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Au revoir là-haut : l’intrigue à la gueule cassée

L’adaptation du roman de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, est un film théâtralement esthétique. Une plongée dans une France de l’après-guerre traumatisée. Plusieurs destins en un : L’histoire d’un soldat témoin du comportement meurtrier de son lieutenant. Le récit d‘une gueule cassée en mal de vivre. Le deuil d’un père corrompu. Autant de personnages grandiloquents, peut-être trop NOMBREUX…

1918. Dans la Somme, les soldats français et allemands attendent la prononciation de l’armistice. Le lieutenant Pradelle (Laurent Laffite) décide de lancer l’assaut malgré cette trêve encore fragile. Albert Maillard (Albert Dupontel) est témoin de la scène. Il est alors pris en chasse par son supérieur. Enseveli sous un tas de terre, son ami du front Édouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart) sera défiguré par un obus en tentant de le sauver. Il deviendra une gueule cassée.

Des personnalités fascinantes 

Trois hommes, trois personnages réussis. L’Argentin Nahuel Pérez Busca Yard, révélé dans le film primé cette année au Festival de Cannes, (120 battements de coeur) a un jeu irréprochable. Il interprète un soldat défiguré dont les yeux sont ses seuls outils pour communiquer. Le réalisateur Albert Dupontel rend se personnage poétique. Artiste dans l’âme et dans le crayon, la gueule-cassée crée un masque pour chaque émotion. La beauté d’un être dont le physique est brisé.

Laurent Laffite est très à l’aise dans la peau du méchant sadique lieutenant Pradelle. Insensible à la douleur de ses soldats et aux deuils de leur famille, il détournera de l’argent en enterrant les mauvais corps au mauvais endroits. Une sorte d’arnaque à la tombe. Édouard Péricourt aura une idée semblable : celle de vendre des monuments aux morts qu’il ne construira jamais. Il se contente de les dessiner. Pour cela, il va créer un catalogue. Son père, un riche homme d’État, se fait arnaquer. Un autre personnage, tout aussi complexe, rentre en jeu.

Un père trop dur, fermé d’esprit, qui sent pourtant que son fils est en vie. Marcel Péricourt (Niels Arestup) fait partie de ses êtres complexes, qui jongle entre la méchanceté et la bienveillance assez rapidement. Le film n’accorde, hélas, pas assez de temps à cette relation père-fils.

Plusieurs thèmes en un 

Les thèmes chers au réalisateur Albert Dupontel sont évoqués par bribes  : les “petite gens” face aux grandes institutions, les oubliés de la guerre, les conditions de vie difficiles des mutilés, l’attente et l’angoisse des familles après un conflit dont la stupidité ne fait plus aucun doute.

L’intrigue de l’arnaque aux monuments aux morts est finalement écrasée par tous ces sujets. Beaucoup de personnages tout aussi intéressants les uns que les autres. Il aurait peut être fallu en développer un plus qu’un autre. L’équilibre choisi par Albert dupontel désavantage l’intrigue.