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Everybody knows : Tout le monde sait que Farhadi est le plus grand cinéaste persan vivant

De retour d’Argentine avec ses deux enfants, Laura revient dans son village natal de la campagne madrilène pour assister au mariage de sa sœur. Elle y est accueillie par les commérages d’un passé lointain. Mais une tragédie soudaine, impliquant une somme d’argent extraordinaire, bouleverse l’unité familiale et la bonne entente avec le voisinage.

photo du film Everybody knows

Everybody knows (crédit photo : Allo Ciné)

Everybody Knows (2018/Farhadi) ouvre la compétition du festival de Cannes 2018

Il ne s’agit pas de la fameuse chanson de Léonard Cohen, mais du premier film espagnol d’Ashgar Farhadi (le plus grand cinéaste persan vivant, depuis la mort du génial Abbas Kiarostami il y a deux ans) et son deuxième film à l’étranger, si l’on compte Le Passé, qu’il a tourné en France avec Bérénice Béjot en 2013.

« Todos lo saben » en espagnol. « Tout le monde le sait » en bon français. Pourquoi donc donner un titre anglais à un film espagnol réalisé par un iranien et en coproduction française ? (On remarquera que l’article définit “le” est absent du titre anglais : « Everybody Knows »). D’emblée, une histoire sur l’emprise de la vox populi et sur le qu’en dira-t-on se profile dans le titre.

Sa filmographie

Dans le monde de Farhadi (comme dans ses précédents films, merveilleux et angoissants), l’histoire tourne autour du secret d’une famille, qui ignore le fond des choses et se laisse bercer par la jalousie, la cupidité et l’envie. Ashgar est coutumier des histoires d’un passé qui ressurgit et du temps qui nous rattrape.  Le savoir des personnages est mis en porte-à-faux avec celui des spectateurs. D’un côté, la justice personnelle et universelle et de l’autre, le droit de la famille. Il relate également l’âpreté des rapports entre les couples séparés.

Il faut voir absolument La Fête du feu (2005), un couple de bourgeois iranien qui se déchire sous les yeux de leur femme de ménage étudiante pendant la fête nationale éponyme. Il faut voir absolument À propos d’Elly (2009), la disparition mystérieuse d’une jeune femme dans un groupe hétéroclite de jeunes en villégiature dans le nord de l’Iran, mettant chacun dans l’embarras. Il faut voir absolument Une Séparation (2010), le divorce de point de vue d’un homme et sa femme suite à un accident dont ils sont responsables et les moyens immoraux pour s’en dédouaner.

Un des secrets

Dans Everybody Know, dès les premières minutes, une conversation dévoile que Paco et Laura étaient amoureux avant que cette dernière ne parte pour l’Argentine. Ce faux couple à l’écran est joué par un vrai couple à la ville, respectivement Javier Bardem et Penelope Cruz, qui ont collaborés au scénario. Ce qui traduit la tension non-dite entre les deux protagonistes, d’autant que le mari de Laura, Alejandro (joué par Ricardo Darín, célèbre acteur argentin), est absent.

Le film commence, comme la bande annonce, dans la voiture d’Ana, sœur de Laura, au retour de l’aéroport. Alejandro, resté en Argentine, apparaît non pas en personne mais via un écran de smartphone. L’écran dans l’écran (de cinéma). Une mise en abîme de la communication d’aujourd’hui.

photo du film Everybody Knows

(crédit photo : Allo Ciné)

Le mariage

Après les retrouvailles, le mariage se prépare, dans la joie et l’insouciance jusqu’à cette tragédie inattendue qui va glacer les festivités et secouer toute l’assistance. La famille du marié, catalane, rentre au bercail au petit matin, alors que personne n’a fermé l’œil de la nuit, laissant derrière eux la famille de Laura en proie aux suspicions intestines et aux doutes qui la rongent de l’intérieur. On notera ici l’ironie du réalisateur qui organise en mariage castillan-catalan en pleine révolution d’indépendance en Catalogne. Les invités sont passés au crible. Les images de la célébration, filmée au drone tel un œil divin, sont repassées en boucle, avec un regard moins enjoué la deuxième fois, plus affûté, accusateur.

Mieux vaut ne pas trop savoir du film avant de découvrir ces images qui comportent une double lecture. On ne regarde pas de la même manière le jeu des acteurs, les situations intriquées, en sachant ce que révèle la fin du film sur la vie des personnages.

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