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Le burn out de la mode

L’univers de la mode nous inspire et nous fait rêver, mais souhaitons-nous réellement ouvrir un peu plus les yeux sur les dessous de ce tourbillon constant de créativités, de nouveautés et de renouvellements. Le has-been est proscrit dans ce monde où seuls les plus imaginatifs persistent, et encore on atteint tous un jour ou l’autre nos limites et la mode ne fait pas exception à la règle.

La mode, cette overdose

La mode un système en pression constante que personne ne contrôle réellement. La mode est-elle en danger ? Ou au contraire met-elle en danger ? On demande toujours plus de défilés, plus de collections dans un univers ultra-concurrentiel qui ne laisse pas de place à l’improvisation. Le métier de directeur artistique est au cœur de toutes les évolutions : ils font face à une reconfiguration de leur métier les contraignants à devenir compétents dans des domaines autres que la création tels que le management des équipes, la production et la gestion des défilés. Comme le mentionne Isabel Marant pour le magazine Marie Claire, les créateurs subissent une pression constante face à une démocratisation des pré-collections (et autres petites collections entre les deux saisons de la mode) et des enseignes de “fast-fashion” qui renouvellent constamment leurs marchandises et sont avides de nouveautés.

Un monde qui doit faire rêver plutôt que polémiquer, tout est minutieusement contrôlé de sorte que rien ne sorte des quatre murs de la maison de couture. Le secret professionnel semble être la clé pour préserver ce monde des critiques extérieures : salaire, ambiance, quotidien, rien ne filtre. Or les langues semblent  se délier quand les directeurs artistiques brisent le silence sur leurs conditions de travail. Un célèbre documentaire Dior et Moi  produit en Juillet 2015 et réalisé par Frédéric Tcheng, nous emmène tout droit dans le quotidien de Raf Simons, fraichement nommé directeur artistique chez Dior. On y découvre avec stupeur la pression constante et quotidienne que subit le créateur tant dans la préparation d’un défilé que dans la création des nombreuses collections imposées dans l’année. A peine installé dans son nouveau siège de directeur artistique, la maison lui lance son premier défi qui est de préparer la nouvelle collection en l’espace de … 8 semaines.

Source : YouTube

La mode ça vous aime ou ça vous tue

Un cruel destin presque tragique, un amour qui peut tourner au drame quand la passion donne des allures de maladie. Le burn out (ou épuisement professionnel)  est définit  selon l’Organisation Mondiale de la Santé comme “un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail”. Cet épuisement intense peut apparaître dans bon nombre de professions engageants un fort investissement affectif et personnel.

Des démissions, des burn-out, ou pires des suicides les créateurs sont enclins à une sorte de malaise professionnel. Dans les départs brusques et non prévus du monde de la mode, on retient notamment le non-renouvellement du contrat qui liait Raf Simons à la Maison Dior en 2015 après quatre années de bons et loyaux services, ou Alber Elbaz qui quitte la Maison Lanvin après 14 ans aux commandes de la direction artistique. Ces annonces ne sont pas anodines, elles se lient entre elles autour d’un noyau central qu’est le temps.

“Quand vous préparez six défilés par an, vous n’avez pas assez de temps. Techniquement, oui – les gens qui font les prototypes, les premiers assemblages, ils peuvent le faire. Mais vous n’avez pas le temps de cogiter vos idées alors que c’est très important.” (Raf Simons dans une interview pour New York Magazine)

(Com)presser le talent

Des créateurs à bout de souffle croulant sous les commandes et des employés à l’affût H24 prêts à bondir à n’importe quel moment pour travailler sur une collection, est ce que la passion du métier suffit-elle pour mettre de côté sa vie personnelle et sa santé ? Dans l’article “Does Fashion Have a Menal Health Problem ?” paru dans The Business of Fashion, il semble apparaître que ces métiers sont sources de stress et de pression constante exercée par diverses sources. Heures supplémentaires non payées, pression sociale (soirées, dîners, …), un mélange propre à ce secteur qui génère des saturations.

Pour Michael Kors, ce n’est pas si étonnant que les créateurs soient d’avantage sollicités puisque la mode bénéficie de plus d’attention qu’auparavant notamment grâce aux nouveaux canaux de communication des marques lors des événements tels que les défilés (live-streaming par exemple) auprès d’un public qui s’élargit à mesure que la mode se démocratise.

Certains directeurs artistiques semblent s’accorder sur le fait que les réseaux sociaux ont accéléré ce besoin de consommer la mode toujours plus et plus vite. Les réseaux sociaux ont semble-t-il engranger un système de “fast-fashion” qui consiste à avoir tout ce que l’on veut tout de suite, des dernières tendances aux suivis des derniers défilés en vogue, tout est à porter de main plus rien n’as de secret en matière de mode. Plus d’attention, plus de visibilité, toujours plus de tout, les créateurs et maisons de couture sont à la vue de tous. Chacun attend la dernière nouveauté en matière de style et à l’affut du must-have de la saison. On se croirait presque dans le fameux schéma des chaînes d’informations en continu qui cherche plus le scoop que la vérité certifiée. Ici on cherche à faire le buzz avec la pièce phare de la collection qui pourra assurer au créateur et surtout à la marque une visibilité sans précédent dans les médias. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est que le directeur artistique derrière n’a pas le temps de faire mûrir sa créativité et/ou son imagination pour les pièces de la collection. De fait, la mode, alors un art artistique, devient un simple produit de consommation et de communication, substituable et périssable.

Pour citer Karl Lagerfeld dans une interview pour le WWD : “Ce que je déteste le plus, ce sont ces créateurs qui acceptent ces boulots très bien payés et qui après trouvent que la demande est trop forte, ont peur de faire un burn-out….etc. C’est un boulot à plein temps, pas une occupation parmi d’autres” . D’un côté les puritains du métier, de l’autre les victimes du système, à vous de choisir votre camp, la mode elle a déjà choisi le sien.

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