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10 choses que vous ignorez (peut-être) sur Mai 68

Il y a 50 ans, éclatait en France la plus grande grève générale du XXe siècle. Etudiants et ouvriers ont manifesté dans les rues pour exprimer leur mécontentement. Ce mouvement est devenu un véritable symbole de l’évolution sociétale, sociale et politique française. L’histoire de cette période reste globalement connue, mais certains faits sont souvent oubliés.

1 – La durée réelle du mouvement

Croire que Mai 68 s’est passé uniquement dans le courant du mois, est une idée reçue très répandue. En réalité, les faits se sont déroulés du 22 mars au 16 juin 1968. Donc durant quasiment deux mois. L’abréviation « Mai 68 » n’apparait que bien plus tard, afin de qualifier cette période historique.

Initialement, l’arrestation de six jeunes, lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, met le feu aux poudres. Près de 700 de leurs camarades organisent une assemblée générale, pour dénoncer cette interpellation. Ces étudiants, de la faculté de Nanterre, appartiennent aux Jeunesses communistes révolutionnaires. A l’issue de débats enflammés, 150 d’entre-eux décident d’investir la salle du conseil des professeurs. Une désobéissance inédite. Le premier domino est lancé.

2 – Général De Gaulle : anti-héros

Dans les mémoires, il est une figure emblématique de la résistance et de la victoire, durant la seconde guerre Mondiale. Mais en 1968, le Général De Gaulle devient la bête noire des étudiants. Après le baby-boom d’après-guerre, la France découvre un nouvel acteur social vigoureux : le jeune. Il juge la politique du Président trop conservatrice. Un fossé se creuse alors entre le gouvernement et la jeunesse française. De façon plus générale, les français ressentent une usure de la République Gaullienne. Alors qu’il semblait, depuis 1958 et l’arrivée de la 5e république, maitriser l’ensemble des problèmes du pays, les pratiques du Général De Gaulle sont soudainement jugées trop autoritaires. Plusieurs affiches l’attaquant sont placardées dans tout Paris. Durant une grande partie du mois de mai, le Président reste silencieux, estimant la situation « insaisissable ».

Sois jeune et tais toi : une affiche de mai 68

3 – L’ANPE apparait en 1967

L’ancêtre de Pole Emploi, la mythique ANPE (Agence Nationale Pour l’Emploi), est créée en juillet 1967. Presque un an avant les premières émeutes. L’augmentation considérable du chômage pousse l’Etat a trouver une solution efficace. Jacques Chirac, secrétaire d’Etat aux affaires sociales, instaure rapidement le projet par ordonnance. Le gouvernement est pressé. Il redoute une explosion sociale de la part de la classe ouvrière, épuisée par ces conditions de travail harassantes. Après la guerre, nombreux sont les travailleurs étrangers venus rebâtir une France détruite. Mais dans les années 60, le pays ne parvient plus à absorber les vagues migratoires. Le chômage est en hausse, la France se fatigue, s’appauvrit. Des bidonvilles font leur apparition.

4 – Une brutalité excessive

Les archives d’Etat sur les évènements de Mai 68 ne seront pas  officiellement disponibles au public avant 2028. Certaines d’entre-elles pourtant, ont pu témoigner de l’extrême violence des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. A chaque attroupement, c’est la bagarre générale. Les émeutiers cassent, se battent, s’insurgent. Etudiants et ouvriers forment un rempart puissant, agressif, contre l’autorité gouvernementale. Plusieurs centaines de blessés et d’interpellations à chaque échauffourée. Au total, sur toute la période, sept personnes ont perdu la vie. L’histoire n’en a pourtant retenu que deux. Un commissaire à Lyon, et un lycéen qui s’est noyé dans la Seine en tentant d’échapper aux policiers. La France n’avait pas assisté à un tel déferlement d’animosité depuis 30 ans.

5 – Années 60 : pas si libérées que ça

Nous associons généralement les années 60 aux années 70 et sa période  hippie très « libre ». C’est une erreur. Une profonde mutation s’est opérée entre ces deux décennies. Mai 68 symbolise cette rupture entre deux sociétés fondamentalement différentes. Cinquante ans. Ca ne parait pas si loin, et pourtant. Les moeurs de cette époque sont extrêmement rigides. Ce sont les aînés qui sont décisionnaires.  Très peu de lycées sont mixtes, et les jeunes femmes ne sont pas autorisées à porter de pantalons. La pilule contraceptive vient à peine d’être autorisée (en décembre 1967). Il y a un décalage évident entre la génération suivante et la société des années 60. La nouvelle jeunesse veut s’émanciper de ces cadres moraux jugés « dépassés ».

