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Lomepal – Jeannine : du rap à la poésie, il n’y a qu’un pas

Après avoir retourné le rap français avec “Flip” en 2017, Lomepal est de retour avec un deuxième album intitulé “Jeannine”, en hommage à sa grand-mère maternelle. Un opus tranchant, sincère et introspectif dans lequel le rappeur brise les codes, une fois de plus.

Premier constat, Lomepal n’est pas guéri et le spleen se fait insistant. Le premier titre, intitulé Ne m’ramène pas, pose les bases et montre que le succès n’a pas changé la donne. Si la folie est toujours au centre de ses textes, ses préoccupations sont toujours les mêmes et comme sur “Flip”, sa famille est de nouveau mise en avant.

Sa famille, c’est aussi l’un des fils conducteurs de cet opus. Toujours sur Ne m’ramène pas mais aussi sur le bluffant Beau la folie, il met en avant les troubles mentaux de ses ancêtres, et notamment de Jeannine, sa grand-mère disparue il y a 18 ans. S’il a hérité de ses maux, il montre aussi sa fierté de continuer sur la lignée de celle-ci, en arborant un anticonformisme évident et un goût pour la liberté affirmé. On notera les interludes sur lesquels la mère de Lomepal raconte certaines anecdotes sur sa propre mère, un détail qui illustre parfaitement la personnalité de Jeannine, reprise en étendard par son fils.

Dans ma tête c’est le chaos, venez visiter pour voir,
Ma grand-mère était folle et elle m’a transmis son pouvoir,
Quand j’m’en sers, j’me mets à dériver, j’suis terrifié mais j’aime ça – Lomepal sur Ne m’ramène pas

Chanter, Lomepal sait aussi le faire

On le sait, pour Antoine, le rap est fait pour bouger les lignes. Ainsi, exit les puristes et les codes d’un genre souvent enfermé dans des pseudo-règles. Lomepal a une voix, et elle fait un malheur sur les titres Trop beau et Évidemment. Des refrains qui coulent de source sur des instrus électro made in Vladimir Cauchemar, STWO ou Superpoze pour ne citer qu’eux. Les 17 titres sont terriblement mélodieux, accentuant ce spleen présent en permanence dans ses textes.

Honnête à gogo

Car oui, Lomepal est un monstre d’honnêteté dans ses refrains. L’énorme X-Men posé avec le formidable JeanJass met en avant les faiblesses tenaces d’un homme finalement (presque) comme les autres tandis que sur La vérité, le feat terriblement efficace avec OrelSan, il évoque la nécessité de dire vrai, même lorsque les vérités sont susceptibles de faire des ravages. Même son de cloche sur Plus de larmes et Le lendemain de l’orage sur lesquels Lomepal parle de ses travers, toujours avec un fatalisme évident.

Regarde toi, t’es pas un X-Men, ton point se casse en traversant le mur,
Trop de colère et de tristesse, mauvais mélange dans le système,
L’herbe n’est pas toujours assez puissante, adrénaline dans les veines, veines veines,
T’as pas besoin de ça pour dormir, t’as juste besoin de miel et de verveine verte – Lomepal sur X-Men

Et lorsque l’on parle d’honnêteté, l’amitié n’est jamais très loin avec Antoine Valentinelli. La pépite X-Men, déjà évoquée auparavant, fait aussi la part belle à un concept omniprésent dans l’excellent Cinq doigts en feat avec un Philippe Katerine décapant. Un titre qui permet également au rappeur parisien de rendre un hommage sincère à tous ses potes qui l’aident et le suivent dans son aventure.

Sur “Jeannine”, Lomepal prouve une nouvelle fois qu’il n’est pas un rappeur comme les autres, en repoussant les limites d’un genre qui avait besoin de fraîcheur. Si les mélodies sont souvent douces, elles contrastent avec la puissance de ses textes toujours sincères. Poétique et solitaire, il met une fois encore un point d’honneur à parler de ses maux mais aussi de ses blessures qui persistent aujourd’hui, mais qui lui permettent de réussir ce qu’il entreprend. Toujours un brin égocentrique, il assume sa folie d’un bout à l’autre de l’album et n’élude aucun thème : l’amour, l’amitié, le sexe et surtout son mode de vie débridé. Si les puristes risquent de voir flou,  nous, on approuve fort.

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