ne soutiens pas l’accès à l’éducation parce que cela me donnera une bonne image, je le fais parce que c’est une cause qui me tient à cœur. Nos modes de consommation doivent changer, et peut être que la mode éco responsable en est la clé.

Que conseilleriez-vous à des étudiants qui, comme vous, souhaiteraient lancer leur propre marque ?

Je leur dirais de foncer, c’est une superbe expérience de se lancer dans l’entreprenariat : c’est enrichissant à la fois sur un plan professionnel et personnel. N’ayez pas peur de vous lancer, dans tous les cas, il n’y a rien à perdre. Bien sûr c’est stressant et on est souvent remplis de doutes, mais ça vaut le coup. Mieux vaut avoir des regrets plutôt que des remords. Enfin, faites vous soutenir : sans ma famille et mes amis, Ebrah n’aurait jamais vu le jour.

Trois choses à retenir sur Ebrah

  • Du Wax acheté auprès de fabricants locaux
  • Une fabrication 100% française
  • 10% des bénéfices reversés à des associations pour soutenir l’accès à l’éducation des jeunes filles

 

 Quelles sont les prochaines étapes ?

Dans un premier temps, il sera essentiellement question de développer la marque sur le marché français, puis de lancer son développement à l’international, notamment en Afrique et aux Etats-Unis. Cela implique alors pour Blanche de proposer plus de choix en matière de produits, et pourquoi pas des collections limitées. Pour le moment, une collection pour femmes n’est pas prévue, mais qui sait, cela arrivera peut-être un jour. Enfin, côté associatif,  Blanche compte bien poursuivre ses actions auprès des jeunes filles en Afrique !

On souhaite une longue vie à Ebrah, et plein de bonheur pour la suite.

 

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