6 – Les leaders du mouvement

Même si le mouvement se rapproche plus du « bordel général », que d’une opération organisée par de vraies figures politiques, certains endossent le rôle de leader. Les plus connus sont Daniel Cohn-Bendit, et Jacques Sauvageot.

Jacques Sauvageot est devenu leader malgré lui, presque par hasard. L’homme sensible et cultivé a ensuite passé le restant de sa vie a enseigné aux beaux-arts de Rennes. Il est décédé d’un accident de la route en octobre dernier, à l’âge de 74 ans. Daniel Cohn-Bendit lui, est plutôt considéré comme un « perturbateur ». Issu d’une famille allemande de confession juive, il n’a obtenu la nationalité française qu’en 2015 (il l’avait refusé en 1959 pour éviter le service militaire). Ce visage emblématique de Mai 68 est interdit de séjour en France le 22 mai de la même année, jusqu’en 1978. Les manifestations étudiantes reprennent de plus belle pour s’opposer à son expulsion.

7 – Le Bac de Mai 68

Avoir obtenu son baccalauréat en 1968 n’est pas forcément synonyme de révisions acharnées. Avec le chaos que subit la France à peine un mois avant l’examen, le gouvernement veut changer la formule de celui-ci. Les lycées et facultés sont bloqués, les étudiants et professeurs sont en grève. En tout, 10 millions d’actifs sont grévistes. Le pays est complètement paralysé. Alors que le recteur de Rennes demande le report du Bac, le ministre de l’Education refuse. Ce n’est qu’après sa démission inattendue le 28 mai, que son successeur décide de faire passer l’examen sous forme d’oral. L’épreuve se déroule sur une seule journée, le 27 juin. Les résultats sont communiqués dans la soirée. Le taux de réussite explose cette année-là, avec 81.3 %. En 1967, il avait atteint 62 %.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/03/29/le-destin-inespere-des-miracules-de-mai-68_632691_3224.html

8 – Les slogans révolutionnaires

Les plus connus ressortent bien souvent comme « il est interdit d’interdire », ou encore « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Mais ce  qu’on ignore plus généralement, c’est que les slogans révolutionnaires de Mai 68 ont été un véritable outil du combat. Ils font parti du patrimoine de la société française. L’identification des auteurs ne s’est faite que dans très peu de cas. On recense aujourd’hui une centaine de devises, qui ont coloré les murs de la capitale. Voici une liste non-exhaustive, des slogans les plus connus : « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner » ; « La vie est ailleurs » ; « Elections, piège à cons » ; « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi » ;  «  L’agresseur n’est pas celui qui se révolte mais celui qui réprime »…

9 – La presse en grève

Les journalistes étaient pointés du doigt par la jeunesse « soixante-huitarde », accusés de manipuler l’opinion. Pourtant, eux aussi étaient en grève. Pendant un mois, le pays était privé de télévision (du 17 mai au 23 juin). 12 000 employés de l’ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française), ont cessé leurs activités. A Paris et en Province, un service minimum de l’audiovisuel est autorisé, avec supervision des syndicats. Les imprimeries sont fermées, certains médias sont forcés de faire tirer des exemplaires en Belgique. Les kiosques sont clos, les journalistes vendent leur journaux dans les rues, à la criée.  C’est un retour à l’âge de pierre pour la presse.

10 – Les oeuvres inspirées par Mai 68

Non, Mai 68 ce n’est pas que de la violence, des dégradations, et une France en colère. C’est aussi une période qui a complément transformé le pays, jusque dans ses fondations. Une révolution moderne, initiée par la jeunesse. De nombreux artistes ont été inspirés par cette époque. Des films, mais aussi des chansons ont vu le jour. La première composition de Renaud, « Crève salope », écrite à l’âge de 16 ans, a été inspirée par un graffiti du mouvement. Jamais éditée, mais elle est devenue un hymne de Mai 68. « Street fighting man », des Rolling Stones, est née suite aux bouillonnements de la jeunesse française. Parue le 31 août 1968, cette chanson est considérée comme la plus politique du groupe.

Graffiti à Bordeaux, qui a inspiré la première chanson de Renaud, « Crève salope ». Source : inventin.lautre.net