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Un bout d’histoire de vie : Identité découverte – Épisode 5

Le Ticket Mode propose la suite et fin d’un portrait d’une histoire de vie vécue à travers le monde. Dans l’épisode 4, notre jeune femme prend conscience de ses origines et de la particularité de son identité. Un vrai challenge s’ouvre à elle avec sa nouvelle carrière et sa nouvelle vision sur le monde . Place à l’aventure!

 

Je ne lâchais pas mon téléphone depuis ce matin. Je le déverrouillai pour ensuite activer l’application de ma banque. Ce nouveau virement sur mon compte attirait toute mon attention. En effet, mon premier salaire de mannequin était arrivé. Je n’en revenais toujours pas.

Je me remémorais comment toute cette aventure avait commencé. J’avais travaillé quasiment tous les jours, pendant un mois. Les débuts avaient été un peu difficiles. Les heures de maquillage suivies par des heures de poses pour les photos. Tout ce monde autour de moi pour assurer la logistique, l’exigence du photographe….tout était nouveau pour moi. Ma capacité d’adaptation a été d’un grand secours. En définitive, j’ai pu me créer une routine qui m’a aidée à me concentrer.

J’ai adoré cette expérience de mannequinat. Physiquement, je correspondais à leurs exigences. Du coup, mon seul travail était de sublimer les photos avec mon regard et ma présence. Ce qui a été finalement assez naturel pour moi. Les photographies de la campagne étaient magnifiques. J’ai ramené quelques clichés à la maison. Mes parents étaient tellement fiers.

Source: Giphy

A la conquête du monde de la mode…

Mon premier contrat était venu à moi par l’intermédiaire de chasseurs de tête. Une fois le contrat terminé, je me suis décidée à continuer dans le secteur de la mode.

Avec ma petite expérience sous le bras, je suis partie à la conquête des agences et j’ai écumé les castings. Je savais que cela serait difficile. En effet, j’étais en face de filles qui étaient dans le milieu depuis un moment. Elles savaient comment se vendre ou encore ce qui fonctionnait ou pas. J’apprenais au gré de mes refus et devenait chaque fois un peu plus sûre de moi. Ma mère était d’un grand secours dans mon évolution. Elle m’aidait à décortiquer chaque casting et à prendre le meilleur pour délaisser le négatif.

Je voulais une femme noire mais pas trop!

Voilà la première phrase “atypique” que j’ai entendu pendant toute ma recherche de contrats. J’ai été tellement surprise de l’entendre.

Source: Giphy

Je débarquais avec mon innocence. Pour moi, j’étais “juste” une fille avec des caractéristiques différentes. Je commençais à me remettre en tête toutes mes discussions avec ma mère sur mon métissage et la manière dont la société le percevait. J’en ressentais un véritable sentiment de tristesse. Je ne comprenais pas toutes ces justifications de refus qui prenaient pour origine ma carnation ou le type de mes cheveux. J’avais toujours considéré mon métissage comme une force et un avantage avant aujourd’hui.

Pourquoi étais je si triste? Pour quelles raisons le prenais je autant pour moi? Pourquoi me sentais je si rejetée et frustrée? D’où sortaient toutes ces phrases dénuées de sens? J’en voulais à la planète entière!

Source: Youtube

A la découverte de l’ouverture d’ailleurs…

Je ne réussissais pas à décrocher de contrats longs. Durant environ six mois, j’avais environ 1 shooting tous les deux mois. Je n’étais pas du tout satisfaite de ces résultats. De plus, mon compte en banque commençait à se creuser sérieusement.

C’est ainsi que j’ai décidé de changer de tactique de recherches. Je me suis ouverte à l’étranger. Je n’étais pas rassurée car je n’avais jamais vraiment voyagé seule. Mais, comme on dit, il faut bien un début à tout. C’est ainsi que j’ai postulé à des castings internationaux pour des shootings hors France. J’ai été sélectionnée pour un mois de travail en Afrique du Sud.

Cette expérience a été une véritable révélation pour moi. En effet, je partais avec un énorme a priori. L’Afrique du Sud était, pour moi, le pays de l’Apartheid. Je partais sans grande conviction sur le positif de cette expérience et de ce qui m’attendait sur place. Le monde de la mode, dans ce pays, est totalement différent du paysage européen. Par exemple, les profils de mannequins sont très variés et  elles assument toutes leur originalité. J’ai été amené à côtoyer des mannequins de toutes les carnations, toutes les couleurs de cheveux, tous les mélanges imaginables. Quel bel exemple de mixité et d’acceptation!

Let’s go to war…

Cette expérience a changé ma vision du monde de la mode. Je me suis rendue compte que le changement ne pouvait venir que de nous, les personnes qui nous sentions lésées. Il n’était pas normal d’avoir ce sentiment de frustration.  Je refusais d’accepter que mon identité de personne issue du métissage soit un boulet qui m’empêche d’obtenir ce que je veux. Par ailleurs, plusieurs rencontres dans le milieu intra et extra-mode m’ont convaincu du bien-fondé de mener des actions pour changer la donne.

Parler de mon expérience autour de moi m’a permis de me rendre compte que l’identité est une vrai question dans le monde professionnel. “Ne pas rentrer dans des cases” peut être un véritable frein à l’atteinte de ses objectifs. Je savais que cela existait mais le vivre m’a apporté une approche plus précise de ce phénomène sociétal.

Et une nouvelle aventure commença avec un projet d’objecteur de conscience pour défendre la diversité et casser les diktats de la société!