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Médine ou le mélange pas si subtil entre provoc’ et prise de conscience


Une question intéressante qui divise les puristes et les nouveaux genres, surtout dans le rap : la musique est elle uniquement un divertissement ? Aujourd’hui, ce mouvement évolue et se veut plus musical, plus dans « l’entertainement ». Néanmoins, certains continuent à prendre la plume pour dénoncer et entreprendre une révolution ! Nous vous citerons par exemple Médine qui nous dit « j’emprunte les voix de la provocation pour tous les convaincre ». Peut être la meilleure phrase pour décrire un rappeur qui depuis le début fait polémique. Médine est originaire du Havre, cette cité portuaire, à l’embouchure de la Seine. A l’image de son deuxième album « Jihad, le plus grand combat est contre soi-même », il amène un « message de paix derrière une épée ». Comme quoi, chaque homme possède sa part de lumière et d’ombre. Utiliser la provoc’ et ses conséquences avec pour volonté de montrer la réalité du monde. Efficace ? Réflexion !

 

Médine, rappeur français ! Ce nom vous parle… Tant mieux. Il ne vous dit rien ? Nous allons commencer avec un de ses morceaux.

Source: YouTube

Ils connaissent le rap en province ?

L’inconscient collectif a souvent tendance à laisser penser que les bonnes choses viennent forcément des grandes villes et des capitales. C’est ainsi que Paris est considérée comme le lieu ultime de la mode ou encore l’endroit où la musique, dans son sens le plus large, est la meilleure. Nous en doutons fortement. Élargissons notre horizon !

Petit trip dans le nord de la France. Nous nous arrêtons au Havre. Partons à la découverte de Médine Zaouiche, jeune trentenaire qui a fait du rap son métier. Il est le dirigeant du label Din Records. Fort d’une carrière de 10 ans, Médine possède une discographie variée avec 6 albums et plusieurs projets intermédiaires.

Son début de carrière a été nourri de morceaux de provocation. Attaquer pour faire connaitre et dénoncer, tel semblait être sa volonté. Aujourd”hui, l’objectif semble différent. Il montre une volonté de prôner l’émancipation par l’instruction.

« Comme Brassens, je ne fais pas de la musique pour qu’on l’écoute mais pour qu’on la réécoute » dit Médine. Il développe ainsi son style à la fois provocateur et tranchant mais aussi inspiré et inspirant.

Ses collaborations avec Kery James, Youssoupha, Oxmo Puccino ou encore Abd Al Malik illustrent bien son penchant pour le rap engagé. Utiliser la rime, débiter des phrases en les scandant avec fermeté, mixer des sons puissants et profonds… Avec Médine, on repart à l’époque d’Afrikaa Bambaataa ou des années 90 en France.

Le message de cet artiste semble clairement être : “j’ai grandi avec la musique et je veux montrer que la musique peut faire grandir“.

Source: Youtube

Valeurs ou argent ?

Ah ces fameux dilemmes ! Blanc ou noir ? PSG ou Marseille ? Le bien ou le mal ? Comment choisir ? Certains préfèrent ne pas se positionner car « choisir c’est renoncer » comme le disait André Gide.

D’autres retournent leur veste en fonction du temps qu’il fait.

Puis il y a encore les autres. Ceux qui ont des convictions et les défendent car l’argent n’est pas le but ultime de leur vie… Médine ! Six albums et aucun disque d’or. Pourtant il est connu et reconnu de tous. Mais il reste le même que depuis La Boussole, son groupe d’antan. Pour lui « le savoir est une arme » et le restera. Il n’a jamais voulu perdre sa ligne directrice pour vendre. Et c’est ce que l’on demande au rap ! Nous n’avons rien contre les sons d’ambiance, un peu plus musicaux mais il ne faut pas en abuser et transformer ce mouvement qui nous fait vibrer depuis des décennies. Tous se défendent en parlant de « rap commercial ». Souvenez vous de cette époque où en proportion, le rap “conscient” était plus écouté que le rap “ambiançant”. Comme quoi il est possible de faire un son bien écrit et qui plait à tous !

