4

Des fleurs à la cocaïne : Clint Eastwood fait la mule

Inspiré d’une histoire vraie, le deuxième film mineur de Clint Eastwood en seulement un an (Le 15h17 pour Paris, reste un désastre d’amateurisme joué par les véritables héros du Thalis) raconte l’histoire paisible d’un vieil homme de 80 ans passés, Earl Stone, qui devient le meilleur passeur de drogue d’un cartel mexicain au prétexte d’une conduite sur la route parfaite. Mais l’histoire de sa vie est tout autrement réussie : horticulteur, paré de monceaux de trophées pour sa précieuse fleur à la floraison d’un seul jour, qui dans le même temps a négligé sa famille, laquelle lui en veut à mort.

Earl à la convention de lys

Photo : Allo Ciné

Le film débute en 2005 avec des fleurs, beaucoup de fleurs, une variété de Lis qu’Earl a fait naître. Dans une de ces conventions d’horticulture, il remporte un franc succès auprès des visiteurs se précipitant à son stand pour obtenir une bouture gratuite. Il s’en amuse en prétendant qu’il distribue du Viagra. À côté de lui se présente un autre stand chantant les mérites de la vente de fleurs par internet, qui commence à peine à se monétiser à l’époque. Earl en rigole. Bien évidemment, c’est aussi lui qui gagne le grand prix de ce concours ! Cependant, sa fille se marie (jouée par la propre fille d’Eastwood), furieuse que son père ne soit pas là, comme d’habitude, même pour l’accompagner à l’autel…

Earl et sa fille

Photo : Allo Ciné

Passent douze ans. Earl est égal à lui même, mais sa pépinière dépose le bilan. La vente de fleurs par internet l’aura rattrapé. Il remercie ses travailleurs mexicains et quitte sa maison sous le coup d’une expropriation, pour se diriger vers sa famille en dernier recours. Il croit pouvoir s’inviter aux fiançailles de sa petite fille, mais déclenche un esclandre avec son ex-femme et sa fille qui refusent de le voir. Là il tombe sur un curieux personnage qui lui offre de gagner beaucoup d’argent en l’échange d’une seule chose : conduire sur la route d’un point A à un point B.

Earl au volantPhoto : Allo Ciné

Ce qui ne devait être qu’une course sans lendemain, devient son train-train habituel car le cartel est très satisfait de son travail. Eastwood ne filme que la route, Earl dans son vieux pick-up, puis après sa première paie dans son SUV flambant neuf, mais toujours un plan de profil au volant. Jamais il ne filme le passage à la douane, comme s’il passait telle une lettre à la poste. Jamais on ne voit de frontière entre le nord du Mexique, où il réceptionne le sac de cocaïne et Chicago dans le nord des États-Unis, où il l’achemine.

Le vrai Earl Stone

Le modèle pour Earl est Léo Sharp, mort en 2016, un vétéran de la seconde guerre mondiale dans l’armée américaine qui travailla pour le cartel de Sinaloa, sous le nom de code El Tata.

Clint Eastwood joue le rôle titre, en reprenant le personnage de vieux réactionnaire raciste et sexiste de Gran Torino (2008), sa dernière apparition à l’écran avant La Mule. Ici, il fait figurer dans le film, sans véritable raison, des saillies racistes envers des afro-américains et des mexicains, et des comportements misogynes.

Earl couche à 88 ans avec deux filles en même temps, à deux reprises dans le même film ! Une fois avec des mexicaines en bikini à la solde du cartel. L’autre avec des call-girls américaines dans un motel sur la route. Le cinéma Hollywoodien offre peu de premiers rôles aux octogénaires, donc c’est tout à son honneur que Clint Eastwood dirige et joue ce personnage. Mais ce portrait passif, décadent et politiquement incorrect n’est sans doute pas un cadeau.

Un outrage supérieur encore est celui de la moralité d’Earl, qui se convertit sans vergogne de fleuriste à passeur de drogue. Bien sûr il peut payer les études de sa petite fille, remettre à neuf le bar de son amicale de seniors brûlé dans un incendie… mais il néglige complètement l’aspect destructifs d’un soutien au marché de la drogue, sur les toxicomanes de la région de Chicago.

Earl et un policier

Photo : Allo Ciné

On ne parlera même pas du volet enquête policière du DEA (brigade des stups), qui vient en deuxième partie alourdir le récit avec des arrestations musclées ou des arrestations manquées. Celles-ci marquent un faux suspense où Earl passe éternellement sous le radar des forces de polices qu’il rencontre en chemin.

Rendez-vous sur Hellocoton !