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“Pentagon Papers” : Trente ans de mensonge, une femme pour les divulguer

Trente ans de mensonges de la part de l’administration américaine. La divulgation des Pentagon Papers par le le New York Times et le Washington Post ne pouvait qu’avoir l’effet d’une bombe. Ce rapport top-secret prouve la responsabilité des présidents Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon dans le drame vietnamien. Sachant la situation perdue d’avance, ils ont continué à mentir en prônant l’utilité de l’intervention militaire américaine.

Ces révélations n’ont jamais fait l’objet d’un film, contrairement à l’affaire du Watergate (Les Hommes du président, 1976) qui aura lieu un an plus tard. Steven Spielberg filme avec force les journalistes. Ils sont comme les premiers lanceurs d’alerte auprès de la société civile. Ils rappellent l’importance, mais aussi la difficulté pour la presse d’exercer son rôle librement.

Sept mille pages accablantes

Tout commence lorsque le vétéran Daniel Ellsberg contacte les journalistes en 1971. Il leur livre 7000 pages d’un rapport top secret du Pentagone. Leur diffusion va amener l’opinion publique américaine à rejeter cette guerre et va consolider le rôle de la presse américaine comme quatrième pilier de la démocratie. Dans une effervescence permanente, Steven Spielberg nous emporte dans une rédaction en ébullition.

Au départ, le New York Times, référence dans le milieu journalistique, divulgue une partie du contenu du dossier. L’administration Nixon, par le biais d’un juge de la Cour suprême, parvient à faire interdire de telles publications sous prétexte qu’elles pourraient entraver les opérations militaires au Vietnam. Le lendemain, le Washington Post prend possession de ce même rapport. Se pose alors la question : faut-il prendre le risque d’entraver la justice, ou faut-il, compte tenu de la gravité des faits à révéler, prendre le risque de publier dans l’intérêt général ?

Une patronne seule face aux banquiers

Ce dilemme est raconté à travers la directrice du Washington Post, Katharine Graham (Meryl Streep), propulsée à la tête du journal après la mort de son père et le suicide de son mari. Elle est une femme chef d’entreprise, seule, face à des hommes. Elle prend la décision de faire rentrer en bourse le titre. Publier les Pentagone Papers, c’est prendre le risque d’effrayer les investisseurs et de couler le journal financièrement.  

Disparue en 2001 à l’âge de 84 ans, c’est à elle qu’on doit cette décision. Steven Spielberg prend soin de mettre en avant cette femme, son courage, dans une période où le sexisme était aussi naturel que dire “bonjour”. C’est d’ailleurs cette mise en avant de  la stupidité des hommes à cette époque, de leurs principes machistes, qui fait du film Pentagon Paper une tribune pour une presse indépendante mais également pour la condition féminine.

Une telle réalisation témoigne du modernisme de la mise en scène. Le film les Hommes de président, traitant du Watergate, ne mentionnera aucunement Katie Graham pourtant encore en poste à ce moment-là. Comme le précisera la première chroniqueuse du Time : “ Les Hommes du président est un livre (et un film, ndlr) sur des hommes écrit par des hommes à une époque où les femmes étaient invisibles à Washington, y compris cette femme influente. On oublie combien le monde à changé en quarante ans”.  Pentagone Paper a été réalisé par Steven Spielberg pour les citoyennes et citoyens de son époque.