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Mode et monarchie : l’androgyne dans tous ses états

L’androgyne ne fait plus peur ni aux femmes, ni aux hommes (quoi que) et la mode l’a bien compris en mêlant les dressings des uns et des autres. Une tendance de mode qui a su faire parler d’elle lors de la dernière Fashion Week Homme à Paris. Mais sachez que ce mélange des genres ne date pas d’hier et remonte à l’Antiquité. Aujourd’hui, on vous propose un focus sur une époque riche d’histoire et de style : la monarchie de Louis XIV.

Aux origines de l’androgyne

Le terme androgyne est un mix entre le masculin “andros” et le féminin “gynè”, un lien indéniable entre l’homme et la femme. Une tendance qui tend vers la féminisation des vêtements pour les uns, et une masculinisation pour les autres.

Nous avons voulu nous focaliser sur une période de l’Histoire qui marque, pour nous, un tournant majeur de l’androgyne en France. Aux origines, deux caractéristiques propres en Occident à cette époque : la blancheur de la peau et la culture de l’adolescence. Ces dernières représentent la quintessence même de la beauté et de la jeunesse. En effet, la vieillesse est une situation complexe pour l’androgyne qui y voit là une obligation de choisir entre son statut de femme ou d’homme. Ce culte de la blancheur et de l’adolescence juvénile marque fortement la mode masculine au XVIIème siécle. Une mode qui semble adopter les mêmes codes que ceux du sexe opposée, comme quoi la frivolité et l’élégance ne sont pas si antinomiques.

“Les aristocrates à la cour de Louis XIV, avec leur maquillage et leurs costumes, n’étaient pas forcément plus virils que les hommes d’aujourd’hui !”

Patrick Mauriès, écrivain et éditeur

“Plus humaine que tout, l’androgyne est au fond de nous” (Freud)

Louis XIV est l’un des premiers (voir le seul) roi à lancer sa propre mode vestimentaire, à l’image d’un influenceur des temps anciens, instaurant ainsi un style assez particulier. Ce style monarchique marque un tournant dans cette féminisation de l’homme. Au point qu’en 1661, un brevet est déposé permettant à quelques privilégiés de porter le justaucorps.

À cette époque, suivre la mode à Versailles était primordial pour un courtisant, il se devait alors de respecter les normes des tailleurs au risque de se faire ridiculiser. Aussi étonnant qui puisse en paraître à notre époque, quand on sait que la mode tend vers une forme de singularité et de personnalisation.

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http://17emesiecle.free.fr/Mode.php

Ainsi, la silhouette masculine de ce siècle se compose d’un justaucorps, d’un gilet, de rhingraves (une sorte de culotte bouffantes) élancée par des jambes galbées de bas de soie. Aux pieds des hommes, on y découvre de petites chaussures à talons ornées de boucle et de rubans. Au plus haut de ce look on y aperçoit une perruque très souvent blanchie voire blondie, du maquillage sur le visage et des parures autour du cou.

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Les gentilshommes, entre élégance monarchique et fanfreluches

Louis XIV souhaitait une cour à la hauteur de son règne et ainsi, valoriser le style à la française auprès des cours étrangères. Les nobles vont alors se lancer dans une course effrénée aux dépenses en tout genre. Des fortunes colossales sont dépensées en rubans, perruques et autres fanfreluches.

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https://www.chronicart.com/cinema/mort-de-louis-xiv/

Consommation de luxe, dépenses astronomiques, temps perdu, … Les hommes furent très vite la cible privilégiée des railleries quant à l’appropriation d’objets et accessoires traditionnellement associés aux femmes. De fil en aiguille, cette critique se matérialise par le traité contre le port masculin de la perruque, publié en 1960 par l’abbé Jean-Baptiste Thiers.

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Ce traité est né à travers une réflexion personnelle de Thiers sur le fait que la “sexualité des hommes se trouvent impliquée et menacée par les transformations de la mode, ou plutôt du sexe“. Un de ses exemples reposent sur cette fameuse perruque poudrée devenue un signe d’ornement mondain mais perçue comme efféminée et réservée aux “débauchés”. Tout ce temps accordé à l’apparence est à l’origine une préoccupation associée aux femmes et non à la gente masculine. Mais alors comment les hommes en sont venus à prendre autant soin d’eux ?

Élisabeth Badinter y décrit une “crise d’identité masculine” dans la société française du XVIIème siècle : “Ce sont les Précieuses françaises* qui furent à l’origine de la première remise en question du rôle des hommes et de l’identité masculine […] ils adoptèrent une mode féminine et raffinée – perruque longue, plumes extravagantes, rabats, mouches, parfums, rouge – qui fut copiée”. Ces hommes “précieux” sont les précurseurs de ce qu’on appelle aujourd’hui les “dandys”, un terme qui se définit par “l’affirmation de la supériorité du paraître et de l’artifice, par un renversement des valeurs”.

L’homophobie, la seule justification à l’androgyne

Les prémices de l’homophobie se font ressentir à une période charnière de l’androgyne. Dès le règne d’Henri III, la mode apparaît comme un signe distinctif d’homosexualité par rapport aux jeunes favoris du roi. L’homme efféminé était socialement connu et reconnu comme tels mais très vite, les accusations de corruption physique et morale seront à l’ordre du jour. Face à cette standardisation des mœurs et des modes, certains membres du clergé vont y voir une forme de détournement de cette virilité masculine ajouté à cela, un apriori de passivité sexuelle.

L’androgyne, un personnage à part entière, remontant les grandes lignes de l’Histoire jusqu’à l’Antiquité. Cette période monarchique fût imprégnée d’une belle mixité des garde-robes et des genres. Par la suite, l’androgyne s’est démocratisé dans le monde, à travers l’influence de la culture populaire – Ziggy Stardust ou encore David Bowie dans les années 1970 – qui semble avoir un train d’avance (ou pas) sur la mode.

* Au XVIIème siècle, une femme qui cherchait à se distinguer par des manières et un langage raffinés.

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