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Un bout d’histoire de vie: Mémoires d’enfant – Episode 3

LE TICKET MODE POURSUIT LES PORTRAITS D’HISTOIRES DE VIE VÉCUES À TRAVERS LA PLANÈTE. DANS L’ÉPISODE 2, notre jeune adolescent se cache avec sa famille pour eviter d’ÊTRE pris dans le feu des combats. puis arrive le moment où il faut s’enfuir encore plus loin. les voila RÉFUGIÉS de guerre dans leur propre pays…!

 

Ma ville, si belle d’ordinaire, était méconnaissable. Certaines maisons étaient criblées de balles. D’autres étaient éventrées avec des impacts d’armes lourdes. Nous sentions que des affrontements violents avaient eu lieu dans ces rues et ces quartiers. Des corps sans vie jonchaient le sol. Dans un coin, on pouvait apercevoir un homme avec le ventre gonflé suite à l’accumulation de gaz dans son corps ou encore ce petit garçon enveloppé dans un drap blanc avec les bras en croix. Nos parents nous répètent de ne pas regarder mais nos yeux ne se détournent pas. Notre question principale: Pourquoi?

Notre famille était composée de six personnes: papa, maman, mes trois sœurs et moi-même. Nous avancions en colonne sur le côté de la route  avec une centaine d’autres réfugiés. Personne ne savait jusqu’à quand nous allions devoir marcher. L’objectif premier était de s’éloigner le plus possible de la ville. De temps en temps, nous croisions des militaires. Ils nous indiquaient les chemins les plus sûrs à travers les quartiers et les villages.

Je voyais mon père marcher devant avec son panier de provisions sur la tête. Ce dernier semblait tellement lourd. Ma mère portait de temps en temps la dernière de la famille sur son dos. Elle avait trois ans et se fatiguait vite. Il fallait garder le rythme et ne pas se séparer de la colonne. Nous avons dû marcher vingt kilomètres ce premier jour.

Nous avons croisé cette famille de trois personnes: deux dames âgées et une petite fille. Elles avançaient avec peine. Mon cœur s’est rempli de tristesse à ce moment où il fallait traverser une rivière et où elles sont restées sur la berge parce qu’elles avaient peur de se noyer et d’être emportées par le faible courant. Papa, ce héros, nous a tous fait traversé et est reparti les aider. De quoi redonner de la confiance en la nature humaine en dépit des circonstances!

Nous nous arrêtons dans un village pour la pause déjeuner. Papa m’envoie chercher de l’eau. Je suis fier de cette responsabilité. Il me fait confiance et je suis heureux de le faire pour la famille. J’entends une voix m’appeler derrière moi. Je me retourne et aperçoit David, mon vieil ami du collège. Nous nous embrassons et je le ramène avec moi auprès de ma famille. Mes parents sont contents de le voir. Nous décidons de repartir ensemble avec la colonne de réfugiés.

Parmi les métiers qui m’intéressaient, il y avait celui de militaire. J’ai toujours été impressionné par l’uniforme et la rigueur qu’exige ce métier. De plus, protéger son pays est sans doute un des plus grands honneurs pour une recrue. Croiser des militaires lors de notre fuite a modifié ma vision de ce métier. Comment un militaire peut il tuer un habitant de son pays? Est on toujours obligé d’ôter la vie à autrui? Mon esprit d’enfant était confus avec toutes les images que ma mémoire contenait désormais.

Nous arrivons dans ce village reculé dans la forêt. Il est déjà rempli d’autres réfugiés qui se tapissent tant bien que mal dans les petites maisons. Ceux qui n’ont pas eu de places dorment dans les grandes cours ou sous les grands arbres. Je trouve génial la solidarité ambiante où, en dépit de la peur et la tristesse, les personne s’entraident et se soutiennent. Les enfants courent et s’amusent. Les parents discutent entre eux. La population du village a triplé avec l’arrivée de tous ces réfugiés. Chacun débarque avec son histoire et ses expériences. C’est dans ce village que nous avons mangé un repas chaud pour la première fois depuis des jours.

Un matin, nos parents sont venus nous parler. Ils nous ont expliqué que maman avait croisé des collègues de travail. L’un de ses derniers a pu entrer en contact avec la délégation de la même organisation dans le pays voisin. Nous allons peut être pouvoir sortir de cet enfer et nous réfugier ailleurs. Le seul bémol est que les frontières sont fermées et qu’il faut traverser le fleuve qui sépare nos deux pays. Il nous faut donc nous rapprocher des berges du fleuve et sortir des terres. Un guide a été trouvé et il nous montrera le chemin.

Maman travaille pour une organisation internationale et papa est cadre dans la fonction publique. Mon esprit se pose des questions. Est ce notre statut social qui nous permet d’avoir cette possibilité? Ma mémoire d’enfant se rappelle alors de cette famille que papa a aidé pour traverser le fleuve. Que vont elles devenir? Et mon ami David avec sa famille?

A SUIVRE