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Kings : la violence face à l’enfance

L’auteure de Mustang évoque les émeutes de Los Angeles en 1992. Kings est un film puissant sur les violences policières, encore largement d’actualité aux États-Unis.

 

Latasha Harlins, jeune adolescente afro-américaine, rentre dans une épicerie. Elle n’en sortira pas vivante. Nous somme en 1991, dans la banlieue de Los Angeles.  La gérante du magasin lui a tiré une balle dans le dos, pensant qu’elle était en train de lui voler un jus d’orange. C’est par cette scène choquante, tirée d’une histoire vraie que Deniz Gamze Ergüven choisit de débuter Kings. La violence ne va cesser de s’immiscer dans les scènes du quotidien.

Immédiatement, la réalisatrice de Mustang nous plonge dans la maison de Millie (Halle Berry), à South Central, dans le ghetto de Los Angeles. Quelques semaines avant les émeutes de Los Angeles de 1992, nous entrons dans l’univers d’une femme adorable : elle offre un abris à des enfants orphelins, à des fils ou des filles de détenus et de toxicomanes. Halle Berry joue la mère aimante, considérant les huit enfants comme les siens. On ne sait d’ailleurs à aucun moment si l’un d’entre eux est réellement le sien, tant elle les traite tous de la même manière.

Dialogue de sourds

Les vraies images d’un procès de quatre policiers, filmés en train de tabasser un automobiliste afro-américain Rodney King, reste en toile de fond. Sous la forme d’une télé laissée allumée bien trop fort. Le bruit, celui des enfants, des sirènes de police, des voisins, est incessant. Deniz Gamze Ergüven a voulu montrer le brouhaha. Les gens ne parviennent plus à discuter entre eux, ils crient. Le dialogue de sourds atteint son paroxysme entre les policiers blancs et les civils noirs.

Les deux affaires sont des faits réels. Les émeutes de 1992 ont bel et bien existées et le verdict du procès des quatre agresseurs de Rodney King, tous acquittés, va avoir l’effet d’une bombe. La force de Kings, c’est de montrer dans quel cercle vicieux l’injustice peut mener. Deux camps s’opposent. Celui de l’enfance, de l’innocence, face à la violence, la méfiance et le racisme.

Une jeune adolescente vole dans les magasins pour se nourrir. Les prochains après elle, seront forcément soupçonnés. Un policier est agressé. Il sera moins tolérant avec les prochaines personnes en infraction. Le jugement est biaisé par ce sentiment d’injustice. Il est d’autant plus gros quand s’ajoute à cela des siècles de discriminations raciales.

Jeunesse à fleur de peau

Pour son deuxième film, la réalisatrice turque n’a pas résisté à l’appel hollywoodien de l’histoire d’amour. Daniel Craig (James Bond) joue le rôle d’Obie, un écrivain définit comme le seul blanc de quartier. Lui aussi est traversé par une forme de folie attachante. La même qui pousse Halle Berry (Millie) à accueillir et à considérer comme ses enfants tous les innocents ayant moins de vingt ans, seuls dans la rue. Ils sont voisins et une histoire va naître entre eux. Non sans quelques touches d’humour qui vont alléger le film. Mieux le faire respirer.

Avec sensibilité, Kings met  en avant l’étincelle de la jeunesse, au même niveau que l’actualité qui la dépasse. L’impulsivité, le manque de recul, l’immaturité suffisent pour allumer la dynamite, la colère qui gronde depuis des années. En confrontant les deux extrêmes, Deniz Gamze Ergüven évite tout raisonnement simpliste et défend la réflexion et la tolérance.