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“Noire n’est pas mon métier !”

Alors que la 71ème édition du Festival de Cannes déroule le tapis rouge sous les pas des stars du 7ème art, nous nous sommes demandés où en était le cinéma français dans sa diversité ethnique. Au commencement, un livre signé par seize actrices noires et métisses “Noire n’est pas mon métier”. Alors, doit-on dire que le cinéma français est raciste ?

Un livre qui épingle les clichés du cinéma français

Le livre “Noire n’est pas mon métier” est sorti le 3 mai dernier aux Éditions du Seuil. Au total, seize actrices noires et métisses se sont réunies à l’initiative d’Aïssa Maïga, avec Nadège Beausson-Diagne, Mata Gabin, Maimouna Gueye, Eye Haïdara, Rachel Khan, Sara Martins, Marie-Philomène Nga, Sabine Pakora, Firmine Richard, Sonia Rolland, Magaajyia Silberfeld, Shirley Souagnon, Assa Sylla, Karidja Touré et France Zobda.

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Des femmes qui se sont réunies pour dénoncer avec humour et vérité le racisme qu’elles connaissent au quotidien dans leur métier. Comme l’indique Sonia Rolland, “On a écrit le livre avec beaucoup d’humour parce qu’on essaie de décomplexer les gens sur la question : le mot « noir » n’est pas un problème pour nous !”. Devenir comédienne n’a pas été aussi simple qu’on pourrait le croire, car être une femme et, qui plus est, une femme de couleur, a réduit leurs chances de se voir proposer certains rôles au cinéma.

Interviewée par le magazine Konbini, l’actrice Aïssa Maïga s’interroge sur la place de la comédie dans le paysage cinématographique français. Elle fait le constat qu’il s’agit bien du seul domaine enclin à la diversité, “Je pense qu’en termes de symbole et d’héritage, ça dit quelque chose. C’est presque de la psychologie sociale mais disons qu’un homme noir qui ne fait pas rire laisse la place à la peur. Il y a encore dans la représentation que l’on se fait l’idée d’une force physique décuplée, d’une potentielle sauvagerie et puis, peut-être, un fond de culpabilité…“.

Elle ajoute qu’effectivement, la comédie joue sur des “clichés qui détendent” mais n’en oublie par pour autant ses “vertus fédératrices”, car “on peut rire ensemble, donc vivre ensemble”.

Vous avez dit raciste ?

A l’initiative de ce projet, Aïssa  Maïga, comédienne née à Dakar au Sénégal, a voulu rassembler cette série de seize témoignages dans ce livre pour enfin mettre en lumière toutes les remarques, rejets et refus qu’elles ont dû subir au cours de leur carrière.

“Je suis expulsée de l’affiche, je me vois devenir invisible et en plus je suis sommée de rester docile, pire, reconnaissante.” Aïssa Maïga pour France TV Info

Les comédiennes noires se voient trop souvent proposer des rôles caricaturaux. C’est le cas de la comédienne guadeloupéenne, Firmine Richard, qui a débuté sa carrière sur le tas à l’âge de 40 ans, pour un premier rôle de femme de ménage dans le film “Romuald et Juliette” aux côtés de Daniel Auteuil. Plus tard, elle se verra recevoir, bien trop régulièrement, des rôles d’infirmière.

Pis, la comédienne fait le constat effarant d’être payée 5 fois moins qu’une autre actrice pour une comédie dans laquelle elles partageaient l’affiche. “Nous étions quatre comédiennes principales. J’ai appris que l’une d’entre elles était payée cinq fois mieux que moi pour un nombre de jours de tournage équivalent. Elle-même était très choquée de découvrir la différence de salaire entre nous deux.” (Firmine Richard pour France TV Info).

Plus de réalité, plus de diversité

La réalité que nous vivons est tout autre que ce que nous voyons quotidiennement au cinéma. Cette diversité culturelle, ethnique et religieuse n’est pas assez représentée dans cet art qui se dit, pour certains, grand public.

Aujourd’hui, ces femmes dénoncent non pas leur couleur de peau, bien au contraire, mais surtout cette image stéréotypée des rôles qu’elles seules pourraient interpréter et bien plus loin encore, le nombre de rôles féminins qui ne leur sont même pas proposés. C’est ce combat qu’a décidé de mener France Zobda, un “combat de reconnaissance” en passant de l’autre côté de la caméra.

J’ai alors mis mon métier d’actrice entre parenthèses, écrit-elle. Je préférais être en amont des projets et non plus en aval, comme le dernier maillon d’une chaîne sans fin. (…) Je voulais raconter enfin nos imaginaires, nos histoires, proposer un regard DE la diversité et non SUR la diversité !France Zobda pour France TV Info

Avec plus de 300 films français produits chaque année, il n’y a qu’un pas pour proposer demain des longs-métrages qui colleraient davantage à cette “réalité sociale” et qui porteraient “la voix de la diversité”, alors mobilisons-nous.

Seize femmes, avec un seul message, qui défileront fièrement sur le tapis rouge du Festival de Cannes le 16 mai prochain.