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La cagole, entre tendance et mauvais goût

La cagole, pur produit de banlieue Marseillaise. Aidée par les températures méditerranéennes, la cagole en montre beaucoup et en cache peu. Elle se pavane (dé)vêtue de couleurs criardes, se déhanche du haut de talons inmesurables, se noie le visage sous les paillettes et se pare de bijoux toujours plus clinquants…
Souvent associée à la vulgarité, à la légèreté, au mauvais goût et regardée de travers, la cagole n’est pourtant pas une espèce en voie d’extinction. Aussi inspirée par la mode d’aujourd’hui qu’inspirante pour la mode de demain, la cagole traverse les époques sans prendre une ride, bistouri ou non.

Une histoire pas si facile à porter

Revenons aux débuts de la cagolie. Le “cagoulo” se rapporterait au tablier que portait les ouvrières au début du 20eme siècle dans les usines. Les salaires étaient maigres et il n’était donc pas rare que ces dames vendent leur corps pour vivre. Ainsi prendrait naissance la cagole, femme vulgaire et mal vue de la haute société.
Il y a une seconde explication, cagole serait un dérivé de “caguer”, ce qui signifie déféquer. Autrement dit, la cagole est une chieuse et elle dérange. Mais dans tous les cas elle ne laisse jamais indifférent.

La panoplie all inclusive

N’est pas cagole qui veut ! Les cheveux sont décolorés et contrastent avec une peau surbronzée été comme hiver. Les ongles sont travaillés et leur longueur rivalise avec celle de la jupe. Les hauts sont moulants, décolletés, zébrés, léopardisés ou transparents, les shorts toujours plus courts. Les ballerines ont fini au buché, les chaussures à talons font la loi ! Et quelle loi ! En dessous de 15cm cela ne compte pas, on veut de la plateforme, du croco, du métallisé et du pailleté. Une tenue ne saurait être parfaite sans accessoires, alors on enfile bracelets, bagues et boucles d’oreilles. Paillettes dans les cheveux, paillettes sur les yeux, paillettes autour du cou et sur la ceinture, la cagole prend la lumière et la renvoie, elle rivalise presque avec le soleil.

source image : www.myprovence.fr

source image : www.myprovence.fr

Le sexy, le vulgaire : une frontière à définir

 Comble du mauvais goût pour certains, paroxysme de la féminité pour d’autres, les avis sont partagés, mais tous la regardent. Mais qui décide dans ce bas monde du bon et du mauvais goût ? La cagole n’existe finalement que par le regard des autres. Elle a ses propres codes, affiche sa liberté, se revendique femme et l’assume. Comme habillée d’un imperméable, les torrents de remarques et regards glissent sur elle, sans jamais l’atteindre. Et sachez que si vous pensez un peu trop fort, elle saura vous répondre encore plus fort. En creusant un peu, il apparait que le contraste sexy/vulgaire s’inscrit dans une autre dualité très présente chez ces filles : femme/homme. C’est effectivement un moyen très fort pour elle d’exister et de s’affirmer dans un univers très masculin. Derrière leur accoutrement de femme assumée se cache un comportement frôlant presque le viril parfois.

source image : marseilleenprovence.fr

source image : marseilleenprovence.fr

Un modèle plébiscité

Les cagoles, les bimbos, les chagasses…peu importe leur dénomination, elles sont aujourd’hui présentes dans toutes les émissions de télé réalité, dans tous les clips musicaux. Et l’univers de la mode n’échappe pas au phénomène, il suffit de s’intéresser un peu à ce qui se passe sur les Fashion Week pour s’apercevoir qu’il n’existe pas forcément de grandes différences. Quand certains s’approprient les catwalks, d’autres prennent d’assaut la Canebière. Et quand Jean Paul Gauthier déclare “Je préfère le too much que le pas assez, nan le medium, le medium c’est ce qu’il y a de pire”, on se dit la que la cagole a encore de beaux jours devant elle !