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Ingmar Bergman (1918-2007) Le peintre des conflits de l’âme dans toute sa volupté

Nous célébrons le centenaire de la naissance d’Ingmar Bergman (14 juillet 1918), maître incontesté du drame psychologique familial. Son domaine de prédilection était le sondage méticuleux de l’âme humaine en proie aux angoisses de mort, d’amour, de filiation, de religion, en un mot, de la condition humaine intime.

Mort à 89 ans il y a plus de 10 ans (un jour avant Michelangelo Antonioni, son rival italien du cinéma moderne), Bergman aura traversé le XXème siècle avec une cinquantaine de longs-métrages (dont plus d’une douzaine de chefs-d’œuvres intemporels), tournés presque exclusivement en Suède, son pays d’origine, avec une troupe d’acteurs fidèles, aussi bien à la télévision que sur grand écran. Il aime à diriger Gunnar Björnstand (23 films), Erland Josephson (14), Bibi Andersson et Max von Sydow (tous deux 13 films), Ingrid Thulin et Liv Ullman (10).

(Photo Google Images)

Il est généralement reconnu comme l’un des vingt plus importants cinéastes au monde, ainsi que l’une des plus grosses influences sur les générations suivantes, comme la Nouvelle Vague en France. Il inspirera nombre de réalisateurs à travers le monde, entre autres Woody Allen et David Lynch aux USA, Olivier Assayas et Arnaud Desplechin en France… qui lui vouent un culte sacré. Les dignes héritiers du cinéma exigeant de Bergman sont aujourd’hui, par exemple, Michael Haneke ou Lars von Trier.

Étroit collaborateur depuis 1953, Sven Nykvist, son chef-opérateur émérite, était lui aussi l’un des plus respectés de la profession. Ses noirs et blancs, préférés à la couleur, sont profonds et majestueux. Mais ses films en couleurs comme Cris et chuchotement ou Fanny et Alexandre arborent une palette de camaïeux également magnifiques.

Fils de pasteur luthérien, Bergman grandit dans une discipline sévère et froide. Son film sur l’enfance : Fanny et Alexandre, atteste de cette éducation rigide dans la peur du péché. Tout jeune, sa grand-mère l’emmenait au cinéma dans le dos de son père.

Il débute sa carrière de réalisateur et scénariste à 28 ans au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale avec des films plutôt classiques, non dénués d’intérêt, inspirés par le réalisme poétique d’alors en France (Jean Renoir ou Marcel Carné). C’est en 1953 qu’il est reconnu pour sa modernité et son féminisme avant l’heure, grâce au portrait de Monika, espiègle et libérée. Un été avec Monika, suit les vacances délurées d’une jeune fille indépendante et pleine de vie. On y voit Harriet Andersson se baigner nue avec son futur mari, et un regard caméra (dévisageant les spectateurs par trop critiques) qui fera date dans l’histoire du cinéma. Il entame en parallèle une carrière de metteur en scène de théâtre avec plus de 170 pièces jusqu’en 2002. Il joue aussi des pièces radiophoniques comme l’avait fait Orson Welles.

(Photo Google Images) Le regard caméra de Monika

En 1957, il signe deux chefs-d’œuvre coup sur coup : Le septième sceau, où un chevalier de retour de croisade dans une Europe ravagée par la peste, joue une partie d’échec avec la Mort au cours d’un périple métaphysique ; et Les Fraises sauvages, une comédie dramatique qui remémore la vie passée pleine de reproches d’un médecin et les rêves que lui inspire sa culpabilité. C’est à cette époque qu’il commence à tourner pour la télévision. Un précurseur au vu de la guerre que se faisait le monde du cinéma et de la TV jusqu’à hier encore.

(Photo Google Images) Bibi Andersson et Liv Ullmann dans Persona

Dans sa production régulière d’un ou deux films par an, il opère en 1966 un virage moderniste, avec Persona, chef-d’œuvre expérimental absolu. Une actrice très célèbre, frappée de mutisme, suit une convalescence avec une jeune infirmière inexpérimentée, sur l’île de Farö (résidence de Bergman). Pour combler le silence, son accompagnatrice va entamer de longs monologues en essayant de psychanalyser l’actrice ; mais elle finira par se confier davantage elle-même. Au milieu du film, la pellicule se brise et les rôles se vampirisent.

S’ensuivirent cinq films modernes aussi beaux et profonds les uns que les autres.

En 1972 et l’année suivante ce seront deux nouveaux chefs-d’œuvre : Cris et Chuchotements, et Scènes de la vie conjugale qui vont consolider son statut de référence universelle pour le cinéma d’art et essai, longtemps parodié, jamais égalé.

Bergman tirera sa révérence en 1983, après Fanny et Alexandre, mais poursuivra en fait sa réalisation de films pour le petit écran. En grand dramaturge, il écrira en 1987 ses mémoires (moitié mensonges, moitié confessions) dans un livre intitulé Laterna Magica d’après cette invention du XIXème siècle qui projetait des images animées au mur, la lanterne magique, ancêtre du cinéma.

Son dernier téléfilm sera Sarabande, une suite déguisée de Scènes de la vie conjugale, reprenant le même couple d’acteurs, trente années plus tard, en 2003.

Bergman fait l’objet d’une rétrospective intégrale à la Cinémathèque française jusqu’au 11 novembre 2018.

Deux documentaires tout neufs lui sont consacrés : À la recherche d’Ingmar Bergman de Margarethe von Trotta, et Bergman : Une année dans une vie de Jane Magnusson.

Et vingt de ses films ressortent en salles en version restaurée.

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