Like

Quand le féminisme turque se révolte : « Ne vous mêlez pas de ce que je porte ! »

La révolte gronde en Turquie, les femmes descendent dans la rue pour assoir leur droit de de s’habiller comme elles l’entendent. Une situation qui prend de l’ampleur depuis quelques jours face  au ras-le-bol de subir des agressions pour des vêtements jugés “indécents”.

Une situation déplorable pour des femmes violentées

Plusieurs collectifs se sont retrouvés le 29 juillet dans les rues d’Istanbul pour dénoncer l’augmentation des attaques verbales et physiques faites aux femmes. Les manifestantes déplorent la hausse des agressions faites aux femmes depuis quelques années. Insultes, violences, meurtres, plusieurs cas ont fait écho à ses manifestations et notamment l’agression en juin dernier d’une jeune femme dans un bus alors qu’elle portait un short pendant le Ramadan.

On est descendues dans la rue pour manifester contre les viols et les agressions sexuelles dans notre pays. On parle. On ne restera pas silencieuses et on ne veut pas arrêter. On veut que ces incidents cessent. C’est pourquoi j’appelle toutes les femmes à descendre dans la rue et je les encourage à se défendre elle-même” (manifestante turque)

Le short en jean, un symbole fort

Voilée ou non, les femmes dans la rue brandissent fièrement des shorts en jeans accrochés à des cintres en signe de protestation. La question ici n’est pas de savoir quoi mettre sur soi pour être en ligne avec les règles drastiques des hommes rigoristes religieux mais bel et bien pour affirmer son indépendance et son libre arbitre.  Une militante affirme que “Nous n’allons pas obéir, être réduites au silence et nous n’aurons pas peur. Nous allons remporter ce combat grâce à notre résistance“.

Un signe de ralliement qui fait écho à l’agression de la jeune femme en juin dernier. Les rues d’Istanbul grondent au son d’une devise assumée : “Don’t Mess With My Outfit” (“lâche-moi avec ma tenue”).

Comme vous pouvez le voir, mon ami ne porte pas le voile contrairement à moi. J’ai le droit de m’habiller librement autant qu’elle. Personne ne peut dicter si elle a le droit de porter des mini-jupes ou des shorts au même titre que personne ne peut dicter qui a le droit de porter le voile. Si elle peut porter ce qu’elle veut alors moi aussi. Personne devrait me critiquer ou m’exclure parce que je porte le voile” (manifestante turque)

Samedi 29 juillet, elles étaient plusieurs milliers dans les rues d’Istanbul scandant “Don’t Mess With My Outfit”, littéralement  « Lâche-moi  avec ma tenue ». Le symbole de cette revendication :  le short en jean. Un message fort envoyé aux détracteurs de ces tenues jugées “indécentes”.  Un vêtement qui semble être le “diable” pour certains hommes de la société turque. Plusieurs scènes d’agressions ont été filmées par les caméras de surveillance et ont permis de rendre public une réalité jusque là inavouée.  Parmi les victimes, Canan Kaymakci a été harcelée dans la rue par un homme qui l’a accusée de porter des vêtements “provocants” ; ou encore Aysegul Terzi qui se fait appelé “diable” pour avoir décidé de porter un short.

http://www.sudinfo.be/1897061/article/2017-07-30/turquie-manifestation-de-femmes-a-istanbul-defendant-leur-choix-vestimentaire

La réalité du féminisme en Turquie

Un contexte particulier se dresse en Turquie : avec la montée de l’intégrisme religieux qui menace quotidiennement les droits des femmes ou encore ces violences qui se multiplient, le nombre de femmes assassinées est passé à 173, contre 137 sur la même période un an plus tôt, pour le début de l’année 2017 (source AFP).

Chaque année, depuis 2012, le nombre d’assassinats des femmes turques augmentent considérablement, et le plus souvent attaquées par des hommes qu’elles connaissent (Source : Plateforme Stop aux féminicides). Dans une société fortement marquée religieusement et ancrée dans une logique patriarcale, l’histoire sociale du féminisme semble se perdre et pourtant elle est bien présente. Pinar Selek, politiste et docteure en sciences politiques de l’université de Strasbourg rappelle l’histoire et le rôle des féministes dans la construction de la société et des droits des femmes.

Le féminisme trouve ses origines entre les XIXe et XXe siècles avec comme point d’ancrage l’arrivée des premières organisations et revues féministes en parallèle des mouvements féministes qui émergeaient en Europe. On compte pas moins d’une trentaine d’associations de “solidarité entre femmes” qui exposent les problématiques pro-féministes. L’année 1926 marque un tournant dans la vie publique des femmes car elles obtiennent le droit de vote et en 1938 le droit d’éligibilité.

Un régime turc répressif qui intervient dans tous les domaines notamment celui de l’ethnicité, les modes de vies et tenues vestimentaires, les relations entre les sexes. Le processus de modernisation de la république turque promeut des femmes instruites aux cheveux et jupes courtes qui en deviennent un symbole fort de sens. Le mouvement féministe ouvre les portes de la scène politique pour amener sur le devant de la scène publique des sujets sensibles privés pour certains ou inconvenants pour d’autres : la sexualité, le corps, le mariage, la reproduction, la famille.

Cette révolution féministe est-elle en passe de faire évoluer les mentalités ? Une chose est sûre, l’Europe a les yeux tournés vers les rues d’Istanbul soutenant cette marche féministe révolutionnaire.