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Alexander McQueen : Vingt mille lieues sous les mer

« Les gens qui évoluent dans le milieu de la mode n’ont jamais rien à dire. Vous savez, c’est déjà assez difficile de faire ce boulot, je n’ai pas à lui sacrifier toute ma putain de vie non plus. Je préfèrerais être assis chez moi à regarder Coronation Street (ndlr un feuilleton britannique) ».

Alexander McQueen.

Le prince des ténèbres

Né d’une famille modeste de Londres le 17 mars 1969, Lee Alexander McQueen commence à travailler à l’âge de seize ans en tant qu’apprenti chez le tailleur du prince Charles, Anderson& Sheppard. Quelques années plus tard, il intègre la prestigieuse école Sainte Martins, véritable usine de créateurs qui a notamment accueilli Stella McCartey, John Galliano, Hussen Chalayan et bien d’autres pointures.

En 1992, la journaliste Isabella Blow craque pour sa première collection « Jack The Ripper » (Jacques l’éventreur) et achète l’intégralité des pièces du créateur. Cette collection, très controversé, clôture ses études.

Source : the-widows-of-culloden.tumblr

En 1996, McQueen remplace Galliano chez Givenchy. Récompensé à plusieurs reprises par le prix du « Créateur britannique de l’année »,sa première collection pour la maison est pourtant massacrée par les critiques : “je sais que c’était nul” confiera-t-il plus tard dans les colonnes de Vogue.

Véritable hooligan de la mode, il fera scandale tout au long de sa carrière avec des déclarations plus provocantes les unes que les autres, dénigrant ses compères pourtant respectés dans le milieu. Il prend un malin plaisir à tirailler les journalistes lors des interviews en tournant volontairement le dos aux caméras.

En 2002, il défile en son nom propre et propose une série de trois défilés. Le premier envoi valser sa carrière, le second est SA consécration et le dernier, quelque jours avant son suicide, semble être une ode à la mort. Trois thèmes, une ultime fin : un décompte ?

Entre terre et mer : la cité perdue de l’Atlantide

6 Octobre 2009, une vidéo réalisée par McQueen en personne, lance l’Atlantide de Platon. Un véritable show qui nous plonge dans un monde hostile, après la fonte des calottes glaciaires.

Les mannequins défilent et s’enchainent au rythme de la musique, perchées sur les très célèbres “armadrillos”, les élevant ainsi à près de trente centimètres du sol (à se demander comment font-elles pour ne pas tomber de tout leur long, une attente presque malsaine des spectateurs présents ce jour-là !).

Source : nymag.com/the cut

Bien loin de nos classiques Disney, Mcqueen nous présente sa version de la petite sirène : une femme conquérante,  mutations presque divines, son Athéna sortie tout droit d’Atlantis. Les corps se parent de corail, de robe-méduse et d’autres animaux terrestres ou marins inspirants ainsi les volumes et les imprimés. Les matières sont fluides, vibrantes, vivantes et les imprimés incroyables.

Les volumes sont à couper le souffle, d’une complexité technique impressionnante. On raconte que les modélistes ont dû créer une miniature de chaque robe afin de visualiser le rendu (et dieu sait qu’ils ont dû y laisser quelques cheveux). Les formes se mêlent, s’entremêlent et se démêlent, c’est une véritable valse aquatique. Ariel n’a qu’à bien se tenir !

Source : blog.metmuseum.org/wicked-halo.com

Emporté dans un tourbillon de couleurs aux rythmes des vagues, d’une amazone, McQueen, en véritable chef d’orchestre, nous plonge à la rencontre d’une guerrière aquatique. Les mannequins mutent sous nos yeux. La gamme de couleur terrestre vert, marron et jaune glisse vers des bleus turquoise, bleus profonds argentés et noirs, véritable symbole aquatique, s’ajoute à cela quelques notes de rose pour rehausser le tout et vous avez la recette parfaite. Bref un régale pour les yeux.

La consécration

Si beaucoup ont critiqué McQueen, “plato’s atlantis” reste LE défilé de la consécration. Mais tous semble reconnaitre un talent certain. Le créateur avant-gardiste mêlé à des qualités de metteur en scène, font de chacun de ses défilés de véritables spectacles vivants.

Le 11 février 2010, Alexander McQueen se donne la mort, suite au décès de sa mère survenu quelques jours après son défilé “The Bone Collector”(ndlr le fossoyeur). Plus qu’une mère, une muse. Un ultime défilé masculin qui fut et demeure très peu commenté.