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Éloge à la différence: Ayika’a pour vous servir!

L’histoire de notre monde est remplie de conflits raciaux. En 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pointe l’égalité entre êtres humains. La mondialisation et l’ultra-connectivité avec les nouvelles technologies ont favorisé une ouverture des esprits et des cœurs. Et pourtant, les conflits identitaires et le refus d’acceptation de l’autre perdurent non seulement dans les milieux personnels mais aussi professionnels. Le secteur de la mode en particulier semble vouloir prôner une uniformisation des profils. Nouveau protagoniste sur le champ de bataille, une nouvelle voix s’élève avec Ayika’a. Elle se veut le défenseur et le supporter des populations de femmes noires et métissées dont l’espace de représentation médiatique semble réduit dans la société actuelle.

Par une matinée douce du mois de janvier, le rendez-vous est pris avec Raïssa et Cindy de l’association Ayika’a. Le lieu de l’entrevue est choisi et nous voilà installés pour environ une heure et trente minutes d’entretien.

Cindy B. est une mannequin professionnelle de 24 ans, en agence. Elle évolue dans le domaine de la mode depuis deux ans et demi. Cindy est la fondatrice d’Ayika’a.

Raïssa G. est une designer graphique récemment diplômée. Elle aspire à devenir directeur artistique. Elle est la chargée de communication digitale au sein d’Ayika’a.

Ayika’a: les origines

Le projet Ayika’a nait d’une frustration dans les débuts de la vie de mannequin de Cindy. Son parcours commence avec un repérage à 18 ans par la marque l’Oréal. Elle participe ainsi à une campagne de produits de cheveux pour la population des Antilles. Pendant quatre ans, elle se lance dans le mannequinat comme loisirs en parallèle de ses études et de ses activités de sportive de haut niveau.

Son physique sportif et sa couleur de peau ont créé des obstacles dans sa nouvelle voie. Cindy découvre en conséquence la dure loi de la mode avec entre autres les “quotas de femmes noires / métisses”. En effet, la sport apporte de la tonicité à son corps et elle est métisse d’origine franco-ivoirienne. Elle a vécu la majeure partie de sa vie en Côte d’Ivoire, ce qui lui confère un accent “exotique”.

« Je voulais une femme noire, mais pas trop, plutôt marron avec une tête occidentale. »

Avec tous ces “poids” imposés par les diktats locaux de la mode, Cindy peine à trouver des contrats en France. Elle finit par obtenir un contrat en Afrique du Sud. Elle se rend compte des grandes différences qui existent dans le paysage de la mode dans les deux pays. En définitive, elle est acceptée pour qui elle est, à savoir une jeune fille métisse – mélange noire/blanc – avec un accent ivoirien.

Fort de cette expérience, la jeune mannequin veut faire bouger les choses. Elle prend les armes, attache son pagne avec un nœud bien serré et décide de s’attaquer aux idées reçues, aux quotas, aux obligations de physique et de taille, au conformisme. Une discussion avec des amies lui montre que ses idées et son ressentiment font écho. Tout le monde est d’accord: “let’s go to war”!

Source: Giphy

Ayika’a: le message

Ayika’a: Change the minds

Une fois le projet et l’idée en tête, il a fallu trouver la manière d’attirer l’attention du grand public et devenir ainsi un collectif d’objecteurs de conscience.

L’objectif est de valoriser et de mettre en avant les expériences, les réussites et les défis que rencontrent les femmes noires et métisses provenant de tous les milieux artistiques (mode, sport, peinture, littérature, etc).  La sous représentation des  parcours et des réalisations de ces personnes à part entière est beaucoup trop flagrante.

Source: Ayika’a

Le projet prendra le nom de “Ayika” qui signifie “sphère, environnement” en Yoruba. Afin d’ajouter la dimension artistique, il est rajouté un A pour “art“. Un slogan est également associé au nom: “Change the minds”.

