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La mode et les mannequins transgenres

L’univers de la mode se pose comme un outsider de notre société. Elle transgresse les règles et les clichés par sa volonté d’éclairer sous les projecteurs les “autres” normes. La Fashion Week automne-hiver 2017/2018 a su apporter son lot de surprises surprenantes et assumées défilant fièrement sur les podiums.

Les transgenres dans la mode

Le transgenre, le troisième genre dont on tait le nom dans l’espace publique. Souvent confondu avec les personnes transsexuelles, le transgenre se définit comme “une personne présentant un transsexualisme et qui adopte l’apparence et le mode de vie de l’autre genre, mais sans changer de sexe”.

Les modes se veulent de plus en plus libérées du carcan genré imposé par la société. En tout temps, les tendances ont évolué au fil des changements culturels, sociaux et économiques. Aujourd’hui, le combat pour l’acceptation des transgenres dans la société est plus complexe qu’il n’y paraît car ce troisième genre semble heurter certaines coutumes bien ancrées dans notre façon de penser et de voir le monde.

En 2014, on voit apparaître les premiers mannequins transgenres dans des campagnes publicitaires. La marque haute couture Barneys New York offre un spot intitulé Brothers, Sisters, Sons & Daughters rassemblant 17 modèles transgenres. La même année, on découvre Lea T, mannequin brésilien et figure emblématique du transgendérisme, qui devient égérie de la marque Redken. Elle fût par le passé repérée par la célèbre marque Givenchy.

http://samisoni.blogspot.com/2011/12/transgender-model-lea-t-elle-brazil.html

Lea T, mannequin brésilien

On retient également les noms d’Isis King, Hari Nef, Lauren Foster ou encore Connie Fleming. Ces modèles qui ont su s’imposer dans l’univers du mannequinat comme des figures transgenres fières de leurs identités et de leurs corps.

http://www.tuxboard.com/10-top-models-transgenres/

Isis King

La Fashion Week 2017/2018

Le premier mannequin à engager cette saison 2017 sous le signe du transgenre c’est bel et bien Anjali Lama. Âgée de 32 ans, ce mannequin indien a défilé lors de la Lakmé Fashion Week de Bombay début février. Elle écrit une page inédite dans l’histoire de l’Inde et devient le premier mannequin transgenre dans une société de castes très fermée et excluant tous les individus transgenres et transsexuels.

http://citizensstyle.com/2017/01/anjali-lama-premiere-modele-transgenre-a-defiler-a-la-fashion-week-de-lakme/

Anjali Lama,premier mannequin transgenre à défiler à la Fashion Week de Lakmé

Les noms de Casil Mcarthur, Avie Acosta, Vincent Beier ou encore Stav Strashko vous disent peut être vaguement quelque chose et pourtant ces mannequins se sont faits remarquer pendant cette Fashion Week en assumant publiquement leur transgendérisme.

La grande consécration de cette année est marquée par la couverture du magazine Vogue avec Valentina Sampaio. Elle débute sa carrière au Brésil, son pays natal et devient ambassadrice de la marque L’Oréal. Elle défile pour les créateurs Agua de Coco et Vitorino Campos. Âgée de 22 ans, elle rêve de gloire et de reconnaissance, et se voit déjà défiler pour les plus grands.

Valentina Sampaio : Première Transgenre en Couverture de Vogue

http://www.yzgeneration.com/valentina-sampaio-vogue/

Vogue n’en est pas à son coup d’essai puisqu’en 2015, il propose au jeune mannequin transgenre Andreja Pejic de poser pour sa couverture. Âgée d’à peine 17 ans, la jeune mannequin défilait déjà pour les plus grands : Marc Jacobs et Jean-Paul Gaultier.

http://hollywoodpq.com/2015/04/23/andreja-pejic-est-le-premier-mannequin-transgenre-a-faire-la-couverture-du-vogue-usa/

Andreja Pejic, premier mannequin transgenre en couverture de Vogue USA

La beauté transgenre  : révolution ou simple communication ?

Le monde de la mode est réputé pour être un univers farfelu où les excentricités sont fréquentes et peu prises au sérieux par les personnes hors du fashion system. Le relais médiatique assure une visibilité sans précédent à ce troisième genre qui semble si nouveau, si révolutionnaire, si différent . Mais où est la réalité dans tout cela ? Cette visibilité est-elle le résultat d’un engouement pour tout ce qui est différent ? Cette médiatisation aboutit-elle à un changement de regard pour le quotidien de ces personnes transgenres ? Aujourd’hui, une chose est sûre les magazines de mode arborent fièrement leurs couvertures avec des mannequins transgenres pour se positionner comme les grands défenseurs des opprimés des conventions sociétales.

Le rédacteur en chef de Vogue déclarait être “fiers de célébrer la beauté transgenre et la façon dont des mannequins comme Valentina Sampaio, qui apparaît sur sa toute première couverture de Vogue, changent le visage de la mode et démontent les préjugés”. Mais de l’autre côté, le discours de la mannequin est quelque peu différent : “Vous savez, je n’ai que 20 ans et ce combat pour la reconnaissance transgenre, je l’incarne malgré moi. À la base, tout ce que je veux, c’est être perçue à ma juste valeur, Non pas comme une chose absurde qui évoluerait dans un monde abscons”.

Cette visibilité médiatique et publique offre aux mannequins transgenres un moyen de communiquer et d’afficher fièrement leurs identités. Ils deviennent inconsciemment les portes-parole d’un mouvement bien plus large. Ce soutien des grands noms de la haute couture semble être un moyen de faire évoluer les mœurs et d’engager le pas vers une acceptation plus globale de la société. Reste cette volonté humaine de vouloir sans cesse poser un nom sur les choses, de vouloir sans cesse les nommer “les transgenres”.

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