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Burning (2018/Lee Chang dong/Corée du sud)

Ce thriller hors du commun consume langoureusement les braises d’un ménage à trois équivoque. Les questions haletantes restent suspendues le long d’une ample variation de rencontres. À deux. Tout seul. À trois. Encore à deux. Puis seul. Burning passe du drame romantique doucereux au thriller psychologique énigmatique avec l’intervention d’un personnage impossible à cerner mais pour le moins fascinant.

Burning, un mystère brûlant comme la passion. Burning, brûlant comme le brouillon d’un roman. Burning, brûlant comme les ressentiments.

Le plan séquence d’ouverture nous place à l’arrière d’un camion de livraison d’où un jeune homme sort un colis, et l’apporte, de dos, le long du trottoir fréquenté d’un quartier populaire de Séoul. Il entre dans une galerie marchande devant laquelle deux jeunes filles se trémoussent au rythme d’une musique K-pop en tenues rose fluo. L’une d’elle ne le quitte pas des yeux et lui offre un billet de tombola à sa sortie du magasin. Le plan suivant, il ne la reconnaît toujours pas, alors qu’elle lui remet son prix, une montre pour femme (celle-ci prendra un rôle crucial plus tard). La jeune fille, Haemi, lui rappelle qu’ils fréquentaient le même collège auparavant. Elle lui avoue d’entrée qu’elle est passée sous le bistouri d’un chirurgien esthétique (comme bon nombre de Coréennes sans scrupules). Hébété, Jong-Sou accepte de boire un verre avec Haemi à sa demande ; du soju, alcool local dont sont friands les Coréens.

Jong-Sou et Haemi

(Photo : Diaphana)

Dessin brûlant. Desseins brûlants. Des seins brûlants.

Haemi lui dessine une mandarine en l’air et se met à la déguster quartier par quartier. « La pantomime » (du mime Marceau) lui confie-t-elle. Ils se retrouvent bien vite chez elle, où il doit garder le chat invisible d’Haemi pendant son séjour en Afrique. Une studette en désordre où le soleil ne paraît qu’une seule fois par jour, reflété par la fameuse tour de Namsan, emblème touristique de Séoul. Là, elle lui remémore un mot terrible qui avait marqué son adolescence : « Tu as traversé la rue exprès pour venir me dire que j’étais moche. » Au lieu de s’expliquer, ils se rapprochent et s’embrassent. Alors qu’ils font l’amour sur son petit lit, Jong-Sou est fasciné par un rayon de soleil miroitant dans la penderie.

À son retour de Nairobi, un troisième larron, Ben, s’insinue au milieu de leur romance balbutiante, tel Gatsby le magnifique, tout en nuances, sans la verve, la grandiloquence et la provocation d’un Fitzgerald. Un Gatsby de glace et de charme.

Jong-Sou

(Photo : Google Images)

De Paju à Gangnam trois destins se télescopent au travers d’une échelle sociale implacable, d’une quête de sens et d’une fière ambition.

Qui recherche l’inspiration d’un premier roman. Qui s’efforce de découvrir la Grande Faim. Qui cherche la résonance harmonique de son cœur.

À Paju, misérable village, voisin de la dictature du Nord (qui exhorte vainement sa propagande par-dessus la frontière du 38ème parallèle à coup de sinistres haut-parleurs) où Jong-Sou et Haemi se sont une fois connus.

À Gangnam, quartier argenté de Séoul, où se prélasse Ben le richissime play-boy désœuvré qui s’entiche de la même proie sentimentale en déployant nonchalamment ses atours séducteurs : une Porsche Carrera 911, une suite luxueuse, des restaurants huppés…

En passant par l’Afrique des Bushmen du désert du Kalahari, qui attire Haemi, où la coutume veut que les danseurs invoquent, en élevant les bras vers le ciel, la Grande Faim (pour le sens de la vie) afin d’oublier la Petite Faim (pour le creux dans l’estomac).

Ben est tout de métaphores paré, insaisissable, contradictoire, impassible. Un mur altier auquel se heurte le pauvre Jong-Sou, forcé de mener l’enquête par lui-même pour retrouver son amour. Mais n’est-ce pas un jeu de dupes qui perdra chacun d’entre eux ?

Grange en feu

(Photo : Google Images)

Adaptation de la nouvelle « Les granges brûlées » (1983) de Haruki Murakami, elle-même inspirée d’une nouvelle de William Faulkner « Barn Burning » ou « L’incendiaire » (1939).

Ce sixième film de Lee Chang-Dong, a fait sa première mondiale au festival de Cannes, en compétition, cette année, huit ans après « Poetry » qui y avait remporté le prix du scénario en 2010.

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