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Nous vous accusons…M. SOLAAR!

Au travers des décennies, l’histoire musicale a vu défiler bien des procès. Entre fans du rock de Johnny ou amateurs du rap du secteur A, les débats sur la musique, les genres musicaux et les artistes ont toujours alimenté les conversations et nourri les cœurs. Dans ces méandres historiques musicaux apparaît un pourvoyeur de sons et un chevalier des temps modernes, expert du maniement de la langue française, M. Claude Honoré M’barali dit MC Solaar.

En 2017, après près de dix ans d’absence, MC Solaar revient avec Géopoétique, son nouvel album. Nous saisissons l’opportunité pour intenter un procès musical à l’artiste, à son œuvre et à son univers. Place au plaidoyer !

Faites entrer l’accusé ! Nous vous appellerons MC Solaar puisque c’est en tant que rappeur que vous êtes jugé.

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Nous accusons…MC Solaar, l’homme!

Monsieur le Juge, permettez-nous de rappeler les faits!

Fils de parents tchadiens, MC Solaar, vous êtes né le 5 mars 1969 à Dakar au Sénégal. Votre vie vous amène dans différentes villes de la région parisienne puis au Caire en Égypte et un retour en Ile-de-France. Vous débutez ainsi votre carrière dans la musique. Étiez-vous alors conscient de qui vous deviendrez pour le Rap français ?

Nous connaissons cette anecdote qui parle de votre capacité de travail et de votre goût pour la lecture. C’est ainsi que tous les matins, à l’époque, vous achetiez tous les quotidiens afin de les lire, vous enquérir de ce qui se passe dans le monde et surtout enrichir votre vocabulaire.

Votre vie est marquée par la musique. Vous êtes celui qu’on oppose aux autres. Vous parcourez votre bout de chemin avec une plume propre à vous. Comme vous dites, vous faites « du Solaar ». De votre vie personnelle, nous ne connaissons quasiment rien. Vous êtes tellement discret. Nous avons juste entendu que vous avez disparu pendant plus de dix ans de la scène musicale pour vous consacrer à votre famille. On ne vous entend pas et pourtant vous êtes toujours là. Force et Honneur, MC Solaar!

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Nous accusons… MC Solaar, le qualitatif !

« Zig zag Zig zag, vous avez zigzagué, du Sénégal à Paris en passant par le Caire face à un auditoire aux aguets ». Nombreux ont été vos albums, que disons-nous, vos « tueries ». Et c’est pour ça que vous êtes ici – dans ce tribunal – pour votre talent !

De Qui sème le vent récolte le tempo à Géopoétique en passant par 5ème As.  De Solaar pleure à La belle et le bad boy, en passant par Gangster moderne. Tout n’est que pur chef-d’œuvre. La plume, le flow, tout y est ! Vous avez marché sur le rap français et même sur le rap américain avec votre terrible couplet dans le featuring avec Missy Eliott, « All N my grill ».

Et vous vous permettez après des années d’absences de revenir frapper sur vos concurrents avec « Géopoétique ». Allez-vous donc vous arrêter un jour ?! Dès votre premier album, vous avez vendu 400 000 exemplaires et des années après vous êtes encore disque d’or. C’est tout simplement prodigieux ! Huit albums, 30 ans de carrière, longévité et simplicité sont les mots qui vous désignent.

Vos textes sont étudiés en cours de français. De ce fait, vous avez éduqué la jeunesse et prouvé que le Rap n’est pas une musique d’ignare et de vulgaire. Vous avez brillé dans le maniement des mots, à l’instar du grand Baudelaire, dont vous pourriez être un représentant. Pour preuve, permettez-nous de citer: « Dans les bas-fonds on rêve des fonds du FMI, mais au fond on sait qu’les familles sont souvent proches du RMI. » ou encore « Pour aller de l’avant, il faut prendre du recul, car prendre du recul, c’est prendre de l’élan. »

Nous accusons… MC Solaar, le technicien !

Ah mais voilà ! Vous n’entrez pas dans les mœurs, ne respectez pas toujours les codes. Pourquoi tant de recherche dans vos lyrics ? Ne pourriez-vous pas être plus simple?

Dans Gangster moderne, vous dites « Heureusement que la santé fleurit à Fresnes ». N’auriez-vous pas simplement pu dire que la prison est difficile ? Dans La belle et le bad boy, vous dites « Mais le contexte est plus fort que le concept, son mec se jette dans les flammes et il se lave avec ». Le jeu de mots avec flamme, se lave, la lave est bien trop recherché ! N’essayez-vous pas d’endormir les écouteurs en emmêlant les mots ? La jeunesse ne veut pas réfléchir. Quelle pénibilité de devoir sortir un dictionnaire pour comprendre où vous souhaitez en venir! Vos écrits sont biens trop engagés. La jeunesse ne veut plus lire le journal. Elle veut de la violence, la vie du quartier, la « thug life » comme ils disent.

Ah messieurs les jurés, veuillez nous croire, cet homme est coupable ! Coupable d’avoir cette capacité à maîtriser la langue de Molière, coupable d’évoluer dans les hautes sphères, coupable de ne pas ridiculiser le RAP quand il se rend sur les plateaux TV, coupable d’être un homme à la plume tranchante ! Nous ne pouvons pas accuser la jeunesse de penser que Kaaris et Jul incarnent le rap français. C’est à Monsieur Solaar de s’adapter !

Nous accusons… MC Solaar, l’engagé !

Dans Rhythm and Poetry: Rap, vous avez dit Rap? , nous parlions des origines du Rap et de la volonté d’antan de faire passer un message. Vous êtes coupable d’être le digne représentant de ce mouvement engagé. L’écoute de vos sons nous montre clairement votre volonté d’exprimer vos idées , vos sentiments et votre vision de la société. Laissez nous encore vous citer : « Prendre ou perdre quelques kilos. L’essentiel est d’être vraiment bien dans sa peau » dans Victime de la mode dans lequel vous exprimez nettement votre opinion sur les conséquences de la société sur l’image des jeunes filles. Nous avons aussi : « J’peux l’faire, j’ai le feu, la forme. Transform’ ma montre monotone et morne. Avaler le printemps, recracher l’automne. Parce que rien n’se perd et tout se transforme » dans Sonotone où vous parlez du temps qui passe et ses effets mais aussi comment nous devons réagir.

Vous disiez dans une interview: « […] Pour moi, le rap n’est pas seulement une façon d’exprimer la rage de s’en sortir. Le rap doit aussi exprimer un engagement, soit en embrassant une cause, soit en décrivant ce qui se passe autour de soi […] ». Nous vous avons entendu, MC Solaar !

Votre engagement ne n’exprime pas uniquement à travers vos textes. Vous êtes aussi acteur dans des projets solidaires. C’est ainsi que vous faites partie des Enfoirés depuis des années ou participez à des manifestations avec comme fer de lance votre musique!

Source: Youtube

Nous avons la musique comme passion, celle avec un grand M, qui rassemble et déchaîne les foules. Notre jugement n’est que le ressenti de notre cœur. Et il est temps de rendre le verdict ! Vous pouvez rester assis Monsieur Solaar. Nous vous accusons d’excès de performance avec préméditation doublé de récidive. Nous vous accusons également d’avoir élevé le Rap au rang de poésie et d’avoir engrainé vos pairs, plusieurs générations d’amoureux du genre ainsi que tout un univers musical. Votre sentence est une condamnation à vie de continuer ! Encore quelques années pour que tout le monde comprenne ou apprenne que le RAP est un art.

 


Article co-écrit par Jess et Ric