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On est toujours le parasite d’un autre – Parasite de BONG Joon-ho

Parasite (2019/BONG Joon-ho/Corée du sud)

L’enjeu est posé d’emblée, au cœur d’une famille destituée sud-coréenne : la roue de la fortune tourne. Dès les cinq premières minutes, un coffre en bois mystérieux atterrit providentiellement sur la table de cuisine, recelant une roche basaltique de collection qui promet richesse et prospérité à la maisonnée. Le film est fondé sur cette croyance, ou plutôt nous laisse croire que la chance a à voir avec la réussite sociale.

Cette famille très pauvre survit dans les bas-fonds de Séoul, au plus bas de l’échelle sociale, au tréfonds d’un sous-sol sans connexion internet. Ce qui de nos jours est sans doute le comble de l’infamie. À l’ouverture du film, on observe la rue par en dessous, au travers d’un soupirail qui est le jour de leur modeste cave. La caméra descend sur le fils, Ki-woo, qui recherche un réseau WiFi en se baladant dans les couloirs à grands cris de désespoir : « La voisine a changé le mot de passe ! » Et toute la famille de tâtonner de long en large comme des cafards sans antennes. Ils découvriront un WiFi en accès libre, sous le plafond des toilettes, comme un affront de plus à leur condition miséreuse.

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Parasite de Bong Joon-ho

Les parasites les voici. Des pauvres qui sucent le sang d’autres pauvres.

Une famille de quatre, les Kim (un nom aussi commun que Durand en France), tous sans emploi. Un couple avec deux grands enfants qui vivent encore à la maison. La mère, Chung-sook, est une ancienne championne olympique de lancer de marteau. Le père, Ki-taek, est un ancien chauffeur dont la société a fait faillite. La fille aînée, Ki-jung, est une artiste. Contre toute attente le fils, qui ne peut s’offrir de hautes études, est un expert en anglais, appris à l’armée. C’est le portrait d’une famille qui aurait pu réussir, mais qui a connu un revers économique dans cette société ultra-concurrentielle qu’est la Corée du Sud.

Les coréens tissent des liens très forts entre eux au service militaire qui dure deux ans, et c’est un grand rapprochement des couches sociales car l’armée ne fait pas de différence devant les conscrits de tous bords. Le meilleur ami du fils est issu d’une famille riche, et d’une université très cotée. C’est celui qui apporte la fortune par le truchement de ce coffre mystérieux. Mais aussi en offrant un job en or au fils pauvre : devenir le professeur particulier d’anglais d’une jeune lycéenne d’une famille richissime dont il est secrètement amoureux. Par crainte que d’autres fils de riches lui tournent autour pendant son absence aux États-Unis, il se tourne vers son ami pauvre songeant qu’il n’a rien à craindre. Le fils des pauvres est flatté par cette confiance ultime, mais lui échappe totalement l’ironie de ce mépris social.

Tout n’est pas gagné d’avance. Il faudra convaincre ses employeurs de ses qualités de professeur, et avant tout forger un diplôme de la prestigieuse université de Yongsei. Heureusement, sa sœur fera preuve d’une dextérité digne du Oxford des faussaires, grâce au Photoshop d’un café internet. Le fils conçoit ce petit mensonge comme un pari sur l’avenir : l’an prochain, il travaillera dur et sera admis à Yongsei… Les pauvres n’ont pas de moyens mais des idées !

Or ce qui compte avant tout pour les riches, c’est la lettre de référence d’un autre riche. Bardé de la recommandation de son meilleur ami, il n’a aucun mal à faire sa place, avec le bagout qui est le sien, au sein de la famille Park (aussi commun que Dupont). Et ce sera la porte d’entrée vers une vie meilleure. N’est pas le parasite qui croit…

De l’autre côté de Séoul, tout en haut, dans la somptueuse villa d’un quartier huppé, résident les Park, comme en miroir de la famille de Ki-taek. Eux aussi sont quatre, avec deux jeunes enfants : une lycéenne et un garçon teigneux, l’enfant-roi, qui se prend pour un artiste.

La famille Kim, avide mais brave va s’immiscer, un par un, aux postes de domestiques à l’insu de la famille Park, prétentieuse mais sympathique. Qui contrôle qui dans ce drame social en hommage à Claude Chabrol (La Cérémonie, 1995) et Henri-Georges Clouzot (Le Salaire de la peur, 1953) ?

La comédie satirique de BONG Joon-ho a remporté la Palme d’or au festival de Cannes 2019, à l’unanimité du jury et des critiques présents sur la Croisette. La première palme pour la Corée du Sud. Elle est dans les salles depuis le 5 juin !

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