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13 Reasons Why, saison 2, le procès

Il y a des séries que l’on pense terminées. Dont il ne semble pas utile de faire une suite. Car, les plus remarquables sont celles qui savent s’arrêter à temps. C’est le ressenti que l’on a en regardant la première saison de 13 Reasons Why. Treize épisodes pour autant de cassettes laissées à toutes les personnes responsables de près ou de loin du suicide d’Hannah, une adolescent scolarisée dans un lycée américain. En s’aventurant dans une deuxième saison, les réalisateurs ont relevé ce pari risqué avec brio.

La deuxième saison s’articule autour du procès mené par la mère d’Hannah à l’encontre du lycée de sa fille, estimant ce dernier responsable d’avoir fermé les yeux sur le harcèlement dont elle a été la victime. Chaque épisode est consacré au témoignage de toutes les personnes visées par les cassettes. À chaque intervention, son lot de nouvelles révélations. Les flash-back sont toujours aussi bien menés. Nous sommes toujours à cheval entre le présent et le passé avec fluidité, ce qui préserve l’intégrité du suspens.

À travers le procès d’Hannah,  les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes harcelées sont mises en avant. L’avocat de la défense, donc du lycée, montre comment peuvent être interprétés des photos et des témoignages.  Ils peuvent se retourner contre une victime et la faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Quand vient alors la question de savoir si elle a été violée, la justice montre ses limites. C’est la parole de l’un face à celle d’une défunte, qui n’a laissé derrière elle qu’un enregistrement à ce sujet. Les témoignages sont primordiaux.

Du courage 

Car il y a des victimes qui ne souhaitent pas témoigner de leur agression. Pensant qu’étaler ce drame est une manière d’y accorder encore plus d’importance.  Leur choix, respectable, est de ne pas afficher au grand jour leur souffrance, de continuer à être regardées par leur entourage comme si de rien n’était.

Dans cette série, un serial violeur agit en toute impunité. Le défi des défenseurs d’Hannah va être de  convaincre les victimes de témoigner. C’est toute la difficulté de ce genre de procès, que l’on peut relier à celui de beaucoup d’autres femmes dans la vrai vie. Les victimes sont nombreuses et l’omerta persiste autour d’une équipe de foot libre de traiter les femmes comme de la chair fraîche. L’agresseur, fils d’un homme influent et riche, et soutenu par son équipe, n’est pas inquiété face aux juges, entouré par une armada d’avocats.

Le consentement, ça s’apprend

Encore une fois, 13 Reasons Why interroge le rôle des parents, parfois responsables directs des comportements de leur progéniture. Parfois impuissant malgré leurs efforts pour comprendre ce qui tourmentent leurs enfants. Un fois de plus, des scènes sont dures comme peut l’être la réalité. Dans le dernier épisode, une scène d’une extrême violence va choquer même les plus avertis. La première saison était déjà accusée de “glamouriser” le suicide en montrant directement celui d’Hannah. L’agression tournée avec un réalisme impressionnant est sujet au même débat.

Le créateur de la série Brian Yorkey , face aux critiques déjà nombreuses, s’est défendu dans un communiqué, publié dans le magazine Vulture : « Aussi intense que soit cette scène, et aussi forte que peuvent être les réactions, c’est incomparable par rapport à la peine que ressentent les personnes qui ont actuellement vécu ça. Lorsque l’on parle de choses “écoeurantes” ou difficiles à voir, cela veut souvent dire qu’on les considère comme honteuses. Que l’on préfère ne pas ne pas y être confronté. On préfère ne pas en avoir connaissance. C’est pour cela que ces agressions ne sont majoritairement pas signalées. C’est pour cela que les victimes ont des difficultés à demander de l’aide. Nous pensons qu’en parler est beaucoup mieux que demeurer silencieux », a-t-il écrit.

Brian Yorkey poursuit, que ce type d’agression a été subi par de nombreux adolescents. «Quand nous faisions des recherches pour la saison 2, nous avons été abasourdis de découvrir à quel point c’était commun qu’un athlète masculin d’un lycée viole un garçon plus faible avec un objet comme un manche à serpillère ou une queue de billard. »

Vous l’aurez compris, 13 Reasons Why est une nouvelle fois au plus proche de la réalité et de la souffrance que peuvent ressentir beaucoup d’élèves. Si montrer cette violence peut permettre à ceux qui la vivent de se sentir soutenu et moins seul, c’est tant mieux. Mais ce qu’il faut surtout, comme le montre la série, c’est que ses auteurs soient punis. Pour cela, la justice doit jouer son rôle et là, c’est une autre paire de manches…

 

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