Avec La Canopée, l’étiquette est transparente

Anti-rides, soins hydratants, démaquillants, difficile de connaître la composition des cosmétiques vendus pour leurs bienfaits sur la peau. À Grasse, Juliette et Cécile, ont créé La Canopée, une gamme de produits 100 % naturels, fabriqués de A à Z dans l’atelier familial. Elles ouvrent les portes de leur laboratoire.  

Sur les collines de Grasse, la maison des parents de Juliette et Cécile est construite pour laisser entrer la lumière. Derrière les baies vitrées, les vingt-six cosmétiques, fraîchement fabriqués, ont été soigneusement disposés sur une table par les deux soeurs. Cécile, ingénieur chimiste, y voit la concrétisation de son rêve. Elle qui, enfant, distillait déjà toutes les plantes de son jardin. Tout a commencé quand elle a découvert la réalité du métier de fabriquant de cosmétiques. « J’ai visité un laboratoire de parfums. J’ai pleuré en rentrant chez moi. Mon rêve était détruit. Je me suis rendue compte que tout était fait avec des composants de synthèse. On était bien loin des champs de roses de mon grand-père », se remémore-t-elle avec émotion. Ce mauvais souvenir sera finalement le fondement de son projet personnel.

© Franz Chavaroche

Herbes, fleurs, huiles essentielles, les deux Grassoises veulent renouer avec les origines de la cosmétique et de la médecine naturelle en utilisant uniquement des matières brutes.  Cécile mène depuis trois ans une véritable recherche scientifique. La plus grosse difficulté : les conservateurs. « Dès qu’un produit contient de l’eau, les bactéries se développent », explique-t-elle, « Pour lutter contre, la plupart des fabricants utilisent des conservateurs chimiques ».

« Pour les conservateurs naturels, j’ai travaillé en synergie avec des radis noirs et d’écorce de boulot »

Pour mener à bien leur projet, elles ont créé leur propre recette. « J’ai travaillé en synergie avec plusieurs éléments, dont un à base d’une fermentation de radis noir et d’écorce de boulot ». Selon elle, les conservateurs naturels, commercialisés par les industriels, ont encore des défauts, « ils sentent trop forts et dégradent la texture du produit ». Juliette vante la volonté de sa sœur, « elle préfère rester discrète sur ses dosages, elle a tellement travaillé dessus. Après tout, les ingrédients sont inscrits sur l’emballage », justifie-t-elle.

Un packaging recyclable 

Cette passion pour les matières premières, elles l’ont dans le sang. Leur père est un ancien parfumeur. Malgré son soutien sans faille, jusqu’à réaménager son propre atelier en laboratoire, elles ont dû insister pour imposer leur vision du monde.« Notre père ne comprenait pas, il nous conseillé de rajouter des éléments pour que ce soit plus « joli », pour que ça se vende mieux. Mais hors de question pour nous d’ajouter des choses inutiles, encore moins si elles sont en plastique non recyclable », tranche Juliette. Diplômée d’un master en design, elle se charge de développer l’esprit de la marque. En plus d’avoir dessiné les motifs, elle a veillé à ce que tous les emballages soient entièrement recyclables.  Les deux soeurs l’assurent, trouver les bonnes matières leur a pris un temps fou et les fabricants n’étaient pas toujours honnêtes. « J’ai toujours eu envie de travaillé dans un but environnemental ou social », ajoute Juliette, un gage de sa détermination.

DEs infusions de thé et de fleurs à la place de l’eau

Leur laboratoire n’est pas un lieu secret. Dans le coin « cuisine », bidons d’huile, sachets d’argile jouxtent une machine de 25 litres. Elle permet de mélanger les matières brutes. « Ça représente entre 250 et 300 produits pour chaque utilisation. Ça parait important, mais c’est ridicule. Par exemple, l’Occitane, leurs cuves font 10 tonnes », signale Juliette. Elle pousse la comparaison sur l’aspect qualitatif. La recherche des grandes industries s’oriente surtout sur l’aspect galénique, c’est-à-dire la texture du produit. Pour l’obtenir, la pétrochimie est privilégiée grâce des matières comme le silicone qui sont, selon elle, des « matières inertes » n’ayant « aucune action ». « Une crème est un mélange entre une phase aqueuse et huileuse. La phase aqueuse est celle dite liquide. En effet, l’eau compose la plus grande partie des produits. « Plutôt que de l’intégrer comme telle, on préfère la faire infuser avec du thé ou des fleurs pour stimuler les actifs », ajoute Cécile.

© Estelle Pereira

Comment sont établis les effets des ingrédients sur la peau ? Pour les deux passionnées, c’est auprès des fournisseurs de matières premières qu’elles se sont renseignées. Notamment au salon des professionnels de l’industrie cosmétique Cosmetagora, à Paris. Elles ont découvert des « actifs objectivés ». « Ce sont les molécules contenues dans les plantes dont les propriétés ont été avérées par les tests des scientifiques », explique Juliette, convaincue et convaincante sur les bienfaits des crèmes, à condition qu’elles soient naturelles.

« Si on peut travailler de manière plus respectueuse pour l’environnement, je pense qu’en tant que productrices, nous avons fait notre part »

Autre critère de sélection : la traçabilité des matières premières. Si possible, elles choisissent celles issues de l’agriculture biologique « Même si c’est parfois compliqué. », regrette Juliette, « Par exemple, l’huile essentielle de petit grain bio est vingt fois plus chère que la conventionnelle ». Leur coût de fabrication est déjà quatre à cinq fois plus cher que la moyenne, elles ont dû faire des choix pour rester abordables.

Au niveau des prix, les produits La Canopée se vendent entre 15 et 36 euros. « Si on avait fait appel à des laboratoires pour les fabriquer, ou encore à des prestataires pour l’emballage, ce n’aurait pas été faisable », assure Cécile en housse blanche devant une table où tous les produits sont disposés à côte de leurs matières premières. Les deux soeurs veulent prouver leur honnêteté. Si elle pouvait leur porter chance, elle permettrait à leur marque d’intégrer les parapharmacies et à terme, avoir leur propre boutique. « On reste des industriels », sourit Cécile. Sa soeur rétorque aussitôt : « Si on peut travailler de manière plus respectueuse pour l’environnement, je pense qu’en tant que productrices, nous avons fait notre part ». Au consommateur de faire la sienne.

 

Photo de Une : Franz Chavaroche

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