Nous ne sommes personne pour juger mais quelle tristesse de voir un Booba 2.0 ne plus rien inventer quand on connait son talent avec son fameux album « Temps mort ». De voir Soprano changer d’image pour changer de public et être en tête des classements. Il est loin « le son des bandits » rappé avec son équipe des Psy 4 de la Rime. A croire que ces artistes ont plusieurs personnalités.

Pourtant le rap n’avait-il pas vocation à dénoncer, raconter la vie des quartiers populaires et parler de l’état d’un monde qui semble sombrer ? Nous en parlions dans Rhythm and Poetry: Rap, vous avez dit Rap?

Enfants du destin

Aimer l’écriture de nos jours n’est pas simple. On est souvent confronté à des réflexions comme « Non mais tu nous saoules avec ton rap conscient, on ne veut pas se prendre la tête ! ». Heureusement Medine se la prend et nous offre une vision du monde loin des clichés sur la banlieue.

En effet, la misère existe et elle est partout. Il faut admettre que cette simple information n’est pas toujours relayée comme il le faudrait. Connaissez-vous la série « Enfant du destin » ? Dans chaque album, Medine raconte la vie d’un enfant du monde, des rohingyas aux indiens en passant par les palestiniens. Il nous livre le quotidien de ces peuples à travers la vie d’un enfant… et quelle claque, quelle leçon pour l’humanité ! Un morceau est parfois plus puissant qu’une longue étude ou un article difficile sur la compréhension. Medine nous prend aux tripes et redonne ses lettres de noblesse à un mouvement contestataire ! Et encore une fois, il s’inscrit dans la durée. Ce ne sont pas ses morceaux les plus connus, mais à chaque nouvelle sortie il s’applique à continuer de nous raconter ce qu’il se passe hors de nos frontières. Et si un jour il devait tomber dans le rap « moderne », nous espérons qu’il gardera au moins cette série pour montrer que le rappeur est aussi puissant et compétent que le journaliste !

Un mot est il juste à prendre tel quel?

[…] Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément […]

Cette citation de Boileau prend tout son sens dans notre rapport à autrui. Rappelez-vous cette discussion que vous avez eu avec votre copain/copine, lors de laquelle vos mots ont dépassé votre pensée. Vous regrettez, et ce morceau de musique que vous avez entendu, ses paroles ont touché votre cœur !

Les mots ont un réel poids. De l’usage qu’on en fait, il peut en découler bien des conséquences aussi bien positives que négatives. Les artistes de la musique ont fait le choix d’utiliser les mots pour exprimer leur art et leurs idées. Certains ont fait le choix d’aller sur le terrain du divertissement et d’autres sur celui de l’engagement.

Quand Zola écrit J’accuse, il prend des mots et dénonce une vérité. Avec son titre Banlieusards, Kery James énonce une vérité et une réalité. Quand Médine rappe dans Alger pleure, il exprime une opinion sur un sujet toujours actuel.

Non ! Un mot n’est pas juste un mot. Un mot, associé à d’autres, permet d’émettre un avis, un sentiment, une volonté, un cri et tant de possibilités.

La musique est universelle et unique. Elle fournit des possibilités infinies de créations. La musicalité, les instruments, les sonorités… Autant d’outils techniques qui permettent de créer le son. Les textes donnent toute leur puissance et leur valeur à ces derniers. L’évolution du rap a créé, entre autres, un style engagé et un autre plus divertissant. Avec Médine, nous retrouvons un style qui force la prise de conscience. Donner son opinion et sa vision aux travers de son art, approfondir la réflexion de l’insconscient collectif avec des textes tranchants… Tel semble être la volonté de ce rappeur au profil si original. On se pose, on lance le morceau, on écoute et on digère le message. Si finalement on finit par se prendre la tête, il ne reste plus qu’à s’ambiancer sur du soi-disant rap commercial !


Article co-écrit par Jess et Ric


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