13 Reasons Why : dans la tête d’une adolescente suicidaire

Bien des sujets sensibles sont traités dans la série 13 Reasons Why : suicide juvénile, harcèlement scolaire et abus sexuel…

Dans cette première saison déclinée en 13 épisodes, Hannah explique en treize cassettes les raisons de son suicide. Ces objets circulent entre les mains des personnes plus ou moins responsables de ce dénouement tragique.

La série Netflix produite par Selena Gomez évoque frontalement – mais progressivement – le cyber-harcèlement, l’agression sexuelle qui mène ici à la mort d’une jeune fille. Au fur et à mesure du scénario, on comprend comment un cercle vicieux peut isoler un adolescent et lui ôter toute envie de vivre.

« Le cerveau de l’adolescent est différent de celui d’un adulte. Ils ont l’impression que la douleur ne s’arrêtera jamais. On a tendance à l’oublier parfois », explique Brian Yorkey, producteur délégué de la série, dans une vidéo d’explication sur la plateforme Netflix.

En France, on dénombre pas moins de 10 400 personnes qui se suicident chaque année. Parmi elles, près de 600 sont âgées de moins de 25 ans.

Selon une étude de l’observatoire de la jeunesse et des politiques de la jeunesse, il est difficile de dresser un portrait type d’un jeune suicidé mais certains facteurs semblent récurrents : déscolarisation précoce, qualification professionnelle faible, absence d’emploi stable, chômage connu ou vécu par des membres de la famille, maladie, consommation d’alcool, dépression, agression, victime d’abus ou des violences durant l’enfance, faible estime de soi.

D’abord des rumeurs, des ragots, puis viennent des images faussement interprétées qui circulent dans les couloirs. Le regard des autres changent. Hannah subit tout ça à la fois et le spectateur assiste démuni à la lente descente aux enfers d’une fille à qui tout aurait pu réussir.

 Le docteur Rona Hu estime, dans cette même vidéo publiée sur la plateforme Netflix, que “les gens ne mesurent pas la gravité du cyber-harcèlement”. Notamment les adultes car à leur époque, les réseaux sociaux n’existaient pas. Les producteurs ont clairement voulu parler d’un sujet de société afin d’interpeller et provoquer le débat.

Réactions craintives

Chose réussie, seulement l’effet n’est pas forcément celui escompté. Beaucoup jugent que les scènes trop explicites sont en fait “une glamourisation du suicide”. Les propos et les images seraient trop durs pour les âmes les plus sensibles. Au Brésil, pays où est diffusée la série, les associations d’aide aux personnes suicidaires ont indiqué que les appels sur leurs lignes d’écoute avaient doublé depuis le début de la diffusion de la production, en mars dernier.

Au Québec, les ministères de la Santé et de l’Éducation ont envoyé aux écoles privées une lettre pour inviter ces structures à prévenir les risques de suicide. Selon la journaliste spécialiste de la santé mentale Patricia Tomasi, 13 Reasons Why peut être dangereuse pour quiconque souffre de troubles psychiques. Dans son article, elle reprend le témoignage d’un jeune de l’association Children’s Mental Health Ontario : “Même s’il s’agit de problèmes importants et malheureusement bien réels, la représentation absolument sincère et brute de situations aussi difficiles peut être néfaste pour une personne souffrant déjà de pensées négatives ou qui, comme moi, est en voie de guérison”.

Interpeller

Quoi qu’on en pense, le but de cette histoire est bien d’analyser un phénomène de société contre lequel personne n’est prémuni. Pour être réaliste, les réalisateurs ont fait appel à des psychologues. “Le lobe frontal, qui régit la fonction exécutif, n’est pas développé chez un jeune adulte. Ce qui leur arrive peut sembler définitif. Ils croient souvent qu’il n’y a pas d’issue”, analyse le Docteur Rebecca Hendrick, psychologue spécialiste de l’enfance, qui a conseillé les acteurs lors du tournage. Elle alerte également sur le fait que le suicide est la deuxième cause de décès chez les adolescents aux Etats-Unis.

Aujourd’hui, où en est le suicide chez les jeunes américains ?


La revue scientifique The Lancet affirmait en janvier dernier une nette progression du taux de mortalité chez les jeunes Américains âgés entre 25 et 35 ans. Les scientifiques sont formels : ce taux baisse constamment depuis quarante ans (1999-2014) sur l’ensemble des pays les plus riches mais les États-Unis font exception à la règle. Aujourd’hui, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15 – 24 ans. On dénombre pas moins de 5 000 adolescents qui chaque jour font des tentatives de suicide, un mal-être en constante évolution dans cette société américaine.

Et en France ?

En France on constate un net recul dans les taux de mortalité chez les jeunes. Malgré cela, le suicide reste à l’origine d’environ 10 000 décès par an. Il reste la première cause de mortalité chez les 25-34 ans, et la deuxième chez les 15-24 ans.

Dylan Minette qui joue le rôle de Clay, le personnage à travers lequel on découvre les cassettes – envoie un message fort aux jeunes victimes : “La souffrance n’est pas éternelle. Il y a une vie au-delà de ce que vous ressentez”...

Please follow and like us:

0 comments on “13 Reasons Why : dans la tête d’une adolescente suicidaireAdd yours →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *