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L’ère de l’érotisation de la mode

« Libérez-moi ce corps que je ne saurai voir ! », voilà une prise de position forte adoptée lors des défilés automne/hiver 2018/2019. Les créateurs ont voulu mettre l’accent sur la libéralisation du corps de la femme à l’heure des nombreuses polémiques et dénonciations de harcèlement.

De la revendication et du style

Oubliez les tenues sobres, aux formes larges empruntées dans le vestiaire de monsieur. L’hiver prochain laissera place à la féminité, aux formes et couleurs scintillantes. De quoi passer un hiver haut en couleur loin de la grisaille que l’on connaît habituellement.

Le styliste Tom Ford ouvrait le bal de la Fashion Week de New-York en février dernier avec un défilé haut en couleurs et fausses fourrures. Alors qu’on le croyait en plein burn-out du style, le créateur a su faire taire les mauvaises langues avec la présentation de cette nouvelle collection unique, faisant l’unanimité. L’esthétique de la fausse fourrure était au cœur de cette collection devenue aujourd’hui emblématique. Nous contemplions du 100% « animal friendly », mêlant de la couleur, des pantalons moulants, des décolletés, des imprimés léopards, des épaules larges, le tout accessoirisé de grandes créoles et de bandeaux noirs ou blancs.

https://www.vogue.fr/defiles/defile/pret-a-porter-femme-automne-hiver-2018-2019-new-york-tom-ford/24085#defile-25

« Pussy Power » : l’empowerment des femmes

Des femmes libres mais surtout libérées des carcans de styles imposés par une mode trop masculinisée. Le défilé du créateur texan est très imprégné de cette renaissance du féminisme. A noter un détail très important sur le podium, ce message inscrit sur les sacs à main portés par certains mannequins : « Pussy Power ». Un message fort qui prône l’importance du pouvoir du sexe féminin dans une Amérique imprégnée des récentes affaires Weinstein et Trump.

D’autres maisons ont affirmé leur soutien à la Women’s March, dont la seconde édition a eu lieu en janvier dernier. Des femmes armées de leurs pancartes et de leurs bonnets roses dénonçant les prises de position du gouvernement américain et les propos sexistes de Donald Trump.

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https://www.freep.com/story/news/2018/01/10/pink-pussyhats-feminists-hats-womens-march/1013630001/

Un soutien au mouvement exposé lors du défilé de la maison italienne Missoni, spécialisée dans la maille. Une quarantaine de mannequins, dont Gigi Hadid, ont défilé avec des « Pussy Hats », ces bonnets roses emblématiques du mouvement.

« Il y a un lien entre nous qui nous protège. Le lien qui unit ceux qui respectent les droits de l’Homme. S’il vous plaît, rejoignez-moi et ma famille sur ce catwalk pour montrer au monde que la communauté de la mode est unie et n’a pas peur » Angela Missoni

Être sexy, c’est le revendiquer sans en payer le prix

#BalanceTonPorc ou #MyHarveyWeinstein, des trending topics devenus courants dans notre quotidien. Des mouvements de dénonciation qui ne font pourtant pas l’unanimité dans l’espace public.

La Fashion Week est aussi un lieu d’expression pour le designer. D’origine japonaise, Tadashi Shoji décide de répondre aux critiques des détracteurs. Ces derniers reportent la faute sur ces femmes agressées qui auraient « provoqué » volontairement les hommes. La réponse du designer est simple : « Du fait de ce que vous portez, si vous devenez une victime, c’est votre faute. Je n’aime pas ça. C’est injuste pour les femmes, ou pour qui que ce soit. Du coup, j’ai fait des robes très sensuelles, très sexy, cette fois. Nos robes sont là pour donner de l’assurance aux femmes et faire en sorte que leur corps ait l’air magnifique. »

« La bataille du pur et de l’impure »

Une chose est sûre, Tom Ford, et bien d’autres stylistes, ne veulent plus cacher les femmes avec leurs vêtements mais les sublimer et les émanciper. Cette Fashion Week new-yorkaise aura marqué un tournant sur la collection automne/hiver, mais pas que. Or, dans cette société américaine très puritaine, les défilés ne semblent pas être au goût de tout le monde.

« Nos robes sont là pour donner de l’assurance aux femmes » Tom Ford

Vanessa Friedman, célèbre chroniqueuse au New-York Times, ne semble pas adhérer au style de Tom Ford. Dans un article intitulé Tom Ford loses his cool, la journaliste accuse le styliste texan d’être totalement dépassé par son époque. Un style kitsch imposé par sa collection et une volonté de faire des femmes, des objets. Une critique acerbe qui prouve une nouvelle fois le puritanisme américain.

Un vent de liberté et de revendication souffle sur les podiums et emporte la mode dans un tourbillon d’émancipation. Pas de modestie, pas de complexes, pas de honte, place aux femmes !

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