Les couleurs du projet seront le noir et le blanc qui apparait au premier degré comme le mélange qui aboutit au métissage. Il rappelle aussi le luxe et la mode. Des rappels de rouge permettront de montrer la force et le jaune sera pour la vie.

Le cheval de bataille de Ayika’a est la promotion de la représentation de la femme noire et métissée dans la sphère médiatique et la lutte contre la standardisation des critères de beauté. Le projet se veut une solution pour tous les talents, qu’importe leur milieu social et provenance géographique.

Source: Ayika’a

Ayika’a: les projets

Ayika’a est exclusivement digital. Le projet initial s’est enrichi de ses personnes et des rencontres. Aujourd’hui, Ayika’a est une association culturelle. Le site internet www.ayikaa.com en est la vitrine.

Il est retrouvé quatre types de contenus: des interviews, une rubrique “partage d’opinions“, une rubrique “culture générale” et enfin des témoignages.

Avec son lancement, Ayika’a a proposé un projet artistique. L’objectif était de sublimer la beauté noire et métisse au travers de photographies. Un casting a alors été organisé pour proposer une galerie de photographies sur le site de l’association. La rubrique “témoignages” est nourrie justement de paroles des mannequins – professionnelles ou non – qui ont contribuées au projet.

Un nouveau projet artistique est en cours de réalisation et sera dévoilé prochainement.

Ayika’a a vocation à s’étendre. L’idée est d’ouvrir le dialogue et de fournir un espace de réflexion ainsi que de potentielles solutions à tous ces problèmes d’intégrations qui apparaissent du fait d’avoir la peau plus foncée. Rappelons que même dans le plus foncé, il y a des nuances. Le développement voulu devrait permettre de proposer par exemple des ateliers de sensibilisation ou encore rencontrer les populations et appeler à la réflexion.

Réflexion sur l’identité: Qui sommes nous?

Un jour de la semaine.  Fin de journée 17h-18h.  Quartier d’affaires de la Défense. La foule est grande. Prenons le temps de regarder chaque individu, nous voyons une personne à part entière avec un visage et un physique . Il y a tellement de possibilités et il est certain que lancer une étude sociologique et généalogique de toute cette populace nous fournira bien des surprises.

Le dictionnaire Larousse définit le métissage comme l’union féconde entre hommes et femmes d’origine ethnique différente. Si nous prenons cette définition dans son explication la plus basique, un enfant dont l’un des parents est breton et l’autre basque est donc métis. Alors pourquoi vouloir créer des cases? pourquoi vouloir créer des standards? Voilà une vrai discussion sur l’implication identitaire de chacun de nous dans notre société actuelle et moderne.

Source: Ayika’a

Analysons cette photo. Cette jeune fille semble avoir la peau métissée claire. Elle a les yeux marrons et des tachent de rousseur. Ses cheveux ne sont pas tout à fait lisses et son nez n’est pas tout à fait aquilin. Pouvez vous imaginer le patrimoine qu’elle porte en elle?

La vidéo suivante nous montre à quel point il est absurde de vouloir avoir des standards. Le monde a évolué et les populations se sont mélangées même au degré le plus infime. Alors pourquoi doit on encore aujourd’hui lutter pour se faire accepter dans certains milieux?

Source: Youtube

La couleur de peau et les origines conditionnent encore les rapports humains. Dans une société qui se dit cosmopolite et globale, les standards perdurent et les chances ne sont pas toujours égales. Quelle belle preuve de maturité que de voir des jeunes qui se lèvent pour défendre leur identité! A ceux qui parleraient de communautarisme, Ayika’a répond: “Où est le mal à se regrouper, réfléchir et parler ensemble d’un problème commun?”. Vous nous connaissez maintenant à la rédaction. Nous combattons les diktats et les règles qui nous font stagner. En ce sens, nous ne pouvons que saluer l’initiative de cette association et lui apporter notre soutien pour la suite du combat vers une vraie égalité entres les Hommes. Aimons nous comme nous sommes et aimons les autres comme ils sont. Le monde et nos cœurs ne cesseront de nous en remercier.

 



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