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Les 10 commandements des soldes expliqués à un homme

C’est arrivé comme ça, un soir, je suis rentrée et je lui ai balancé : « Demain on va faire les soldes ! ». Il a failli s’étouffer sous l’effet de surprise. En plusieurs années de relations, nous ne sommes jamais allés faire les magasins tous les deux. Et là, premier jour des soldes d’hiver, en ce mercredi béni des dieux, j’emmène Jules faire les boutiques et flairer les bonnes affaires. J’ai alors eu l’occasion de me rendre compte, qu’il ne connaissait rien aux 10 commandements des soldes !

A peine lui ai-je appris la grande nouvelle, que Monsieur s’inquiète déjà : « Mais ça va être la cohue ! ». Scoop pour vous messieurs : Non, le premier jour des soldes ce n’est pas un magma de folles furieuses qui s’arrachent les vêtements des mains. Je lui enseigne alors le 1er commandement des soldes : Les idées reçues tu oublieras. On ne s’inquiète pas du monde qu’il y aura, car cela nous retiendrait à la maison et nous empêcherait d’aller nous faire plaisir. On va faire les soldes comme on va dans un centre de thalasso : détendue et sereine.

Plus tard dans la soirée, le dîner digéré et l’épisode de Game Of Thrones lancé, il me dit, préoccupé : « Mais on est déjà le 10, je n’ai pas trop les moyens de faire des folies. » Intérieurement, je rigole. Il cherche des excuses pour esquiver. Je sors alors la calculatrice et lui enseigne le 2nd commandement : Ton budget avant tu prépareras. C’est un piège dans lequel tombe tous les débutants. Allez faire les soldes sans connaitre son budget, et on se retrouve à manger des pâtes les dix derniers jours du mois !

Après avoir déduit toutes ses dépenses prévues, on arrive au budget sympathique de 110 euros. « C’est super, on peut trouver plein de choses avec ça ! », je m’exclame. Jules fait la grimace. Esquive : 0 / Soldes : 1. Balle au centre.

Le lendemain, le jour fatidique est enfin là. En le voyant prendre son petit déjeuner, il me donne l’impression d’être un détenu durant son dernier repas. Je l’encourage alors : « Allez, ne fais pas cette tête, ça va être chouette tu verras ! ». Au moment de partir, je lui tend une bouteille d’eau et des gâteaux. Il me regarde, l’air interrogateur. Je lui explique alors le 3e commandement : Ton casse croûte tu prendras, sinon du temps tu perdras. « On y va pour faire les magasins, pas perdre du temps au snack d’à-côté. Donc tu grignotes entre deux rayons, et tu repars ! » En lui expliquant ça, j’ai l’impression d’abattre un homme déjà à terre.

Une fois dans le centre commercial, et après l’avoir entendu râler au moins six fois pendant le trajet, il veut commencer par le magasin qu’on aime le moins. Je soupire (il faut tout lui apprendre !), et lui indique le 4e commandement : Une liste au préalable tu feras. Je lui colle alors sous le nez une liste des magasins qu’on doit faire, et dans l’ordre qu’on doit les faire. Alors qu’il pâlit devant la longueur de celle-ci, je développe : « Si tu commences par le magasin le moins intéressant, tu vas acheter par frustration de ne rien trouver. Et tu vas y perdre du budget. Alors que si tu fais d’abord tes enseignes préférées, à la fin si tu ne trouves rien dans ce magasin, ce n’est pas grave car tu as déjà trouvé ton bonheur ! » Il me regarde comme si j’étais une illuminée et il souffle : « C’est complètement débile. » « Non, c’est de la psychologie ! », je réponds, vexée.

Alors qu’on entre dans le premier magasin, il se dirige tout droit vers un portant, craquant complément sur une chemise. Ca me brise le coeur de devoir mettre fin à son bonheur, mais je lui montre du doigt le panneau juste au dessus indiquant, « Nouvelle collection ». Il souffle, « et alors ? ». Encore une erreur de débutant ! Je lui demande d’appliquer le 5e commandement : La nouvelle collection tu n’achèteras pas. Il ne faut même pas la regarder, sinon tu prends le risque d’être tenté. On est là pour faire des bonnes affaires. Il repose sa chemise, l’air penaud.

