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Bohemian Rhapsodie, les tubes de Queen font de l’ombre à Freddy Mercury

Changements de réalisateur, changement de tête d’affiche et bouleversement de scénario, c’est finalement les membres encore vivants du groupe Queen qui ont piloté le tournage du biopic Bohemian Rhapsody. Leur but : redorer l’image du groupe, dont le succès se poursuit vingt-sept ans après la mort de son leader Freddy Mercury.

Si Freddy Mercury, leader et icône du groupe Queen, est mort en 1991, sa voix est connue de tous, y compris des plus jeunes. Pour beaucoup de personnes de ma génération Bohemian Rhapsodie est une première rencontre avec le chanteur dont les tubes sont si diversifiés qu’on pourrait penser qu’ils viennent d’artistes différents.

Don’t Stop Me Now (1978), We Are the Champions (1975), Under Pressure (1981), I Want to Break Free (1984), pour ne citer qu’eux. Indémodables. Repris sans limite dans des films, publicités et autres événements sportifs. C’est bien au travers de ces morceaux mythiques qu’est retracé le destin extraordinaire de Queen et de Freddy Mercury. De la rencontre de ce dernier avec les autres membres du groupe, à la composition de leurs morceaux, de leurs disputes et dérives, jusqu’au final Live Aid, un concert caritatif entièrement reproduit par les acteurs.

Tout pour la musique

La performance du groupe, vue à la télévision par plus de 1,5 milliard de personnes le 13 juillet 1985, est reproduite avec minutie par les comédiens. Rami Malek joue geste par geste la bête de scène qu’était Freddy Mercury.

L’acteur, qu’on a découvert en pirate informatique dans Mr Robot, apparaît avec de fausses dents. (Freddy Mercury avait des incisives en trop. Une différence physiologique qui serait le secret de ses performances vocales hors-norme.) Même si elles semblent exagérément grandes, elles n’empêchent pas l’acteur de se donner au maximum pour coller au personnage. Les résultats sont là. Une version plus attachante et touchante que jamais de Freddy Mercury.

Le côté rock’n’roll de chanteur est balayé par sa sensibilité et sa fragilité qui le suivent tout le long du film. Un choix qui n’était pas l’objectif de départ. Le film, annoncé en 2010, s’est fait attendre à cause de nombreux soubresauts au sein de l’équipe de tournage.

Au départ, Sacha Baron Cohen (Borat, Brüno ou encore The Dictator) acteur complètement timbré, devait avoir le rôle principal. Mais il aurait claqué la porte en comprenant que Brian May, membre fondateur et guitariste du groupe, chaperonnait le projet avec les deux autres membres Roger Taylor et John Deacon. Ils voulaient un film familial et candide. Leur avis pèse : ils sont co-producteurs et ont les droits sur les chansons.

Une personnalité lissée

Freddy Mercury est donc présenté en toute innocence. Son homosexualité n’est pas assumée. Elle apparaît à la deuxième moitié du film. Ses années de décadence sont montrées rapidement. Ses orgies défilant comme un rêve autour de lui.

Freddy Mercury et Mary Austin in the real life
© Mick Rock, Date Unknown

Les autres membres du groupe sont montrés comme étant de bons maris et bons pères de famille. Leurs adultères sont seulement suggérés. On est bien loin de l’image rock et anti-conventionnelle que Freddy Mercury se plaisait à entretenir. Lui, dont l’objectif était de bousculer les normes.

Son amour hétérosexuel avec Mary Austin (avec laquelle il gardera contact après séparation), n’a duré “que” six ans mais occupe pourtant la totalité du film ; tandis que ses relations avec les hommes se limitent à un seul baiser.

Rami Malek et Lucy Boynton dans le rôle de Freddy Mercury et Mary Austin
© Concorde Filmverleih GmbH

Finalement, après cette première rencontre sur les écrans, on ne sait plus très bien qui était Freddy Mercury. Celui que nos parents nous ont décrit comme décadent assumé, ou celui qui n’assume pas qui il est et qui se cherche en permanence… Mais peu importe, Rami Malek et le réalisateur en font un être touchant, fragile et influençable.

Il est aussi montré (sans blague) que Freddy Mercury n’était rien sans ses musiciens et vice-versa. Il n’en reste que le film résume les succès musicaux du groupe. Une nouvelle occasion de savourer les performances vocales d’un homme que ses acolytes ont voulu transformer en une icône consensuelle. Un film pour la musique, rien que pour la musique.

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