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Un bout d’histoire de vie: mémoires d’enfant – Episode 2

Le Ticket Mode continue la série de ses coups de coeurs avec un nouveau portrait d’une histoire de vie vécue quelque part sur terre. DANS L’épisode 1, un jeune adolescent profite de son quotidien de jeune collégien. Et, sa vie ainsi que celle de toute sa famille est chamboulée complètement par une imminente guerre civile…!

 

Cela faisait trois jours que nous étions enfermés dans la maison. Mes parents avaient déplacé mon lit et je dormais désormais dans la même chambre que mes trois sœurs. Nous étions contents de nous endormir en même temps. Toutes les fenêtres étaient closes et les rideaux tirés. La porte était fermée à double tour. Nos parents nous rassuraient à chaque instant. Nous entendions des tirs de AK47 au loin, à un rythme rapide. Ces bruits me rappelaient les films de guerre que je regardais quelquefois à la télévision.

Maman m’a démontré sans le savoir l’existence de l’intuition féminine. Ce même jour où Papa est venu nous chercher à l’école, elle est rentrée avec le coffre de la voiture rempli de denrées alimentaires non périssables et de boites de conserve. Papa lui a demandé pourquoi elle en avait acheté autant. Elle a répondu: “Je ne saurai pas te l’expliquer. Je suis rentrée dans le supermarché et j’ai machinalement rempli le chariot avec des boites de conserve. Le caissier a même semblé à la fois surpris et amusé de tout ce stock (il a dû penser que je ne cuisinais pas). Moi-même, une fois le paiement effectué, je me suis posé la question du bien-fondé de ces courses. Nous en aurons bien l’utilité, rangeons les dans un coin”.

Il s’est avéré que cette “intuition” nous a fourni de quoi nous nourrir durant la longue aventure qui nous attendait.

Une fois par jour, en milieu de journée, mon père sortait pour se rendre compte de ce qui se passait dans le quartier. C’est ainsi qu’il a découvert qu’une bonne partie des maisons autour de nous étaient vides. La plupart de nos voisins s’était réfugié dans le sous-sol d’un bâtiment en construction. Leur logique était que cela diminuait les chances d’avoir des balles qui traversaient la toiture. Mon père n’était pas convaincu par cette logique. Il a donc préféré garder sa famille chez lui.

Un matin, alors que nous étions sur le lit avec mes sœurs, en train de chuchoter pour parler, ma mère nous appelle et nous demande de venir dans leur chambre. A l’instant précis où nous sortons de la pièce, nous entendons distinctement un sifflement suivi d’un ricochet et le bruit d’un objet métallique tombant sur le sol. Mon père se rend dans la chambre pour voir de quoi il s’agit. Il revient avec une balle dans les mains. Cette dernière avait traversé le toit avant  de ricocher sur un montant du lit pour ensuite percer le matelas et enfin tomber sur le sol…..pile à l’endroit où nous nous trouvions, nous les enfants, quelques minutes plus tôt.

Cet incident a suffi à convaincre mon père. Il nous a demandé de prendre chacun un petit sac avec le strict minimum. Lui de son côté a juste mis une tenue confortable avec des baskets et a chargé un panier avec autant de conserves que ses bras pouvaient en porter. Il a ajouté en souriant: “Nous n’aurons peut être plus rien de matériel mais au moins nous ne mourrons pas faim”. En fin de cette journée, nous avons rejoint le sous-sol de cette bâtisse en construction.

Nous étions une bonne centaine dans cette grande pièce. Chaque famille occupait un espace avec le peu d’affaires que chacun a pu ramener. La peur et l’angoisse se lisait sur tous les visages. Et si nous étions surpris à cet endroit? cela ferait un gigantesque massacre. De temps en temps, des jeunes partaient en “éclaireurs” pour voir ce qui se passait. Nous continuons d’entendre avec répétition le bruit des armes à feu. Il s’était ajouté des coups d’armes lourdes. Nous avons passé une nuit dans cette pièce.

Le lendemain, un “éclaireur” revient en trombe et nous annonce qu’il faut partir et que les quartiers aux alentours sont devenus dangereux parce que les milices armées tuaient toutes les personnes qu’elles croisaient sur leur passage. Le dilemme qui se présentait devenait donc soit de rester là en espérant que nous ne soyons pas trouvés soit partir et marcher pour tenter de se sauver en s’éloignant le plus possible du théâtre des affrontements.

Mes parents ont discuté longtemps avec d’autres familles. Il a finalement été décidé de sortir du quartier pour s’éloigner des lieux d’affrontements. Nous avons donc repris nos bagages….mon père a repris sa panier de provisions et nous sommes sortis du sous-sol.

Le quartier était totalement désert. On apercevait des douilles de balles sur le sol. Au détour d’une ruelle, nous sommes tombés sur le corps sans vie d’une jeune fille. La position dans laquelle elle se trouvait laissait suggérer qu’elle essayait de s’enfuir. Sa poitrine était rouge de son sang séché et sa peau commençait à s’effriter. Nous nous sommes regardés avec mes sœurs.

Quelle vision d’horreur…….pour nos regards d’enfants!

A SUIVRE

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