Sa déception est de courte durée, il retrouve un super jean juste derrière, soldé à 50 %. Ascenseur émotionnel : il ne trouve pas sa taille. Il regarde autour de lui et ne voit aucun(e) vendeur/euse. Alors qu’il s’apprête à renoncer et à reposer le jean, je lui retiens le bras et lui enseigne le 6e commandement : Les vendeurs/euses tu harcèleras. J’ai été dans la vente pendant des années, et croyez-moi, en période de soldes, on donnera toujours l’impression d’être trééééés occupé(e)s. Parce-que vous nous gonflez à mettre le souk partout, donc on a pas envie ensuite de vous aider à trouver votre taille. Mais le fait est que c’est notre boulot, alors il faut pas lâcher. Pendant les soldes, je n’ai qu’un seul mot d’ordre : quand t’en vois un(e), tu l’interceptes DIRECT. Jules comprend vite que j’ai raison quand une vendeuse, un brin agacée, lui trouve le jean sur un autre portant, où il avait été – encore – mal rangé par un client.

Alors qu’il s’apprête à passer en caisse, je l’arrête : « Il faut que tu ailles essayer ! ». Sa réponse ? Trop de monde, ça le gonfle. J’argumente alors sur le 7e commandement : Avant chaque achat tu essayeras. « Imagine que ce jean taille petit comparé à ce que tu as l’habitude de porter. Quand tu voudras venir changer il n’y aura plus ta taille et tu t’en mordras les doigts ! ». En période de soldes les tailles partent très vite, il faut donc toujours essayer pour ne rien regretter.

En cabine, il se réjouit : le jean lui va comme un gant ! Il sort pour me le montrer. Je m’exclame : « Il te va super bien ! ». Le mec de la cabine d’à côté intervient : « Ah oui j’adore ce jean, j’ai voulu l’essayer aussi mais il n’y avait plus ma taille. Il vous va très bien. » Jules le remercie, sincèrement touché. Je le prends en aparté, et lui apprend le 8e commandement : Jamais de confiance envers les autres tu n’auras. Personne. Jamais. « Tu ne vois pas que tu as essayé sa taille ? A la seconde même où tu tourneras les yeux, il n’hésitera pas à te le prendre pour l’acheter ! En période de soldes il n’y a plus d’humanité ou d’amitié. C’est toi et les fringues. C’est tout. » Avec des yeux plein d’amour et toute la tendresse du monde, il me dit alors : « Tu es folle. »

Alors qu’il enlève son pull pour essayer une chemise, il s’exclame dans la cabine  : « Mais je suis énorme ! ». Mince, j’avais oublié de le prévenir ! 9e commandement : Le miroir de la cabine tu ne croiras pas. Ca reste encore un mystère pour moi, mais j’aimerais un jour qu’on m’explique, si le but c’est de vendre, pourquoi est-ce qu’on a toujours l’air obèse dans ces foutus miroirs ?

Une fois l’éprouvante journée terminée, et de retour à la maison, Jules est tout content. Alors qu’il sort ces nouvelles affaires des sachets, je lui explique le 10e et dernier commandement : Les tickets tu garderas car tes achats tu vérifieras. « Dans la précipitation, tu peux ne pas voir un défaut au magasin. Alors en rentrant, tu gardes les tickets et tu vérifies que… » Mais il me coupe la parole et me reprend : « Ah non ce n’est pas ça le 10e commandement ! C’est : tous les six mois, tu recommenceras. C’est quand les prochaines soldes, en juillet c’est ça ? »

Je lève alors mes mains vers le ciel et m’écris : « c’est un initié ! ». Alors que je trépigne de joie de l’avoir converti, il me regarde et me dis avec tout l’amour possible : « Tu es folle. »