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Les silences de l’au-delà : Los Silencios (2018/Beatriz Seigner)

Sur le fleuve Amazone, entre les frontières de trois pays d’Amérique Latine : le Brésil, La Colombie et le Pérou, une petite famille mono-parentale débarque d’une pirogue en pleine nuit, en plein cœur de la forêt amazonienne. Ce sont Nuria, Fabio et leur mère, réfugiés de la guerre en Colombie, où les troupes paramilitaires insurgées ont détruit leur village, tué leurs voisins, et enlevé les autres. Le père a disparu sans laisser de traces. Pour eux c’est une nouvelle vie qui les attend ici. Los Silencios.

Fantasia

L’île minuscule sur laquelle ils débarquent est Fantasia où habite leur tante. Un havre de paix apatride qui n’appartient ni au Brésil, ni à la Colombie, ni au Pérou. Ici, il n’y a pas de loi. Seul un président élu par le vote populaire, pécheur comme tout le monde. La plupart sont des réfugiés politiques provenant de Colombie, du Brésil ou de bien plus loin…

La moitié de l’année, cet îlot est submergé par les flots boueux de l’Amazone. Les habitants circulent en barque ou en pirogue à l’aide de longues perches. À « marée basse » l’île affleure et sèche. Toutes les cahutes en bois et tôles ondulées sont montées sur des pilotis de 3 mètres de haut, pour rester au sec. Et les barques jonchent le sol au pied de chaque demeure.

Toutefois, les promoteurs immobiliers brésiliens voudraient racheter, pour une bouchée de pain, les terrains et les bicoques des pêcheurs pour construire des complexes hôteliers touristiques. Ce qui déclenche le tiraillement des habitants, entre ceux qui sont attachés à la liberté de leur île paradisiaque et ceux qui ont besoin d’argent…

Los Silencios

Photo : Pyramide

À corps perdu

Le père, ouvrier sur un chantier pétrolifère, a disparu corps et âme dans la forêt Amazonienne de Colombie, probablement enlevé et assassiné par les FARC. La mère, à court d’argent, compte sur l’indemnisation de l’assurance de la compagnie de pétrole pour survivre… Malheureusement, tant que le corps est introuvable, l’assurance refuse de payer quoi que ce soit. Seul un avocat véreux se propose d’engager à ses frais des enquêteurs pour aller sur place identifier le corps. La mère n’est pas en mesure de financer ces recherches. L’avocat, profitant d’une détresse pécuniaire, offre de racheter la plainte, au 20ème du prix espéré de la part de l’assurance. Cependant, il prend tous les risques s’il ne retrouve pas le corps…

Nuria

Nuria a 12 ans. Jeune fille taciturne et solitaire. Elle suit sa mère partout sans broncher, transportant son sac à dos rose fluo, avec des baskets lumineuses aux pieds. Elle reste esseulée dans le cadre, toujours présente mais perpétuellement insaisissable. À l’école, elle se fait une amie unique qui parle avec elle. Elle lui raconte les secrets de Fantasia et de ses fantômes.

Los Silencios

Photo : Pyramide

Fabio

Fabio a 9 ans. Jeune garçon fougueux et rebelle. Il s’échappe, il bat la campagne, il renâcle… Il ne fait décidément rien de ce que sa mère lui dit. Il enfile les bottes d’un inconnu. Il joue au soldat avec la kalachnikov de son père. Il trafique de la contrebande avec un ami sur le fleuve. Cet ami est un adolescent plus âgé que lui, unijambiste, qui le prend sous son aile après que Fabio l’a aidé à récupérer sa prothèse dérobée par les jeunes malintentionnés du quartier.

L’île aux fantômes

Au milieu de nulle part, cette île fantastique est bien mystérieuse. On entend dire que des fantômes rôdent jour et nuit. Ce film au réalisme magique, mêle réalité et surnaturel de front, sur un plan d’égalité qui rend difficile à faire la part des choses entre fantômes et vivants, entre morts et endeuillés, entre visiteurs et habitants… Les vivants sont presque morts. Les morts sont encore vivants.

Un film contemplatif

Nonchalant et ralenti, le rythme de ce film court au fil de l’eau, tel un poisson tranquille.

Il rappelle un film de Lisandro Alonso, un Argentin, Los Muertos (2003). Cela raconte l’histoire d’un homme sorti de prison qui vit avec la mort de ses enfants sur la conscience, cheminant à travers la forêt, ou sur le fleuve, pour retourner au foyer familial qu’il a quitté il y a si longtemps.

On retrouve aussi beaucoup de Cemetery of Splendour (2015) d’Apichatpong Weerasethakul, un Thaïlandais, autre film au réalisme magique, où l’on voit des soldats mystérieusement atteints d’une maladie entre coma et sommeil.

Le film de Beatriz Seigner, une Brésilienne, a été présenté à Cannes 2018 dans la section parallèle : la Quinzaine des réalisateurs.

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